Les héritiers du Doom / Stoner / Sludge

Les héritiers du Doom / Stoner / Sludge

neurotool
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17 mars 2012
il y a 14 ans
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Une scène musicale underground dynamique a émergé autour de genres musicaux tels que le Doom, le Stoner et le Sludge, caractérisée par une liberté créative à partir d'influences communes rock des années 70, on explore ça avec nos chroniques de groupes contemporains qui continuent d'explorer ces sonorités.
Les héritiers du Doom / Stoner / Sludge

Chez Eklektik, on rigole déjà de voir accourir ventre à terre les intégristes du Doom, les ayatollahs du Sludge, les junkies du Stoner, le couteau entre les dents, le pétard dans la poche, prompt au tapage nocturne et incendiaire.

Alors oui ce dossier parle de Doom, de Stoner, de Sludge. Mais non on ne se risquera pas à une définition en bonne et due forme de chaque terme. Pourquoi ? Tout simplement parce que définir c’est imposer une norme et que les groupes naviguant dans ces sphères musicales sont peu enclins à cette étiquetage. Pas qu’il n’y ait d’éléments communs ni de similitudes entre chaque style énoncé mais au delà de ces analogies il faut bien reconnaître une certaine liberté de ton et de création qui  ne facilite pas la tâche des journaleux et encore moins celle du business, mais c’est ainsi et c’est d’ailleurs ainsi que nous concevons la musique libre de ces choix et de sa création. Nous nous refusons donc à tout étiquetage et autre définition dogmatique. Tout juste nous reconnaîtrons cette communion autour du Rock à guitares, de la puissance et de la lourdeur du son vintage 70’s et donc de ces précurseurs que furent Black Sabbath, Led Zeppelin, Deep Purple, MC5, Stooges, Pink Floyd, Hawkwind

Alors oui, ce dossier est avant tout prétexte à vous présenter le visage d’une certaine scène underground toujours active aujourd’hui et bien plus encore. Avec l’apparition de nombres de groupes ces derniers temps qui invoquent cet héritage et prennent tous les traits d’une troisième vague de conquérants du riffs. Et oui ces groupes sont héritiers d’un pan de l’histoire musicale underground que l’on va s’efforcer de vous présenter.

Candlemass – Epicus Doomicus Metallicus (1984)
Cathedral – The Ethereal Mirror (1993)
My Dying Bride – Like Gods Of The Sun (1996)

Un point d’histoire donc. Après le Doom des 80’s, hybride Heavy Metal tout en lenteurs, reproduisant dans un premier temps le riffing de Black Sabbath avec des groupes tels que Pentagram, Trouble, St Vitus ou s’embarquant vers un peu plus de lyrisme et de mysticisme avec Candlemass, le Doom va lui-même évoluer vers des sphères plus sombres, plus dépressives encore (doom en traduction dans le texte « destin funeste »…), plus extrêmes aussi en se conjuguant avec la violence du Death Metal.

Le tempo va progressivement se ralentir encore et encore au cours de ces décennies pour évoluer d’un format quasi rock 70’s à des groupes beaucoup plus estampillés Metal comme la scène anglaise de la fin des 80’s-début 90’s des Paradise Lost, My Dying Bride et autres Anathema jusqu’à certaines formes musicales extrêmes léthargiques, annihilées, minimalistes mais toujours puissantes, encore plus funestes, massives et laminaires. On retiendra notamment ici Esoteric, Thergothon, Skepticism ou bien encore Winter et Nortt, des groupes qui furent qualifié de Funeral Doom tant leur musique est lente et funèbre.

Histoire d’appuyer notre propos et ce point d’éclairage sur la dilution des genres, Sloth et son The Voice of God, Sleep avec Jerusalem/Dopesmoker ou Cathedral et sa pléthorique discographie démontrent ces limites insondables entre le Doom et le Stoner qui pour le cas de Cathedral oscille justement entre le Doom le plus laminaire et des productions plus groovy, plus enfumées, plus Stoner.

