Gothic Festival 2008 – 25 juillet 2008 – Waregem – Belgique

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Pour cette deuxième édition, l’organisation a mis les petits plats dans les grands. Premier fait notable : le fest se tient non plus sur 2 mais sur 3 jours. Ce qui fait, si mes calculs sont corrects, très exactement un jour de plus que l’année dernière. Et donc, en toute logique, encore plus de groupes à voir. C’est pas royal ça ?
L’orga a eu ensuite la bonne idée d’intervertir les emplacements du merchandising et de la second stage par rapport à l’année dernière. Les conditions d’écoute sont donc largement supérieures puisqu’on a quasiment 2 main stage aux caractéristiques quasi identiques. J’ignore pour quelles raisons (affluence moindre ? Ça serait dommage) mais le temps d’attente aux guichets a battu des records de promptitude ; petit détail qui a le don de me mettre de bonne humeur.

VENDREDI

On démarre les hostilités par les Français de Dolls of pain. Le groupe ne bénéficie pas, selon moi, d’un bon son ; ça manque de clarté et perd, du coup, en efficacité. Le chant qu’on qualifiera d’agressif (hurlé et saturé) colle assez mal à l’image du chanteur à l’air débonnaire traduisant plus la bonhomie que le côté « rentre-dedans » auquel on pourrait s’attendre à l’écoute d’une electro dark rock pêchue. Pour utiliser une formule éculée, je dirais que le groupe doit encore digérer ses influences et se forger une véritable personnalité.

Changement d’ambiance avec les vétérans de Psyche. Le groupe illustre à la perfection l’adage « pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ». Deux pelés sur scène, des lights épurés, des mélodies efficaces qui ne nécessitent pas d’avoir usé les cd sur la platine pour se surprendre à taper du pied. Le chanteur (qui a un petit côté Etienne Daho, tant pis pour lui) prend visiblement un grand plaisir à être là et c’est le genre d’énergie qui capte et retient l’attention du spectateur. Et malgré son sens singulier du rythme – vocal comme gestuel – il sert à merveille une electro pop jamais mielleuse parfois goth ou folk/rock. Un set varié donc, quasi tour de force lorsque l’on considère l’aspect statique du type derrière les manettes qui n’a d’égal que l’excentricité joviale de son comparse.

Bon en tout logique, et si je me souviens bien des quelques titres écoutés sur leur myspace, le prochain marquera sans doute ma première pause. Pressure control pratique en effet une dark indus martialo-bruitiste ; or les 2 derniers termes ont plutôt tendance à me faire fuir. Pourtant, la torture n’est pas au rendez-vous. La diffusion d’un film en noir et blanc sur l’écran du fond n’est pas étrangère à l’intérêt que je me surprends à porter à leur musique. Le tout se marie très bien et réussit à créer une atmosphère malsaine et répétitive qui ne me rebute pas. Si ces types n’ont pas composé en hôpital psychiatrique, ils méritent que leur musique sponsorise certains de ces établissements spécialisés. Plutôt une bonne surprise.

À nouveau, changement d’ambiance (ah ben va falloir vous y habituer, c’est un peu l’intérêt du festival de proposer des musiques réellement variées même si elle se rattache globalement au même style) avec le goth rock d’Elusive. Bon là, c’est l’autoroute, le groupe pratique avec un respect quasi obsessionnel les canons (musicaux et vestimentaires) du genre ; c’est bien sympathique au début mais au bout de 15 minutes, une certaine monotonie s’installe. Les lights basiques, les postures on ne peut plus classiques et plutôt statiques ne favorisent pas l’enthousiasme. J’en avais gardé un meilleur souvenir sur cd. Petite déception donc.

Les choses commencent à devenir sérieuses avec les jeunes de SITD. Je dis un peu plus sérieuses car le public était relativement clairsemé jusqu’à présent. Leur electro dark puissante couplée à la bonne grosse patate du chanteur à bonnet n’est pas sans animer un parterre qui semblait les attendre au tournant. Les lights sont bien travaillés, c’est bien foutu, ça remplit le contrat de foutre un mini feu. Personnellement, j’ai un peu bloqué sur le chant mais en marchant vite ça se voit pas, comme disait ma grand-mère.

Ah ben la voilà ma pause ! 32 Crash. Look de « remonteurs de réveil » chez FLNC inc., musique indus goth irritante, je suis incapable de tenir plus de 3 morceaux. Tant mieux pour ceux qui ont besoin de place pour danser ; il faut savoir se sacrifier pour de nobles causes.

