Voix Uniques – Dax Riggs

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Annee de sortie: 2011

Dax Riggs, c’est une voix unique, un type qui en quelques notes arrive à sublimer un accord de guitare jusqu’à en filer des frissons, un petit coup de son vibrato désenchanté et graveleux à l’accent des marécages de Louisiane et on tombe sous le charme.
Avec Acid Bath, groupe pionnier du sludge ayant écumé les bas fonds de la Nouvelle Orléans des 90s en même temps que Eyehategod et Crowbar, puis en solo sous les patronymes Agens of Oblivion et Deadboy and the Elephantmen, et enfin récemment son sous propre nom, son chant hante quelques albums qui ont marqué profondément, si ce n’est leur temps,  les admirateurs du bonhomme.

Acid Bath, out of the swamps

Dax Riggs était d’abord le chanteur des feu Acid Bath formé en 1991, ce groupe maintenant vénéré pour sa participation à l’émergence du sludge n’a finalement connu un peu de succès qu’après avoir splitté. Leurs deux albums, l’excellent premier essai When the Kite String Pop (1994) qui part dans tous les sens musicalement puis le plus recentré sur le sludge mais néanmoins réussi Paegan Terrorism Tactics (1996), étaient l’oeuvre d’un groupe quasi-amateur, n’ayant fait que peu de ventes et peu de tournées alors que la scène sludge/stoner de la Nouvelle Orléans était encore quasiment inconnue (Phil Anselmo et Down n’étaient pas passés encore par là).

« Toubabo Koomi », « terre des blancs cannibales » en français cajun, 9ème morceau de  When the Kite String Pop, le seul morceau d’Acid Bath ayant servi pour un clip.

http://www.youtube.com/watch?v=D90saV6mm70

When The Kite String Pops (1994)
Riggs était déjà un chanteur fabuleux du temps d’Acid Bath, maitrisant à la fois un chant clair plaintif et chargé en vibrato, des élans rauques puissants et des cris parfois démentiels. Il passait d’ailleurs d’un registre à un autre facilement, les morceaux d’Acid Bath variant eux-même entre death, sludge, doom entre autres, ils faisaient même des ballades rock alternatif géniales, dont « Scream of the Butterfly » passée inaperçue à l’époque mais qui aurait pu rivaliser avec celles d’Alice in Chains par exemple.

Paegan Terrorism Tactics (1996)
Si le style vocal de Riggs reste aussi polyvalent, le chant clair prend une part prédominante et en parallèle, les compositions d’Acid Bath délaissent les parties metal thrashy et se concentrent sur leurs aspects les plus sludge, hymnes au riff gras, lent et lourd rythmé sur une démarche de pachyderme. On retrouve quelques ballades dignes des meilleures des groupes grunge qui cartonnaient à l’époque, avec en prime une touche unique de désinvolture, telle « Graveflower ».

[youtube width= »650″ height= »25″]http://www.youtube.com/watch?v=SR8BPry4LXE

Demos: 1993-1996 (2005)
Le split d’Acid Bath s’est sûrement passé de façon trouble, en 1997 il survient après la mort de leur bassiste Audie Pitre, et alors le groupe n’était pas très vendeur, ils devaient être à la rue financièrement, et les membres du groupes étaient des drogués notoires, à la mesure des membres d’Eyehategod qui viennent de la même scène et qu’ils cotoyaient, donc devaient forcément avoir pas mal de galères. Après ce split, le guitariste Sammy Duet passa quelques temps dans Crowbar puis créa le groupe Goatwhore. Cette compilation de démos, la plupart de morceaux des 2 albums, sort en 2005 sur Nuclear Blast, qui ont du flairer la montée de réputation d’Acid Bath comme figure du metal underground. Ici la version demo de « Bleed me an Ocean », initialement sur Paegan Terrorism Tactics :

[youtube width= »650″ height= »25″]http://www.youtube.com/watch?v=sVdllbfar8Y

Agents of Oblivion, rage out, but despair moods always

Agents of Oblivion (2000)
Après cette expérience, Dax Riggs n’a jamais arrêté de faire de la musique, mais s’éloigna du metal pour se tourner vers un rock alternatif gardant tout de même l’ambiance de desespoir des compos du groupe, qui est de toute façon intrinsèque à sa voix et sa façon de chanter. Formé au trois cinquième de membres d’Acid Bath, Agents of Oblivion en est une version plus blues/rock. Le groupe splittera après la sortie d’un unique album éponyme en 2000, comportant quelques perles de mélancolie à la mesure de ce « Endsmouth ».