Kyuss – Welcome to Sky Valley (1994)
Down – NOLA (1995)
Electric Wizard – Dopethrone (2000)

Le Stoner donc se développe en même temps et en parallèle avec un son plus rock n’roll, bluesy et chargé de groove évidemment héritier du rock 70’s d’inspiration Sabbathienne. Mais contrairement au Doom, le Stoner semble plus inspiré par la fibre psyché, un rien insouciante et plus chaleureuse produisant cette impression de nonchalance positive. Pour l’anecdote ce n’est qu’à la fin des 90’s que le terme Stoner apparaît (« stoner » pour défoncé…), fruit du brainstorming de business toujours prompt au marketing de ses nouvelles signatures et de médias aussi influents que Kerrang.

Mais les Kyuss, Monster Magnet, Fu Manchu, Down, Clutch, Karma to Burn n’auront pas attendu cet apanage publicitaire pour produire leur son et créer des mythes. Les plus évidents, le label Man’s Ruin aujourd’hui mort et enterré et le groupe Kyuss, fusillé sur l’autel de l’indifférence à l’époque, aujourd’hui incontournable surtout après la médiatisation de leurs successeurs les Queens of the Stone Age de Josh Homme et la parution de Desert Sessions (collectif de musiciens Stoner autour de Homme). Néanmoins aujourd’hui encore cette scène génère foultitude de groupes, certes pas tous essentiels mais dont on retiendra par exemple Acid King, Colour Haze, Mammatus, Dead Meadow, Gas Giant, Roachpowder, Kinski. Quoiqu’il en soit, allez vous noyer dans ces effets de guitares types delay ou flanger, vous perdre sur les routes des déserts ou dans les volutes de Marie-Jeanne, cette fille si aguicheuse et si facile.

Eyehategod – Take as Needed for Pain (1993)
Acid Bath – When the Kite String Pops (1994)
Crowbar – Time Heals Nothing (1995)

Reste le cas du Sludge, si promptement médiatisé aujourd’hui, utilisé à toutes les sauces et notamment concernant les groupes issus de cette scène et de son évolution dite du Post-Hardcore (redéfinie en Post-Metal plus récemment, voir notre dossier sur le sujet), digne héritière de Neurosis & co. Scène que l’on éludera justement à dessein même s’il faut bien reconnaître certaines résurgences entre ces styles.

A l’image d’un monde en décrépitude inexorable, le Sludge est né au cœur du bayou de la Nouvelle-Orléans. D’où ce fameux nom de scène NOLA (= New Orleans, Louisiana) que vous pourrez retrouvez tout au long de vos lectures sur le style. Ces instigateurs : Eyehategod, Crowbar, Acid Bath, tous plus cultes, tous plus influents les uns que les autres. Là encore cette scène outrancière comptent nombre de groupes plus ou moins mythiques comme les californiens de Buzzov’en, ou les anglais de Iron Monkey. Points communs à tous ces groupes : les thèmes d’abord toujours chargés de cynisme, violence, critique sociale ou mises à nu de déviances psychotiques. Musicaux ensuite : à la croisée du Doom et du Punk (et pour ces formes les plus extrêmes du Crust et du Grind), ce style est l’un des réceptacles les plus malsains de la scène Metal combinant lenteur et puissance du Doom, accélération du Punk/Hardcore, production plus ou moins roots et chant hurlé. On pourrait retenir aujourd’hui dans sa forme la plus primale des groupes tels que Noothgrush, Ufomammut, Moss, Grief, Humanasaur, ou bien encore Blackthroat.