Cruxshadows. Et là c’est la consternation. Pile poil après l’intérêt que le groupe aura su susciter sur un plan visuel (des danseuses peu vêtues, grouuuu), il aura fallu que le chanteur… chante. Et qu’en plus il bouge. LA boulette. Le pathétique n’est pas loin (mais alors pas loin du tout) à le voir gesticuler et déambuler sans l’ombre d’une assurance ; tout semble téléphoné, on pourrait presque l’entendre compter « 1, 2, 3, 4 et 1, 2, 3, 4 ». 3 morceaux auront eu raison de ma patience et c’est uniquement parce que je suis de bonne humeur et que les courbes des 2 succubes qui dansent ne laissent pas un faible homme indifférent que je ne suis pas parti avant. Voir la version masculine de Mylène Farmer après l’accident, très peu pour moi. À noter que le public était là en masse. Ils sont fous ces goth.

Avec Fixmer/McCarthy, on passe clairement un cran au-dessus. Le style pratiqué n’a rien à voir bien sûr car, pour ceux qui suivent un peu le mouvement EBM, le nom Fixmer devrait leur parler. Le tcho père est tout simplement le vocaliste de Nitzer Ebb. Et ça se voit. Le type est particulièrement à l’aise sur scène ; on peut même dire qu’il est chez lui et qu’il s’est donné pour mission de faire bouger un maximum un public tout acquis à sa cause. À croire qu’il touche une prime par goutte de sueur du public. La présence scénique est impressionnante, il sait parfaitement haranguer la foule en délire pour la mener là où il veut. Un set on ne peut plus efficace même si le côté dance floor d’Ibiza transpire (lui aussi !) de quelques morceaux taillés pour les chaudes soirées. En tout cas, il s’agit d’une musique qui prend clairement tout sa dimension en live. L’un des points forts du jours.

Clan of Xymox. Il y a des gens qui perdent leur clé de bagnoles, ou leur lunettes ; qui passent des heures à se demander ce qu’ils ont fait du stylo qu’ils tiennent dans la main. Et il y a ceux, plus rares et non moins méritants, qui n’ont pas été foutu de prendre des notes d’une prestation et qui, au moment de rédiger leur report, ne se souviennent plus suffisamment bien de ce qu’ils ont vu. Honte à eux !

On a eu du qui bouge et du qui est dans le coup. On passe alors aux antipodes avec Absolute body control et son electro indus hypnotique, lancinante portée par un chant goth rock, batcave avec une réverb’ effet « je chante dans une vieille caverne poussiéreuse et humide ». C’est kitsch à mort, pour moi ça sonne carrément suranné. Je n’accroche pas et ce ne sont pas les images de l’écran syncopées et elles aussi hypnotiques qui parviendront à garder mon attention plus de quelques minutes.

On termine la première journée avec du lourd puisque ce sont les excellents VNV Nation qui concluent. C’est franchement une autre catégorie, la division supérieure et de loin. Grosse, grosse patate des 3 Suédois derrière les manettes ou la batterie et monstrueuse énergie déployée par le chanteur qui, dès qu’il ne chante plus, exhorte le public à se bouger les fesses dans un ultime soubresaut. Il ira d’ailleurs jusqu’à incendier un malheureux qui semblait passer plus de temps à regarder les photos qu’il venait de prendre qu’à profiter du show lui-même. Ça danse partout (sauf votre serviteur, faut bien pouvoir relire ses notes, vous me faites doucement rigoler vous !). Bref la grosse claque du jour, la Suède ressort impassiblement vainqueur juste avec Fixmer/McCarthy.

SAMEDI

Une bonne nuit de sommeil, une bonne douche, un bon petit déj et on reprend la route direction l’indus tribale d’Empusae qui passe ma foi fort bien en live grâce aux soins portés aux ambiances, aux percussions et surtout aux lights qui rendent littéralement dingues. J’avais trouvé ça insupportable sur cd et trouve un réel intérêt à voir la prestation scénique. Voilà une journée qui s’annonce sympathique.

Scin Scatzor. Avec un nom pareil, on ne pouvait pas s’attendre à du heavenly voices. J’étais donc psychologiquement préparé à en chier. Mais j’ai sous estimé mon aversion pour tout ce qui, de près ou de loin, touche au punk. Y rajouter de l’indus metal n’aura pas suffit à me convaincre. Ce duo allemand avait certes du pain sur la planche mais je ne l’ai de toute façon pas trouvé bien intéressant dans sa prestation. Il n’y a franchement pas grand-chose à se mettre sous la dent.

