Dool – The Shape of Fluidity

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Style: Dark RockAnnee de sortie: 2024Label: Prophecy Records

Vindiou quelle claque!

J’avais déjà eu l’occasion il y a quelques années de cela, de vanter les mérites du groupe Dool et de son premier album Here Now, There Then. Parfois un peu trop atmosphérique à mon goût (le morceau titre un peu trop planant et long par exemple) et moins puissant, son successeur Summerland paru en 2020, m’a longtemps résisté, et il m’aura fallu plusieurs tentatives y compris encore récemment pour enfin arriver à en appréhender les contours et à l’apprécier, même s’il demeure à mon sens un album moins réussi et marquant que son prédécesseur (on y goûte notamment que peu les morceaux « Ode to the Future » et « Be Your Sins » qui voit les néérlandais singer Ghost pour un résultat très loin d’être aussi convaincant que ce que propose le suédois masqué). Il en fallait plus cependant pour envisager de remettre en cause le grand talent de ces anciens The Devil’s Blood (en réalité seuls deux d’entre eux, Job Van de Zande à la basse et Micha Haring à la batterie, qui ont tous deux finalement quitté le groupe) en se basant uniquement sur un album qui allait finalement n’être, c’est maintenant avéré, qu’une étape vers une 3ème itération beaucoup plus aboutie autour d’un line-up stabilisé. C’est un véritable travail d’équipe qui a en effet permis à Dool d’accoucher de ce nouvel album, puisque c’est au trio Van Dorst (chant), Polak (Guitare), Iskandr (Guitare) que l’on doit la conception de ces neuf nouveaux titres.

Et The Shape of Fluidity de voir ainsi le jour en ce mois d’avril 2024, paré de cette magnifique pochette, sobre mais ultra classieuse, signée de l’artiste Metastazis. Puis très vite vient l’éclatante confirmation musicale et avec elle le constat que Dool semble faire légèrement machine arrière et, sans pour autant tourner le dos au rock, décide de réinjecter un peu plus de muscle et de riffs, tout en perfectionnant et magnifiant sa formule. Sur the Shape of Fluidity, tout semble en effet mis en oeuvre pour faire consensus y compris en rattrapant les quelques déçus de Summerland, tant il paraît difficile de lutter et tenter de résister à un album aussi superbe du début à la fin.

Ryanne Van Dorst (chant) explique aborder sur cet album la difficulté à faire face aux changements de toute sorte et autres évènements venant perturber la course du monde et nous affecter en tant qu’individus. D’un point de vue plus personnel Ryanne y évoque ses propres introspections, les remises en question quant à son genre d' »hermaphrodite » (intersex en anglais), avec cette complexe dualité Femme/Homme, qu’il/elle semble embrasser complètement. Les paroles d' »Hermagorgon » (dont on devine qu’il s’agit d’un titre important pour Ryanne) lui permettent à l’évidence de mettre des mots très simples sur la situation : « I am my father’s daughter and my mother’s son », Ryanne se faisant désormais appeler Raven, probablement pour échapper aux « classifications » genrées qui sont parfois trop étriquées et simplistes pour décrire comme il se doit des situations éminemment complexes.

Au-delà de ces considérations très « intimes » qui lui appartiennent, l’entité Dool a semble-t-il trouvé la formule magique pour rendre sa musique – déjà belle sur les deux albums précédents – particulièrement accrocheuse cette fois, sans pour autant sacrifier la profondeur et la sensibilité artistique qui la caractérisent.

Les hostilités démarrent d’ailleurs directement dès l’ouverture de l’album avec le superbe « Venus in Flames », que vous avez peut-être déjà entendu, puisqu’il s’agit du premier extrait de l’album à avoir vu le jour. Un titre somptueux, mais qui n’a en réalité rien de spécial qui le distingue des huit autres : en effet tout l’album est sublime, chaque titre parfait, impossible de trouver quoi que ce soit à redire cette fois. Le morceau titre est peut-être celui qui a ma préférence, mais nul doute que cette préférence évoluera probablement d’un jour à l’autre au gré de l’humeur, et des découvertes perpétuelles qui ne manque pas de récompenser les écoutes qui se multiplient.

Même l’introduction d’un chant masculin qui vient donner la répliquer au timbre androgyne de Raven sur « House of a Thousand Dreams » de son timbre grave, accompagné aussi d’un violon discret, ne font qu’apporter un peu plus de variété à un banquet qui régale déjà parfaitement en lui-même.

L’album a été mis en boîte par Magnus Lindberg (Cult of Luna) à la production et Ted Jensen (Ghost, Mastodon, Muse…) au mastering, qui ont tous deux fait un super boulot pour donner aux néerlandais le son qu’il leur faut, puissant, clair et détaillé, parfait pour bien mettre en valeur tant les instruments (y compris la basse) que la voix de Raven.

Alors c’est certain, il est toujours un peu délicat de catégoriser la musique des hollandais (qu’on se plaît à simplifier en parlant de Dark Rock s’il faut tenter d’aiguiller un peu le futur auditeur), et c’est peut-être ce point qui peut leur porter préjudice finalement : la difficulté à trouver leur public, faute d’être aisément « cernables » ou « classifiables » (on y revient encore une fois…). Mais qu’importe au fond, il suffit d’avoir un cœur, d’aimer la musique, et de se laisser porter à l’écoute de ces neuf joyaux ciselés, que nous propose Dool, qui accouche à mon sens de son tout meilleur album. Un album qu’il sera cette fois difficile à surpasser et qui fait déjà figure de très sérieux candidat au titre d’album de l’année en ce qui me concerne.

Tracklist :
01 – Venus in Flames
02 – Self-Dissect
03 – The Shape of Fluidity
04 – Currents
05 – Evil in You
06 – House of a Thousand Dreams
07 – Hermagorgon
08 – Hymn for a Memory Lost
09 – The Hand of Creation

krakoukass

Chroniqueur

krakoukass

Co-fondateur du webzine en 2004 avec Jonben.

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