Pour autant, une fois cette page d’histoire tournée, le propos de ce dossier demeure bien la présentation des héritiers de ces scènes. Comme nous l’avons déjà indiqué nombre de groupes majeurs dès les 90’s et même avant sont passés d’un style à un autre (Cathedral donc) pour parvenir aujourd’hui à un malstrom plus ou moins improbable (Electric Wizard et son Doom psyché et mystique). C’est bel et bien l’image et l’évolution actuelle de cette scène underground que la présence des groupes ici chroniqués vient à prouver. Liste non exhaustive il va s’en dire…

  • Cathedral – The Ethereal Mirror

    Cathedral – The Ethereal Mirror (2007)

    The Ethereal Mirror (1993) est le troisième album de ces Anglais menés par Lee Dorrian (ex-Napalm Death) et il représente peut-être le sommet créatif de Cathedral, moment où le groupe trouve l’équilibre parfait entre Doom sabbathien et éléments plus psychédéliques, plus 70’s aussi dans l’approche. Là où Forest of Equilibrium (1991) était d’une lenteur funèbre presque insoutenable, The Ethereal Mirror accélère le tempo, incorpore des passages plus groovy, presque Stoner, sans rien perdre de la lourdeur caractéristique du groupe. Les guitares de Garry Jennings dessinent des riffs monumentaux qui doivent tout à Tony Iommi tout en évitant le plagiat pur, et la voix de Dorrian, qui avait quitté le grind de Napalm Death pour revenir aux sources du heavy rock, trouve ici toute son expressivité. C’est l’album qui a prouvé que le Doom pouvait être groovy, accrocheur, presque Rock n’Roll sans trahir son héritage Black Sabbath, et il reste aujourd’hui une référence incontournable du genre, pont entre le doom 80’s et tout ce qui allait suivre dans les années 90 et 2000.


  • Acid Bath – When the Kites String Pops

    Acid Bath – When the Kites String Pops (2007)

    Premier album de ces légendes de la scène NOLA, When the Kite String Pops est un chef-d’œuvre de Sludge psychédélique et torturé qui mélange la violence d’Eyehategod, les ambiances planantes de Type O Negative et une dose de folie pure qui n’appartient qu’à Acid Bath. Dax Riggs possède une des voix les plus expressives du genre, capable de passer du chant clair mélodique superbe au hurlement démoniaque en l’espace d’une mesure, et les guitares de Sammy Duet et Mike Sanchez créent des textures aussi bien lourdes que délicates, alternant riffs écrasants et passages acoustiques d’une beauté éthérée. Les textes, obsédés par la mort, la violence et une imagerie gore empruntée aux serial killers américains, ajoutent une dimension malsaine à une musique déjà profondément dérangeante. C’est du Sludge qui refuse les conventions, qui intègre des éléments de Doom, de Grunge, de Death Metal même, dans un patchwork sonore qui ne devrait pas fonctionner mais qui atteint une forme de perfection tordue. La mort tragique de deux membres du groupe en 1997 a transformé Acid Bath en mythe, mais cet album aurait été culte de toute façon, tant il capture un moment, un lieu, une rage particulière qui n’a jamais été reproduite depuis.


  • Karma To Burn – Karma to Burn

    Karma To Burn – Karma to Burn (2005)

    Premier album de ces Américains qui ont fait le choix radical du tout-instrumental à une époque où c’était encore considéré comme du suicide commercial. Karma to Burn pratique un Stoner Rock minimaliste, presque punk dans son approche directe du riff, qui doit autant à Black Sabbath qu’aux MC5. Les morceaux sont courts, efficaces, basés sur des riffs simples mais dévastateurs joués avec une énergie de concert garage, sans les envolées psychédéliques interminables qui caractérisaient déjà le Stoner à l’époque. La production brute renforce cet aspect immédiat, on a l’impression d’assister à un concert dans un bar miteux, et c’est exactement l’effet recherché. Karma to Burn a prouvé qu’on pouvait faire du Stoner sans la posture hippie, sans les références constantes à la weed et au désert, juste en aimant vraiment le Rock et en ayant quelques bons riffs sous le coude. Le groupe a connu une histoire chaotique, se séparant et se reformant plusieurs fois, mais ce premier album reste un classique du genre, preuve que la simplicité bien exécutée vaut mieux que la complexité prétentieuse.