Quoi de mieux pour se remettre qu’un bon gros show d’indus militaro metal allemand ? Et le mot n’est pas franchement pas galvaudé. On a droit au Barnum et toute sa troupe. Jesus and the Gurus décrochent en effet la timbale en matière de mise en scène. Le chanteur est sans doute un adepte de Brachetti : une fois sur la champ de bataille, au beau milieu d’une rafale de munitions de tous ordres ; une autre fois, face à un pape infirme poussé dans sa chaise roulante par une nonne (même pas nue, là j’ai trouvé les Allemands frileux) ou la plus classique camisole de force. À chaque titre une ambiance. Bon par contre, musicalement, c’est quand même assez plat (n’est pas Oomph! ou Rammstein qui veut), l’intérêt du groupe résidant réellement dans sa manière d’appréhender la scène. On retrouve d’ailleurs le côté 12ème degré présent chez Rammstein : on a ici droit à un type qui ne s’applique qu’à taper avec une tige métallique sur des plaque de fer placées sur ses avant bras ou à un claviériste très volubile. Sans aller jusqu’à risquer le procès pour plagiat, le groupe ne figurera quand même pas au Panthéon de l’originalité. Plaisant malgré tout.

Spetnaz. Que dire de plus qu’il s’agit d’une bonne EBM oldschool sans prétention, qui mène bien la barque du public là où il veut voguer. Rien d’exceptionnel mais malgré tout une bonne présence sur scène soutenue par un répertoire classique. Spanaz.

C’est ensuite au tour de l’un des groupes les plus attendus du week end au vu du nombre de tee shirts arborés par les adeptes des couleurs sombres ou fluo : Combichrist. De toute façon, c’est le genre de groupe dont on n’imagine pas mauvaise prestation. Et la réalité a collé à l’imagination. En ce sens, ça n’est donc pas un set surprenant. Je m’attendais à de la grosse artillerie, à une déferlante d’electro dark musclée et survitaminée, je n’ai pas été déçu. Aucun des 3 membres (le batteur en tête) ne s’économise ; l’ingé light non plus d’ailleurs, c’est franchement superbe visuellement. Un très bon concert, ok mais je n’ai pas non plus eu le souffle coupé alors que c’est un peu ce que j’espérais. A revoir.

In Slaugher Natives. De la BO de film d’horreur sans film d’horreur. Pour ma part, ça va 5 minutes, après ça ne passe plus.

Ordo Rosarius Equilibrio. Dommage que l’écran projette toujours les mêmes images car cela rajoute un peu à la monotonie des titres, accentuée d’ailleurs par le vocaliste. Sympathique tout de même et puis ça permet de se reposer un peu avant d’attaquer l’un des gros morceaux du jour : Suicide Commando.

Vous envisagez de débuter une carrière de serial killer et vous vous inquiétez de ne pas pouvoir trouver la BO idéale pour accompagner vos méfaits ? Qu’à cela ne tienne, Suicide Commando a pensé à vous ! Par contre, si vous êtes comme moi et que vous tenez 4 morceaux, votre carrière sera fulgurante, donc autant en donner un bon coup dès le départ. Ça boom boom à mort quand même. Mais bon, l’ambiance apocalyptique est bien retranscrite et si vous ne supportez pas la vue du sang passez votre chemin car l’écran ne vous ménagera pas. On sent que ces types ne plaisantent pas.

C’est aux papys de Fields of the Nephilim qu’il revient de clore la journée. Un groupe mythique sans lequel bon nombre de groupes de gothic metal n’auraient pas vu le jour saura-t-il rallier toutes les branches du goth en ce samedi soir ? Que nenni, le public est quand même bien différent de celui qui bougeait dans tous les sens devant Combichrist par exemple. Il faut dire que les points communs entre les 2 groupes ne rempliraient pas un post-it. Tant pis pour eux, tant mieux pour ceux qui apprécient et ne souhaitent pas mourir asphyxiés par la chaleur moite qui envahit le hangar sous lequel le festival a lieu. Le public est clairsemé mais tout acquis à leur cause.
C’est un étrange sentiment qui naîtra en moi devant ces figures incontournables du goth rock ; un peu comme si un croyant d’une quelconque religion se retrouvait face à l’origine des fondements qui régissent son existence. La prestation est à la hauteur de ce que j’attendais. Joli moment qui n’est pas étranger à la mélancolie.

