Ulver + Void ov Voices – 11 février 2010 – Cigale – Paris

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Annee de sortie: 2010

Après avoir couru derrière Ulver à travers le monde (de République Tchèque à Londres), les voici venus à domicile (ou presque) pour un bout de tournée européenne. Plus déterminés qu’avant à se produire en salle. Moins stressés aussi, visiblement (plus besoin de fumer clope sur clope pour Garm), et surtout beaucoup plus rodés.

Mais avant de décrire plus avant leur prestation, parlons un peu de la première partie. Deuxième apparition scénique sur une scène parisienne pour Attila Csihar (Mayhem) après sa participation au concert de SunnO))), le voici accompagné de lui-même et de plusieurs effets déposés sur une simple table. Void ov Voices consiste en une exploration de ses fantastiques capacités vocales, superposées par couche pour créer des morceaux à situer entre Gnaw their Tongues et Fragments pour Artaud / Entité / Prisme de Pierre Henry. Sa technique est elle à la croisée entre le « I am sitting in a room » de Alvin Lucier et le travail de Alexander Tucker. Du grondement drone, de textes récités avec une voix rauque au chant clair, les multiples talents de Csihar se superposent sur deux titres de plus d’une dizaine de minutes dont je n’ai pas spécialement senti la durée s’écouler. Un coup d’éclat pour un projet aussi difficile à réaliser qu’à apprécier quand il est présenté sur le papier.

Puis, vers 21H, Ulver se présente sur scène, discrètement, mais applaudi par un public qui ne reconnait pourtant visiblement que Garm. L’arrivée de de Daniel O’Sullivan, nouveau membre du trio devenu quatuor, sera aussi manifestement ignorée alors que sa présence y est surement pour beaucoup dans la qualité de la prestation qui eu lieu sur la scène de la Cigale.

Introduit par « Eos », le concert débute avec quelques imperfections quand les grincement de la guitare crissent contre les nappes du morceau. Le concert sera ensuite absolument parfait et malgré que la set list n’aura en rien différé des deux concerts que j’ai pu voir, l’interprétation et la présentation visuelle des morceaux, sera largement plus aboutie. La seconde prestation d’Ulver en République Tchèque était une tentative, transformée avec succès, de reproduire leurs compositions sur scène. Puis, sur la scène du Queen Elisabeth Hall, les morceaux s’étaient allongés par la présence d’un deuxième batteur et d’une joueuse de thérémin. En revanche, sur la scène de la Cigale, se furent des morceaux transcendés par l’action de ces trois autres musiciens, manifestement rodé à la présentation du set, qui transforma l’interprétation et la fit atteindre ce sommet stratosphérique. Le groupe se bonifie tout simplement avec l’âge et le chemin parcouru en l’espace de huit mois laisse présager du meilleur pour la suite.

Toujours aussi effacé derrière ses instruments, Daniel O’Sullivan, préposé à la basse, au clavier et à la guitare (dont l’une des deux qu’il utilisera sera un peu trop absente du mix pour se faire entendre convenablement), reste tout aussi effacé que les cinq autres membres. Garm/Krystofer Rygg remercie toujours aussi timidement et discrètement le public, ne l’interrogeant qu’à deux moments : après la présentation d’images du IIIème Reich et de camps d’extermination nazis où il conclura la projection par un « Are you uncomfortable? », suffisant à résumer la position du groupe vis à vis de ce qui venait d’être montré. Puis, après « Operator » (l’un des seuls nouveaux morceaux ajoutés à leur prestation) où la projection montrait un homme en train de se suicider dans sa baignoire, il demanda si cela n’avait choqué personne.

L’heure de concert, contrairement à la demi heure supplémentaire annoncé par l’organisateur, se déroulera donc sans aucune interruption. Un sans faute gorgé de maitrise et de puissance dans la retranscription visuelle et émotionnelle de ces morceaux que tout le public connaissait surement sur le bout des doigts. Après des années passé dans l’ombre, Ulver se dévoile et expose sa capacité à transcender des compositions que beaucoup considéraient déjà comme parfaites. Un signe de la maturation d’un groupe que personne n’avait encore pourtant traité d’immature au regard des faits accomplis. La transformation en groupe de scène semble donc convenir parfaitement aux musiciens, dont la prestation se conclut comme d’habitude par un « Not saved » accompagné du regard perdu d’un jeune garçon qui accompagne le silence du public, attentif et respectueux, transpercé des quelque notes de clavier. Les sourires et les applaudissement sont un rappel suffisant pour un groupe qui rappelle à son public gourmand qu » »ils ne sont pas ce genre de groupe et qu’il n’y aura donc pas de rappel ». Il est d’ailleurs étonnant de faire remarquer que c’est ce même Garm dont la timidité a toujours empêché Arcturus de se produire sur scène quand il était au chant, qui s’adresse au public et obtient le silence par un simple signe de la main. Les temps changent et personne ne pourrait être plus heureux de cela que les fans présent ce soir là.

Set list (merci à Opethmaniac sur le forum de Violent Solutions)
1) Eos
2) Let The Children Go
3) Little Blue Bird
4) Rock Massif
5) For the Love of God
6) In The Red
7) Operator
8) Funebre
9) Plates 16-17
10) Hallways Of Always
11) Porn Piece Or The Scars Of Cold Kisses
12) Like Music
13) Not Saved

Chroniqueur

Mathieu Lubrun

Hororo est chroniqueur depuis 2004 sur Eklektik, bibliothécaire de profession, passionné de musique (metal, jazz, hip hop, electro …) et de comics. Alcoolique de concert et de disques, bavard et effervescent dès qu’il rentre en contact avec un artiste qu’il apprécie. Contactez-le pour lui dire tout ce que vous voulez à son adresse personnelle xhororox [AT] gmail [DOT] com et/ou suivez-le sur Twitter.

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Commentaire

  1. opethmaniac dit :

    Rien à dire de plus, parfait résumé de cette superbe soirée parisienne..Déjà 3 semaines qu’on y était ! Pour ma part, la meilleure des 3 fois où j’ai pu voir le groupe, devant Lillehammer et Bruxelles…

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