  • Electric Wizard – Witchcult Today

    Electric Wizard – Witchcult Today (2007)

    Si Electric Wizard s’était déjà imposé comme le grand prêtre du Doom occulte avec l’album Dopethrone, Witchcult Today vient confirmer que Jus Oborn et sa bande n’ont pas fini de nous traîner dans leurs rituels enfumés et paranoïaques. Plus direct, plus Rock aussi paradoxalement, l’album abandonne une partie des structures interminables pour des morceaux presque Pop dans leur format (enfin, Pop à l’échelle d’Electric Wizard hein), sans rien perdre de cette atmosphère poisseuse de films d’exploitation italiens et de mauvais trips sous acide frelaté. La production crasseuse colle parfaitement à ces invocations sataniques de pacotille qu’on prendrait presque au sérieux tant le groove est hypnotique, Witchcult Today prouve qu’on peut faire du Doom mystique sans se prendre pour Aleister Crowley, juste en aimant vraiment Black Sabbath et les films de Lucio Fulci.


  • Capricorns – Ruder Forms Survive

    Capricorns – Ruder Forms Survive (2005)

    Rise Above continue de dénicher les perles rares avec ces Anglais qui livrent un premier album au croisement du Doom sabbathien et du Rock psychédélique le plus débridé, majoritairement instrumentale (sau le premier titre avec la folie de Eugene Robinson de Oxbow). Ruder Forms Survive balance entre riffs ultra-lourds et escapades cosmiques, le tout avec une urgence punk qui empêche la musique de sombrer dans la contemplation béate, les accélérations arrivent sans prévenir et ramènent une énergie MC5 là où on attendait du Saint Vitus sous sédatifs. La voix éraillée balance entre chant et hurlement contrôlé, ajoutant une dimension humaine, presque désespérée, à des compositions qui auraient pu se contenter d’être de simples exercices de style rétro, mais Capricorns a suffisamment de personnalité pour éviter le piège du revival nostalgique.


  • Akimbo – Forging Steel and Laying Stone

    Akimbo – Forging Steel and Laying Stone (2006)

    Que ces Américains de Seattle sortent chez Alternative Tentacles, le label de Jello Biafra (chanteur des Dead Kennedys, groupe punk majeur des années 80), n’est pas un hasard tant leur Sludge nerveux doit autant au Punk qu’au Metal. Forging Steel and Laying Stone est un album qui refuse de choisir entre la lenteur écrasante du Doom et les déflagrations du Hardcore, préférant alterner les deux dans des morceaux courts et directs qui tapent fort sans s’embarrasser de développements prog. La production brute renforce cette impression de groupe enregistré live, prêt à péter un câble à tout moment, avec des paroles cyniques et une rage sociale qui rappelle les grands ancêtres du label. C’est du Sludge ouvrier, sans fioritures ni prétention, juste la violence nécessaire pour exorciser la frustration du quotidien.


  • Black Cobra – Bestial

    Black Cobra – Bestial (2006)

    Duo basse-batterie originaire de Californie, Black Cobra pratique un Sludge minimaliste qui compense l’absence de guitare par une lourdeur de tous les instants, la basse saturée occupe tout l’espace sonore avec une férocité qui n’a rien à envier aux power trios les plus massifs. Bestial porte bien son nom, c’est une déferlante primitive de riffs répétitifs joués sur un tempo de bulldozer, avec un batteur qui tape comme s’il voulait défoncer ses fûts à chaque mesure. L’influence de Sleep et Om est évidente mais Black Cobra y ajoute une agressivité Punk qui transforme le Doom méditatif en arme de destruction massive, résultat : huit morceaux qui vous laissent sur le carreau, K.O. technique par saturation.


