Earth – The Bees Made Honey in the Lion’s Skull

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Style: stonerAnnee de sortie: 2008Label: Southern Lord

Une ode à la génération Fats and Furious, un regard ironique voire cynique posé sur celle-ci, ou bien encore une métaphore vengeresse et un doigt d’honneur tendu face à sa destinée, voilà ce que m’évoque The Bees Made Honey in the Lion’s Skull ; et plus généralement l’œuvre de Dylan Carlson, la tête pensante de Earth.

Ce mec est un survivant. Au début des 90’s il survit à la déferlante grunge en demeurant dans l’ombre bien qu’il ait signé chez Sub Pop pour quatre albums – dont toute la presse se fout pas mal à l’époque… Le drone, les drogues, les armes, la disparition de Cobain, Carlson est toujours en toile de fond. Et il y survit malgré sa chute sans fin, malgré ces gyrophares, le tribunal et les serrures scellées. On pourrait en faire un héros. De quoi d’ailleurs? Du rock ? D’un romantisme sombre et surannée ? Franchement rien à foutre. Personne ici ne serait prêt à prendre sa place… Alors ? Alors le mec survit, continue à traîner sa pierre tel un Sisyphe – dont le mythe semble aujourd’hui encore l’animer – et laisse ses albums tourner, inspirer, animer une nouvelle scène (tous les Sunn O))), Boris&Co). Quoiqu’il en soit Dylan Carlson renaît de ses cendres en désintox, en profite pour relire la Bible et revient en 2005 chez Southern Lord Records avec Hex (or printing in the infernal method), cet album mystique, beau et fantomatique reprenant la BOF de Dead Man et le travail de Neil Young là où il l’a laissé. C’est à dire en plan. Hex (or printing in the infernal method) transcende cet univers désertique, développe ses thèmes en quelques accords et rend rock’n’roll le vent dans les prairies. Véritable voyage initiatique, riche de révélations, on y revient toujours depuis, craignant fébrilement la descente aux enfers. Mais non rien y fait. Le Earth des années 2000 se veut pensif et plein d’espoirs. Et ce n’est pas le nouveau The Bees Made Honey in the Lion’s Skull qui viendra me contredire.

Le projet à géométrie variable Earth semble enfin s’apaiser, se stabiliser. Tout hier tournait autour de Dylan Carlson. Aujourd’hui Earth est une histoire de groupe, où la guitare de Carlson et la batterie de son amie Adrienne Davis, incorpore la pedal steel, le trombone et le piano électrique. Enfin pour ce dernier c’est plutôt de l’histoire ancienne. Sonar and Depht Charge sur Pentastar : in the style of Demons développait déjà un thème à la dramaturgie certaine autour de deux notes de piano répétées à l’infini… Mais hier tout n’était qu’amplis et volume sonore. Aujourd’hui ce sont les instruments, les cordes et le bois qui parlent. Le drone a délesté ses chapes de plomb. D’ailleurs il n’est plus question de drone, simplement d’une musique lente et répétitive, belle et contemplative, faite de quelques accords, de quelques soli de guitare, de thèmes au piano et de rythmiques lascives, aspirant les songes hallucinés d’hier, inspirant des pensées naturalistes d’aujourd’hui. Et The Bees Made Honey in the Lion’s Skull vient une fois de plus le confirmer. Bien que vivant dans l’ombre de Hex (or printing in the infernal method), bien que développant encore ces thèmes, ces peintures ou ces mots si chers à William Blake, John Ford et John Fante ou plus prêt de nous, Cormac Mac Carthy et Jim Jarmush, The Bees Made Honey in the Lion’s Skull développe un nouveau son, de nouvelles ambiances, plus chaudes, plus organiques et pour tout dire plus charnelles. Peut-être est-ce la combinaison de l’orgue Hammond de Steve Moore et de la basse de Don MacGreevy, ou bien encore la participation sur trois titres du guitariste Bill Frisel ? Mais si ce nouvel opus ne désarçonne pas l’auditeur aux premières écoutes – quoique…- il interroge et ce bien malgré ces qualités incontestables. Car oui cet album est beau, oui c’est du grand Earth et oui cette musique déambule dans un univers à part, intemporel et personnel. Mais Hex (or printing in the infernal method) sentait le bois brûlé, la poussière et le cuir. Le sang et la pierre aussi. Alors que The Bees Made Honey in the Lion’s Skull laisse soupirer la brise, disperser ces parfums et ces odeurs. En bref il souffle un vent d’espérance sur cet album auquel Earth ne nous avait guère habitué, comme un regard sur le monde à venir, chargé de l’histoire d’une rédemption. Celle de Dylan Carlson ?

