Venetian Snares – My Downfall (Original Soundtrack)

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Style: breakcore/classiqueAnnee de sortie: 2007Label: Planet Mu

Mes connaissances en matière de musique classique ont toujours été limitées par la pureté et la rigueur de ce genre. Elevé au rang de musique suprême, tout ce que l’on place sous le signe de la musique classique n’a jamais su me toucher justement à cause de ce manque de faux pas et d’erreurs heureuses que l’on retrouve dans le jazz ou dans le rock. Peut être est-ce une sorte de manque d’humanité que je pourrais déplorer dans cette musique, ce qui est plutôt étrange pour un amateur de metal, un genre qui emprunte justement au classique cette même rigueur dans l’exécution des morceaux. L’emploi d’instruments liés au classique (cordes et piano en tête) n’est plus une nouveauté et bon nombre d’artistes ont expérimenté avec ces instruments en les sortant de leur contexte pour les introduire autour d’autres instruments dont je vous épargnerais la liste. Venetian Snares lui-même avait déjà endossé le costume de chef d’orchestre sur Rossz Csillag Alatt Született, intégrant ensuite ses rythmiques chaotiques, complexes, violentes mais jamais répétitives. My downfall (original soundtrack) se place comme une sorte de continuation, mais uniquement en apparence. Loin, très loin de sa personalité traditionnelle et atypique, le costume qu’endosse Aaron Funk est ici plus proche du poète maudit, du compositeur grandiose et solitaire, de l’artiste intouchable.

Les rythmiques électroniques n’ont pas droit au premier rôle pour une fois car ils sont remplacés par une orchestration complexe et sublime où se mêlent violons, violoncelles et autres instruments à corde de la même famille ainsi que des choeurs angéliques placés là tels des muses divines qui accompagnent l’auditeur et le compositeur dans cette lente, douce et sombre depression. Car, titre trompeur, My downfall (original soundtrack) n’est pas censé accompagner des images mais un récit intérieur dont on ressort affecté. Les quelques passages les plus violents où la caisse claire samplée se mélange à des sonorités empruntées à la techno hardcore (« Integration ») sonnent presque comme des respirations en comparaison des sombres chants que l’on entend pointer dans le fond. Les pulsations s’excitent mais la pression redescend pour que la chute continue (« Hollo utca 5 ») sous fond de violons mélancoliques. A n’en pas douter, Aaron Funk a surement vécu un évènement particulièrement déchirant pour composer cet album. Mais si My downfall (original soundtrack) peut être vécu comme le récit d’un échec personnel, c’est par contre un document qui relate une victoire indiscutable contre ses propres démons et ce que l’on pourrait attendre de lui en tant que compositeur de musique électronique.

Comme je le disais en introduction, ce que je ne ressens pas et ce que je ne peux ignorer en écoutant ce disque, qui a pourtant presque tout d’un disque de « musique classique », c’est l’âme qui cache un esprit si humain mais, qui pour autant semble infaillible, et l’émotion qui s’en dégage. Non seulement le mariage des sonorités est parfaitement réussi mais, la maestria avec lequel Venetian Snares place chaque rythme et dirige ses instruments dans mille et une directions relève du génie pur. Surement est-ce que parce que j’ai découvert ce disque au moment opportun où mes sentiments et mes gouts musicaux étaient dans une conjonction propices mais, je pense malgré tout qu’un observateur extérieur plus « impartial » ne pourrait me refuser des adjectifs comme « unique », « hors du commun » et « saisissant » pour décrire cet album. J’irais même jusqu’à dire que My downfall (original sountrack) se place au même rang que le dernier chef d’oeuvre de Ulver qui a tant fait l’unanimité sur ce site et partout ailleurs. On y retrouve aussi la passion et la réinvention du classique, la maitrise de chaque détail… et puis surtout cette émotion, si sombre mais, si entrainante. Personnel et universel à la fois, tout dans ce disque crie, se tord et s’apaise finalement sur une avant dernière plage révélatrice, « How I could say I love you ». Un disque complexe et majestueux pour une confession simple mais, pourtant toujours aussi complexe, même pour les dieux.