  • Middian – Age Eternal

    Middian – Age Eternal (2007)

    Quand Mike Scheidt de YOB monte un side-project avec des membres de Tummult et Mournful Congregation, on sait qu’on ne va pas avoir droit à de la bluette. Age Eternal pousse le curseur encore plus loin dans le Funeral Doom que YOB, ralentissant les tempos jusqu’à l’asphyxie, étirant les riffs sur des durées qui défient l’entendement, créant une musique qui semble s’effondrer sur elle-même sous son propre poids. Les nappes de claviers ajoutent une dimension cosmique presque ambient à l’ensemble, comme si les Melvins avaient décidé de jouer de la musique liturgique byzantine au ralenti. C’est exigeant, parfois éprouvant, mais d’une puissance cathartique indéniable pour qui accepte de se laisser engloutir par ces vagues de feedback et de saturation.


  • Ocean – Here Where Nothing Grows

    Ocean – Here Where Nothing Grows (2006)

    Les Allemands d’Ocean pratiquent un Sludge/Post-Metal d’une noirceur absolue, Here Where Nothing Grows est un album qui porte bien son nom tant la musique semble avoir évacué toute trace d’humanité ou d’espoir. Proche de Neurosis dans l’approche mais encore plus nihiliste dans l’exécution, le groupe alterne passages d’une lenteur funèbre et explosions de violence cataclysmique, le tout enregistré avec une production crue qui fait ressortir chaque imperfection, chaque grésillement, chaque note dissonante. Les samples et ambiances industrielles ajoutent à cette atmosphère post-apocalyptique, on se croirait dans les décombres d’une civilisation qui aurait tout raté. C’est certainement l’un des albums les plus déprimants de cette scène, et c’est un compliment.


  • Rwake – Voices of Omens

    Rwake – Voices of Omens (2007)

    Ces sudistes de l’Arkansas livrent avec Voices of Omens l’un des albums Sludge les plus ambitieux de la décennie, mélangeant la violence crasseuse d’Eyehategod, les ambiances psychédéliques de Sleep, et une approche presque progressive de la composition. Les morceaux s’étirent, mutent, passent du spoken word inquiétant aux déferlantes de saturation sans prévenir, incorporant des éléments de Doom, de Black metal, de Noise Rock dans un melting-pot qui ne devrait pas fonctionner mais qui pourtant tient miraculeusement debout. Le chanteur hurle sa rage comme si sa vie en dépendait pendant que les guitares créent des textures sonores dignes du meilleur Neurosis, Rwake prouve qu’on peut être extrême et aventureux sans tomber dans la masturbation intellectuelle. Un de nos albums coup de cœur.


  • Swarm Of The Lotus – The Sirens of Silence

    Swarm Of The Lotus – The Sirens of Silence (2006)

    Autre représentant de ce sludge post-hardcore où Neurosis plane comme une ombre tutélaire, Swarm of the Lotus se distingue par une approche plus chaotique, presque mathématique parfois dans ses changements de rythme et de tempo. The Sirens of Silence est un album dense, oppressant, qui refuse les moments de répit et préfère maintenir une tension constante du premier au dernier morceau. Les parties lentes sont d’une lourdeur écrasante, les parties rapides d’une violence inouïe, et entre les deux il n’y a que du feedback et de la dissonance. La production brute renforce cette impression d’urgence et de chaos contrôlé, c’est du Sludge nerveux, anxiogène, qui vous tient par la gorge pendant toute sa durée et ne relâche jamais la pression.


  • Kongh – Counting Heartbeats

    Kongh – Counting Heartbeats (2007)

    Ces Suédois arrivent avec un premier album qui impressionne par sa maturité et son sens de la dynamique, Counting Heartbeats navigue entre Doom lent et passages plus Post-Metal, certes en abordant les clichés de ces genres, mais toujours de façon bien foutue. La formation en trio donne un son aéré, presque spacieux malgré la lourdeur des riffs, et le chant clair (rare dans ce type de musique) ajoute une dimension mélodique bienvenue qui humanise l’ensemble. On pense évidemment à Neurosis période Times of Grace ou à Isis, mais Kongh a suffisamment de personnalité pour ne pas être un simple clone, notamment dans ces accélérations groovy qui rappellent le meilleur du Stoner.


