Young Gods + Shearwater + Luis Francesco Arena – 12 novembre 2008 – Epicerie Moderne – Feyzin

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Lorsqu’en 1995 mes très chers Inrockuptibles dézinguaient les Young Gods et leur nouvel album d’alors Only Heaven, les taxant peu ou prou de musiciens sans fond pratiquant une poésie approximative et une musique psychédélique aussi heavy que lourdingue, je compris que je n’avais plus grand chose à attendre d’un magasine qui avait participé durant quelques temps à mon éducation musicale. Je n’avais plus rien à faire avec ces écrits exsangues, ces pages glacées et ces groupes à la petite semaine – où sont-ils d’ailleurs aujourd’hui ?
Tout ceci pour finalement observer que les Young Gods existent, créent et se produisent depuis plus de vingt ans et sont auréolés du statu bien trop souvent usurpé de groupe culte (il suffit de voir l’influence du groupe et les déclarations de Bowie, The Edge, Mike Patton, Dälek,…). Où irait-on alors si l’on devait se fier à une parole d’évangile inrockuptible ? Certainement pas à L’Epicerie Moderne !

Comme bien souvent, Les Young Gods sont là où on les attend le moins. En même temps que sortait en 2007 l’excellent Super Ready/Fragmenté, germait l’idée pour nos p’tits suisses digitalisés, d’offrir à leur fans quelques concerts electro-acoustiques, histoire de proposer des titres en version guitares, sitar et sons organiques. Hypnotisme digital revu façon folk blues psychédélique et électronique minimaliste. Une set-list composée de relectures de titres anciens (Our House, Gasoline Man, Charlotte) et plus récents (I’m The Drug, Everythere), le tout agrémenté de covers telles Freedom de Richie Havens, If Six Was Nine de Jimi Hendrix, Ghost Rider de Suicide, ou bien encore Everything In Its Right Place de Radiohead. L’aventure prit une telle dimension que le groupe aidé du guitariste Vincent Hänni, décida de passer en studio pour coucher sur le sillon Knock on Wood. Ce fut également l’occasion de redonner vie à d’autres titres tels Longue route, She rains, Skinflower et la reprise Speak Low de Nash/Weill. Le public étant toujours au rendez-vous, le groupe repart en tournée avec cette set-list peu ou prou déclinée à chaque soirée.

Vous l’aurez compris, de prime abord j’investis L’Epicerie Moderne comme on part en pèlerinage, oubliant presque que la soirée propose également Luis Francesco Arena et Shearwater. Mais le public présent ce soir me le rappelle rapidement. Beaucoup sont ici ce soir avant tout pour Shearwater. Laissons-nous alors guider par la curiosité…

Première surprise, la salle est ce soir en configuration « théâtre ». Comprenez tout le monde assis dans des sièges somme toute des plus confortables. Ca faisait un bail que ça ne m’était pas arrivé pour un concert… Mais pour accueillir 300 personnes dans une ambiance à la cool et chaleureuse, il fallait bien ça.

21h : Luis Francesco Arena ouvre les hostilités pour défendre son nouvel album Porcelain Tandem. Ancien membre de Headcases, le chanteur guitariste joue une musique folk à grand renfort de voix cristalline, violon et violoncelle. Trio sur scène, ils développent rapidement une ambiance de recueillement. Où quand la profondeur se mâtine d’un brin de rage. Sympathique mise en bouche.

Shearwater ne se fait pas attendre bien longtemps. Le groupe venu du Texas dont je ne connais que le nom et quelques accords rapidement entendus de ci de là, est attendu comme le loup blanc. Jonathan Meiburg et Will Sheff (deux membres de Okkervill River) aidés d’un trompettiste, d’une contre-bassiste et d’un batteur bidouilleur en tous genres, vont produire un show direct, rageur par instants, surprenant pour qui comme moi s’attendait à un folk rock calme et ténébreux. La bonne surprise c’est de voir un rock indie catchy et rageur se lover de temps à autre au cœur d’un folk froid et un rien glauque. La mauvaise, c’est l’emploi à mauvaise escient de basses et de saturation. Que le groupe évolue dans un registre rock certes. Mais qu’il en oublie son côté folk pour se jouer de saturations et de basses sans grand intérêt aux vues de la musique et des ambiances développées, c’est une facilité à laquelle le groupe n’aurait pas dû céder pour tenter de rendre son show plus marquant. Mais ne soyons pas trop exigeant non plus, le show mené tambour battant, est varié et finalement grisant. Et par la même occasion me donne l’envie de découvrir plus avant la discographie du groupe en ces longues soirées hivernales qui s’annoncent.

Il n’en demeure pas moins que j’attends les Young Gods avec impatience. Première satisfaction , ils vont remplir la salle. Les fans de Shearwater semblent être restés pour découvrir et les fans des Young Gods sont arrivés en nombre à la bonne heure.

Mise en place à la cool comme d’habitude avec le groupe, cherchant déjà le public du regard, interpellant qui veut par ici, lançant des boutades par là. Dingue comme l’image froide et distante du groupe, pionnier de la scène indus, ne colle pas avec leur réalité, avec ces sourires et cette joie de jouer, de partager avec le public. Deuxième rencontre pour moi avec les lascars et même constat…
On a alors droit à un show reprenant quasiment la set-list de l’album, joué avec excitation et humilité. Le son organique donne évidemment une nouvelle tessiture au son Young Gods. Mais là où je pensais avoir affaire à un son folk classique, je découvre un groupe hors-norme une fois encore, qui développe le spectre de ces introspections soniques et de sa créativité. Guitares et sitar à l’unisson, Bernard Trontin parti loin dans ses percussions, la musique de Young Gods prend un nouveau relief, demeure finalement la même, psychédélique et heavy, mais propose une autre voix pour parvenir à la transe. Le son vintage est puissant. La voix de Franz Treichler n’a jamais été aussi rauque et chaude, aussi envoûtante et juste. Le duo Franz Treichler /Al Comet fonctionne toujours aussi bien, développant ce jeu créatif, soutenu par l’apport de Hänni à la guitare. Les rythmes vous manipulent. Les harmonies vous ensorcellent. Nous sommes transportés au cœur d’un autre univers, ailleurs comme ils aiment tant à le chanter. Les titres s’enchaînent. Franz discute de choses et d’autres sans jamais casser l’ambiance. La complicité entre le public et le groupe est presque palpable. Finalement le public debout, hypnotisé, en redemande. Young Gods s’exécute par deux fois avant de proposer de finir la soirée au bar tous ensemble. Pourquoi aurions-nous dû décliner l’invitation ?

Seul petit regret : ne pas avoir entendu une nouvelle version du Child in the tree. Mais s’eut alors été un choix trop évident peut-être… Grande soirée quoiqu’il en soit !

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4 Commentaires

  1. RBD says:

    J’ai vu très récemment the Young Gods également, un très grand moment !

  2. Patator says:

    Bonne chronique qui m’a donné envie de me pencher sur un groupe que je connais très peu; au passage, il y a une faute sur la dernière phrase « c’eût été un choix trop évident » ;)

  3. Neurotool says:

    A découvrir en effet Young Gods, pas toujours évident sur cd de prime abord mais une référence incontournable. Bon sinon pour la faute, on n’a rien vu… ;-)

  4. Bernard says:

    Groupe absolument essentiel. Un groupe très important dans mon cheminement musical. Et un très grand groupe live qui dans des conditions et environnements assez différents ne m’a jamais déçu en live. Le seul album qui me manque c’est ce Knock on Wood. Faudra que j’y songe sérieusement.

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