[youtube width= »650″ height= »25″]http://www.youtube.com/watch?v=WLnDssJHO54

Deadboy and The Elephantmen, no escape for the blues

If This Is Hell, Then I’m Lucky (2002)
Periode assez trouble qui voit Riggs revenir sous le nom Deadboy and the Elephantmen après avoir joué quelques compositions lors de concerts en solo sous propre nom au milieu de reprise de Leonard Cohen ou Nick Cave and the Bad Seeds. En 2001, il a un line-up complet autour de lui et enregistre If This Is Hell, Then I’m Lucky, mais a des démêlés avec son label et l’album est quasiment impossible à trouver. C’est pourtant la principale perle de sa carrière solo, reprenant là où Agents of Oblivion s’étaient arrêtés dans un style plus minimaliste, et encore plus lancinant et noir, aux paroles encore plus empruntes de mélancolie, il n’y a qu’à voir le titre de l’album ou la ballade blues « Waking Up Insane » :

[youtube width= »650″ height= »25″]http://www.youtube.com/watch?v=D-hPxv9Kz6g

We Are Night Sky (2006)
Plusieurs membres quittent alors le groupe et Riggs se met en quête de nouveaux musiciens, pour finalement rencontrer la batteuse Tessie Brunet avec qui il décide de continuer en formation duo, lui-même s’occupant de la guitare. L’album qui en découlera, We Are Night Sky, s’avérera très décevant à mon goût. N’est pas les White Stripes qui veut et de toutes façons je n’ai jamais apprécié ces derniers, ici même la voix de Dax Riggs n’occulte pas la pauvreté des compositions qui s’apparentent plus à un post-punk bancal qu’au blues/rock habité de l’album précédent.

As Dax Riggs, alone for good?

We Sing of Only Blood or Love (2007)
Débarrassé de sa batteuse, Riggs retrouve des musiciens et s’attelle à We Sing of Only Blood or Love qui devait être le nouvel album de Deadboy and the Elephantmen mais sort finalement sous le seul nom de Dax Riggs. Ce gars c’est quand même le syndrome du chanteur qui a besoin d’un bon guitariste compositeur pour donner son maximum et on ne peut pas dire qu’il l’ait encore trouvé, les compos s’éparpillent mais ne retrouve jamais la ferveur des débuts de Deadboy. Juste après, en 2008, son label, Fat Possum Records, ressort le 1er album de Deadboy and the Elephantmen, très mal distribué à l’époque, en modifiant la pochette pour remplacé le nom du groupe par « Dax Riggs ».

Say Goodnight To The World (2010)
2010 voit la sortie d’un nouvel album avec un line-up entièrement renouvelé, proposant un blues psychédélique minimaliste, une fois encore porté par la voix magique de Riggs. Mais on ne base pas de bonnes compos sur la seule voix, et ces 10 morceaux se la coulent douce, blues rock basique qui fait illusion quelques instants, le temps que la voix fasse son effet au risque que le soufflé retombe. On se prend quand même à tomber sous le charme au détour de certains titres. Hypnotisé, on se dit qu’un concert de ce mec avec n’importe lequel de ses groupes  doit être exceptionnel et on se prend à espérer qu’il s’associe de nouveau avec des compositeurs de talent, ou pourquoi pas renoue avec ses anciens compères du lac acide.

jonben

Chroniqueur

jonben

Krakoukass et moi avons décidé de créer Eklektik en 2004 suite à mon installation à Paris, alors que disparaissait le webzine sur le forum duquel nous échangions régulièrement, ayant tous deux un parcours musical proche entre rock et metal, et un goût pour l'ouverture musicale et la découverte perpétuelle de nouveautés. Mes goûts se sont affinés au fil du temps, je suis surtout intéressé par les groupes et styles musicaux les plus actuels, des années 90s à aujourd'hui, avec une pointe de 70s. J'ai profité pendant des années des concerts parisiens et des festivals européens. J'ai joué des années de la guitare dans le groupe Abzalon. Mes styles de prédilection sont metal/hardcore, death technique, sludge/postcore, rock/metal prog, avec des incursions dans le jazz fusion et le funk surtout, depuis une île paumée de Thaïlande. 

jonben a écrit 497 articles sur Eklektik.

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3 Commentaires

  1. deathlikesilence says:

    N’achetez pas Acid Bath, Rotten Records c’est des enculés!!!. télécharge

  2. Mephisto says:

    Cool pour l’article mais pas d’accord sur ses derniers albums que je trouve très bons.

  3. Immemorial says:

    Merci pour la découverte de tous ces groupes, je vais me pencher un peu plus sur sa discographie…

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