  • Corrupted – El Mundo Frio

    Corrupted – El Mundo Frio (2005)

    Les Japonais de Corrupted sont une énigme, un groupe qui refuse toute compromission et pratique un Doom/Sludge d’une lenteur et d’une lourdeur qui défient l’imagination. El Mundo Frio pousse cette approche dans ses derniers retranchements avec deux morceaux-fleuves de plus de vingt minutes chacun qui progressent à la vitesse d’un glacier, chaque riff s’étirant sur des mesures interminables pendant que la section rythmique martèle un tempo funèbre. Le chant en espagnol, rare dans leur discographie et incongru, ajoute une dimension tragique à ces lamentations apocalyptiques. C’est du Funeral Doom dans sa forme la plus extrême, presque une musique rituelle, chamanique, qui nécessite un état d’esprit particulier pour être appréciée, mais qui récompense l’auditeur patient d’une expérience cathartique unique.


  • Ultraphallus – Lungville

    Ultraphallus – Lungville (2007)

    La France n’est pas en reste avec ces Ultraphallus qui pratiquent un Sludge/Noise particulièrement abrasif et expérimental. Lungville est un album difficile d’accès, volontairement repoussant même, qui mélange Doom ultra-lent, Noise Rock dissonant et passages Ambient inquiétants dans une bouillie sonore aussi fascinante que répulsive. La production crade renforce l’aspect malsain de l’ensemble, on a l’impression d’écouter un groupe enregistré dans une cave humide avec du matériel défectueux, et c’est exactement l’effet recherché. Ce n’est clairement pas pour tout le monde, même les amateurs de sludge extrême risquent de décrocher, mais pour qui cherche quelque chose de vraiment radical et non-compromis, Ultraphallus livre une proposition artistique cohérente et sans concession.


  • Asunder – Works Will Come Undone

    Asunder – Works Will Come Undone (2007)

    Projet parallèle de membres de Dystopia et Graves at Sea, Asunder pratique un Funeral Doom d’une lenteur hypnotique qui semble vouloir aspirer l’auditeur dans un trou noir. Works Will Come Undone se compose de quatre longues compositions qui progressent à un tempo d’escargot sous morphine, chaque note résonnant dans le vide comme une cloche d’église fêlée. Les riffs minimalistes tournent en boucle, créant un effet presque méditatif si ce n’était la violence sourde qui couve sous la surface et explose par intermittence en déferlantes de feedback saturé. Le chant growlé, utilisé avec parcimonie, émerge des abysses comme un spectre pour renforcer l’atmosphère funèbre, c’est du doom qui accepte le vide, l’absence, le néant comme composante essentielle de sa musique.


  • Unearthly Trance – The Trident

    Unearthly Trance – The Trident (2006)

    Ces New-Yorkais signent avec The Trident leur album le plus abouti, un concentré de Sludge/Doom particulièrement vicieux qui doit autant à Black Sabbath qu’à Winter. Les riffs sont massifs, joués sur un tempo de char d’assaut, avec une production suffisamment sale pour que ça sonne authentique mais suffisamment définie pour que chaque instrument reste audible dans la bouillie sonore. Ryan Lipynsky hurle comme un possédé pendant que le mur de guitares broie tout sur son passage, et quand le groupe accélère occasionnellement, ça dégage une énergie punk qui rappelle que le sludge est aussi une musique de colère et de frustration. Unearthly Trance évite le piège du Doom contemplatif pour livrer quelque chose de plus direct, plus violent, plus urgent aussi, preuve qu’on peut être lent et agressif simultanément.


  • Kylesa – Time Will Fuse Its Worth

    Kylesa – Time Will Fuse Its Worth (2006)

    Avec leur configuration atypique à deux batteurs, Kylesa propose un Sludge psychédélique particulièrement groovy qui se démarque de la morosité ambiante du genre. Time Will Fuse Its Worth incorpore des éléments de Stoner Rock et de Punk dans une formule qui privilégie le riff accrocheur et la mélodie vocale sans pour autant sacrifier la lourdeur. Les deux batteries créent une rythmique hypnotique, presque tribale par moments, qui propulse les morceaux en avant plutôt que de les engluer dans la lenteur. La présence de Laura Pleasants au chant et à la guitare ajoute une dynamique supplémentaire, ses parties vocales contrastant avec celles de Phillip Cope pour créer une texture riche et variée. C’est du sludge accessible, presque pop dans sa construction, mais qui garde suffisamment de crasse et de saturation pour ne pas paraître édulcoré.