DIMANCHE

Bon là c’est un peu le jour de relâche, entre la fatigue (jme fais vieux, bordel) et le nombre relativement important de groupes dont la musique ne provoquaient chez moi qu’ennui et désolation, je ne me suis pas levé aux aurores pour assister au set des premiers groupes.
On passe donc directement à Garden of Delight. Même si j’ai presque dû me frotter les yeux à l’écoute du premier titre tellement celui-ci faisait plus penser à My Dying Bride qu’à un groupe de vieux briscards goth rock. Très bon titre d’ailleurs, noir à souhait. Pour le reste du concert, on revient à des notes plus classiques, le côté goth/rock/darkwave refaisant surface. Ça n’est franchement pas désagréable et le jeu de lumière, sobre, n’y est pas pour rien ; l’attitude « détachée » du chanteur non plus. Le contrat est rempli, on voulait du goth rock, on n’a pas eu du Marcel Amont.

Le deuxième groupe auquel je voudrai bien accorder de l’attention en cette fin de fin de week end est Trisomie 21. Là aussi des vieux de la vieille de la scène goth rock. Suffisamment vieux pour avoir oublié la notion de justesse d’ailleurs. Je sais que cette musique n’a jamais été le sanctuaire des prouesses vocales mais il faut bien avouer que le chanteur est en la matière un fervent traditionaliste. Je ne sais pas trop s’il s’en rend compte, s’il en joue ou si les extra terrestres y sont pour quelque chose mais toujours est-il que ça n’est pas dénué de charme lorsque l’on considère la musique dans son tout. À moins que ce soit l’alcool.

Dernier groupe de la journée pour moi (oui j’ai un peu taillé dans le vif par rapport à vendredi et samedi, ça va, on va pas revenir 107 ans là-dessus oh!) : les doux dingues de Das Ich. Ce groupe ne peut qu’attirer la sympathie, je trouve. Musicalement, c’est on ne peut plus kitsch, basique. Mais, scéniquement, c’est carrément la panacée. Les lights, les mimiques, les gros délires, le plaisir d’être là, quelle belle énergie communicative. À voir absolument, quitte à enfoncer très loin les bouchons d’oreilles.

On aurait pu craindre que l’ajout d’une journée allait augmenter les pauses potentielles. Le fest a pourtant tenu la route du début à la fin car les groupes de remplissage n’ont, une fois encore, pas eu droit de cité. Un très bon fest, vraiment.

Chroniqueur

Darkantisthène

Il est né, il a chroniqué, il est mort, aurait pu dire Heidegger si... j'étais mort, si Heidegger était vivant et s'il s'était intéressé à ma prose autant qu'à celle d'Aristote. Et il n'aurait pas été à une connerie près le père Martin parce qu'avant de chroniquer, et après être né, figurez-vous que j'ai vécu ; et écouté de la musique.

darkantisthene a écrit 276 articles sur Eklektik.

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6 Commentaires

  1. Aïax says:

    mais qu’est-ce que t’y connais …

  2. dark hypp says:

    Ah ça, je suppose que c’est le report de cruxshadows qui est mal passé!

  3. Aïax says:

    y’a pas que ça !!! si c’est la même personne qui à écrit l’article et fait les photos faut qu’elle se consacre juste aux photos (qui sont magnifique!) mais manifestement cette personne ne connais pas grand chose en musique dit « Gothique » …

  4. darkantisthene says:

    Ah mais je ne prétends pas du tout être un spécialiste, loin s’en faut. N’hésite pas à apporter des précisions/contradictions etc, je suis preneur.

  5. RBD says:

    Très beau festival. Quelques précisions s’imposent en effet. Ce n’est pas Térence Fixmer (qui est Lillois) mais Doug McCarthy qui est le chanteur mythique de Nitzer Ebb. De même VNV Nation ne sont pas un duo suédois mais anglais (un peu irlandais même, je crois, en grattant un peu).
    J’ai vu Clan of Xymox il y a quelques jours à Marseille (cf live report sur le forum de VS si ça intéresse certains), il y en a d’autres présents à Waregem que j’espère beaucoup voir un jour (Suicide Commando, [:SITD:] et d’autres qui m’intéresseraient… Mais à part le Dark Omen, rien de ce type n’existe en France et encore moins dans le Midi.
    Bravo à Hypparchia pour les photos.

  6. darkantisthene says:

    Tiens oui pourquoi j’ai inversé Fixmer McCarthy moi ? ça va pas mieux. Merci pour la précision sur VNV.

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