  1. colorless
  2. the hopeless pursuit of remission
  3. holló utca 2
  4. room 379
  5. integraation
  6. holló utca 5
  7. holló utca 3
  8. my half
  9. holló utca 4
  10. my crutch
  11. i’m sorry i failed you
  12. picturesque pit
  13. if i could say i love you
  14. mentioning it

Chroniqueur

Mathieu Lubrun

Hororo est chroniqueur depuis 2004 sur Eklektik, bibliothécaire de profession, passionné de musique (metal, jazz, hip hop, electro …) et de comics. Alcoolique de concert et de disques, bavard et effervescent dès qu’il rentre en contact avec un artiste qu’il apprécie. Contactez-le pour lui dire tout ce que vous voulez à son adresse personnelle xhororox [AT] gmail [DOT] com et/ou suivez-le sur Twitter.

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8 Commentaires

  1. Faya says:

    Ok, à pécho absolument.

  2. guim says:

    Venetian est au breakcore ce qu’Aphex est à l’éléctro un de ses plus grands vecteurs d’émotions.Là où Ulver se dépasse avec son dernier album,poussant encore plus loin le concept,je trouve beaucoup plus de similitude entre Rossz Csillag et My Downfall,je suis toujours aussi fan de la technique et l’oreille de Funk mais je n’ai pas été autant surpris que lors de ma première écoute de Rossz,et malgré tout cet album le dépasse allègrement,techniquement parlant,alors on y revient,plusieurs fois,on fait crépiter le vinyl sur la platine et on se dit que le mec Funk est un sacré barge,bien plus rock’n roll que certains artistes chroniqués en ces pages,définitivement au dessus du lot.

  3. Kenzobz says:

    J’aime beaucoup cet album, mais j’aurais tellement aimé que les instruments soient moins synthétiques ! Ceci dit ça atteint le niveau de Rossz à certains moments, un morceau comme Integraation est époustouflant ! Vu l’enthousiasme de Guim et Horroro je devrais sûrement y jeter quelques écoutes supplémentaires.

  4. juj says:

    zzz
    ça commence à faire un moment qu’il nous sort bouse sur bouse, l’aaron … la surchauffe, sans doute, suite à la période où le régime était plutôt boucherie sur boucherie, mais faudrait voir à ce que ça dure pas de trop …

  5. Nico says:

    J´ai toujours été fan de VS, mais celui là m´a vite saoulé. Je le trouve trop proche de Roccz Zsillag, qui est excellent mais qui a le don d´étre vitre prise de tete. Celui la est moins bon et je trouve qu´il a les memes defauts.
    Sans moi, je prefere les anciens finalement.

  6. Nico says:

    En me relisant c’est pas du tout clair ahaha
    je dit par « trop proche de Roccz Szillag » le fait qu’ils sont dans le meme délire, même atmosphere alors que VS a le don de changer radicalement d’ambiance a chaque disque. Et par « memes défauts » le fait qu’ils sont tout les deux trop chaotique dans le sens où c’est limite du bordel sonore desordonné sans queue ni tete, un peu trop « je fais du bordel pour montrer que c’est experimental » alors que c’est simplement relou.

  7. Rico says:

    Hey Nico, c’est vrai que cet album est proche du Rossz mais si tu écoutes bien l’approche, la conception sont totalement différente. Celui-ci est beaucoup plus calme, plus posé, plus fin mais les deux se complète bien … enfin c’est ce que je trouve.

  8. Faya says:

    Idem Rico, l’ambiance est tout autre. Et il semblerait que là où Rossz n’est constitué que de samples; celui ci est composé quasi entierement par Aaron (choeurs et nappes synthétiques).

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