  • Yob – The Unreal Never Lived

    Yob – The Unreal Never Lived (2005)

    Mike Scheidt livre avec The Unreal Never Lived ce qui est peut-être l’album le plus parfait de YOB, synthèse idéale entre Doom écrasant et passages contemplatifs qui donnent de l’air à des compositions fleuve dépassant souvent les dix minutes. La spiritualité qui imprègne les textes (Scheidt est un pratiquant assidu de méditation) se ressent dans la musique, qui malgré sa lourdeur dégage une forme d’élévation, de quête transcendantale rare dans le doom metal. Les riffs sont monumentaux, joués avec une précision chirurgicale sur des guitares accordées dans les tréfonds, mais c’est dans les passages plus calmes, presque ambient, que YOB montre vraiment sa maîtrise, créant des textures sonores d’une beauté éthérée. The Unreal Never Lived prouve que le Doom peut être à la fois écrasant et élégant, violent et méditatif, physique et spirituel. Et surtout que YOB en est un des meilleurs représentants.


  • Soilent Green – Confrontation

    Soilent Green – Confrontation (2005)

    Ces vétérans de la scène NOLA reviennent avec un album qui confirme leur statut de pionniers du sludge grind, mélange improbable de lenteur Doom et d’accélérations Grindcore qui ne devrait pas fonctionner mais qui pourtant atteint son objectif : vous défoncer la tronche. Confrontation est court, ramassé, nerveux, enchaînant les morceaux sans temps mort avec une énergie punk qui rappelle que Soilent Green n’a jamais été un groupe contemplatif. Ben Falgoust hurle comme si on l’écorchait vif pendant que les guitares alternent entre riffs ultra-lents et tremolo picking black metal, créant un chaos sonore d’une violence inouïe. La production est brute, presque live, renforçant cette impression d’urgence et de rage pure, c’est du Sludge pour ceux qui trouvent Eyehategod trop posé.


  • Om – Pilgrimage

    Om – Pilgrimage (2007)

    Quand Al Cisneros et Chris Hakius, bassiste et batteur de Sleep, décident de former un duo, on sait qu’on ne va pas avoir droit à du Power Metal. Pilgrimage est un album de Doom minimaliste, presque rituel, où la basse omniprésente de Cisneros dessine des riffs hypnotiques sur lesquels vient se poser sa voix monocorde psalmodiant des textes inspirés de spiritualités orientales. Pas de guitare, juste une basse saturée qui occupe tout le spectre sonore et une batterie qui martèle des patterns répétitifs, tribaux, créant une musique méditative qui doit autant au Krautrock qu’au Doom Metal. C’est lent, très lent, répétitif à l’extrême, mais d’une puissance hypnotique fascinante pour qui accepte de lâcher prise et de se laisser porter par ces mantras électriques. OM n’est pas pour tout le monde, mais pour les initiés c’est une expérience transcendantale.


  • Baroness – The Red Album

    Baroness – The Red Album (2007)

    Baroness arrive comme un ovni dans le paysage Sludge avec ce premier album qui incorpore des éléments de rock progressif 70’s, de Metal mélodique et même de Pop dans une formule qui aurait pu partir en cacahuète mais qui fonctionne miraculeusement. The Red Album est coloré, mélodique, presque joyeux par moments, ce qui détonne complètement dans un genre généralement synonyme de noirceur et de dépression. Les guitares de John Baizley dessinent des riffs aussi bien que des mélodies, le chant est clair et accessible, la production léchée met en valeur chaque instrument, et pourtant ça reste suffisamment lourd et puissant pour qu’on ne puisse pas accuser Baroness d’avoir vendu son âme. C’est du Sludge qui refuse la morosité, qui préfère l’énergie créative à la complaisance nihiliste, et qui prouve qu’on peut être progressif sans être prétentieux.