Quoiqu’il en soit c’est bien là toute la force de la musique de Earth. Avec quelques accords, elle possède une puissance évocatrice, quasi mystique où l’icône d’un cow-boy prend une nouvelle dimension, toute de mélancolie. Le désert et ses éléments s’ouvrent à vous. Les nuages coulent. Le temps s’arrête. La génération Fats and Furious s’y perd. Moi j’adhère.

  1. omens and portents 1 : the driver
  2. rise to glory
  3. miami morning coming down ii
  4. engine of ruin
  5. omens and portents ii : carrion crow
  6. hung from the moon
  7. the bees made honey in the lion’s skull
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11 Commentaires

  1. krakoukass Krakoukass says:

    J’espère que je ne dois pas me sentir visé par ton attaque contre la « génération FAST and furious » (et pas Fats!!) sinon autant te dire que t’es plus mon copain, vieille canaille! Car pour être très clair j’avoue être autant hermétique à Fast and Furious qu’à la musique de Earth… ;)

  2. neurotool says:

    faut tout expliquer… tsss… pour le fats/fast c’est un jeu de mot/détournement qui m’a fait sourire, une façon de caricaturer une certaine génération (geek/macdo/toujours plus vite/…). Après je ne vise personne ma poule! Mais je doute fort que earth puisse s’adresser à ce genre de stéréotype même si tu n’en fais pas parti! ;-)

  3. fewz says:

    bande de croulants :D… vous êtes entrés dans la période « c’était mieux » … Et comme le disait le générique de la série « culte »: « toujours plus loin, plus haut, plus vite, jusqu’au bout de l’extrême limite ».
    Sinon, énorme album d’Earth. Puissant, reposant, vagabond et cinématographique.

  4. neurotool says:

    ce n’est nullement mon discours fews… rien à voir avec un c’était mieux avant réducteur et sans intérêt… ;-)

  5. fewz says:

    je sais bien Neuro, c’était juste pour dire une connerie. Comme souvent d’ailleurs ;o)

  6. Lébo says:

    J’irais meme jusqu’à crier au chef d’oeuvre pour ma part !
    Je trippe comme pas permis avec Earth!

  7. Faya says:

    Superbe oui, vivement la sortie LP. Je préfère le fatalisme de Hex, mais les deux sont dans tout les cas bien différents.

  8. Arnaud says:

    Belle chro Neuro, tu devrais attaquer les autres albums pendant que tu y es…
    J’ai du mal au départ, premier album de Earth que j’écoute alors quand on est pas habitué je vous raconte pas.
    Si au départ j’ai trouvé ça chiant, il y un élément qui m’a donné envie d’y revenir, c’est cette magnfique ambiance mystique. Vriament classe comme musique.
    Du coup je suis parti pour m’acheter les autres albums.

  9. guim says:

    J’ai bien laissé infuser et force est de reconnaitre que cet album est une tuerie,entre les motifs psychés les relans de Bohren & der klub of gore meets Neil Young on s’en prend plein les feuilles,et des feuilles il va en falloir pour arriver au filtre de cette denrée fumante près de cette rivière sans âge.Magnifiscent.

  10. actarus says:

    album génial, comme tout le reste de leur discographie. je me le passe en boucle depuis 3 jours. direct au rayon chefs d’oeuvre intemporels, avec tous les autres :)

  11. ellestin says:

    j’aime de plus en plus cet album, et le précédent, et le groupe. Va falloir que je plonge aux racines de leur disco…

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