  • Monarch – Die Tonight

    Monarch – Die Tonight (2007)

    Ces Français pratiquent un Funeral Doom d’une lenteur létale qui fait passer la plupart de leurs contemporains pour des speed metaleux. Die Tonight se compose de trois morceaux-fleuves qui s’étirent sur plus de vingt minutes chacun, progressant à un tempo d’agonie, chaque riff résonnant comme un glas funèbre dans une cathédrale vide. La production volontairement lo-fi renforce l’aspect oppressant et claustrophobe de l’ensemble, les guitares dégoulinent de feedback pendant que la batterie frappe avec la régularité d’un cœur défaillant. Aucune mélodie, aucune concession à l’accessibilité, juste une descente aux enfers méthodique et implacable qui nécessite un état d’esprit particulier pour être appréciée. Monarch ne cherche pas à plaire, juste à écraser l’auditeur sous une chape de plomb sonore, mission accomplie.


  • Taint – Secrets and Lies

    Taint – Secrets and Lies (2007)

    Ces Gallois signent un album qui mélange Sludge crasseux et Rock n’Roll décadent dans une formule particulièrement efficace. Secrets and Lies balance entre riffs ultra-lourds joués au ralenti et accélérations punk qui rappellent que le Sludge est aussi une musique de défonce et de violence primale. La voix de Jimbob Isaac oscille entre chant éraillé et hurlement contrôlé, ajoutant une dimension humaine, presque autobiographique, à des textes qui parlent d’addiction, de dépression et d’auto-destruction. Rise Above continue de démontrer son flair pour dénicher les groupes qui comptent, et Taint s’inscrit parfaitement dans la lignée des Electric Wizard et autres Capricorns au catalogue du label. C’est du Sludge UK dans ce qu’il a de plus poisseux et de plus accrocheur, sale mais irrésistible.


  • Down – III- Over the Under

    Down – III- Over the Under (2007)

    Les légendes de NOLA reviennent sept ans après leur dernier album avec un Down III qui confirme que Phil Anselmo et Pepper Keenan n’ont rien perdu de leur capacité à écrire des riffs massifs. Over the Under est plus direct, plus Metal aussi que les précédents albums, privilégiant l’efficacité brute à l’atmosphère enfumée du premier NOLA. Les morceaux sont plus courts, plus nerveux, presque thrash par moments, comme si Down avait décidé de prouver qu’ils pouvaient taper fort sans se complaire dans la lenteur. Anselmo hurle avec la rage intacte de ses vingt ans pendant que les guitares broient tout sur leur passage, c’est du sludge pour stades qui n’a plus grand-chose à prouver sinon que Down reste une machine à riffs. Moins culte que le premier album peut-être, mais diablement efficace.


  • Ramesses – Misanthropic Alchemy

    Ramesses – Misanthropic Alchemy (2007)

    Projet parallèle de Tim Bagshaw (ex-Electric Wizard) et Adam Richardson (ex-Spirmyard), Ramesses pratique un doom sludge particulièrement massif et psychédélique. Misanthropic Alchemy incorpore des éléments de krautrock et de space rock dans une formule doom qui privilégie la transe hypnotique au riff conventionnel. Les morceaux s’étirent, mutent, partent dans des digressions noise avant de revenir au riff principal, créant une musique qui semble improvisée mais qui révèle à l’écoute une construction minutieuse. La production crade renforce l’aspect occulte et mystique de l’ensemble, on se croirait dans un rituel païen filmé en super 8 dégradé. Ramesses prouve que les anciens d’Electric Wizard ont encore des choses à dire, et qu’on peut faire du doom qui sonne différent de la matrice tout en en gardant l’esprit.


Playlist Doom, Stoner & Sludge

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1 commentaire

gossard

il y a 14 ans

bien la compile mais le player deconne

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