Klub des Loosers – La Fin de l’Espèce

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Style: hip hop contraceptifAnnee de sortie: 2012Label: Les Disques du ManoirProducteur: Klub des Loosers

Si Fuzati est depuis plusieurs années une référence du hip hop indépendant héxagonal, son nom n’est probablement pas familier à l’ensemble des lecteurs d’eklektik. Fondateur du Klub des Loosers, membre du défunt Klub des 7 (avec notamment Gérard Baste de Svinkels) et du tout aussi froid Atelier, ce MC versaillais doit probablement une bonne partie de sa notoriété à son flow unique -sorte de récitation en trois tons de nouvelles érotiques d’Apollinaire par un Arnaud Montebourg sous valium – ainsi qu’à ses proses acides, orgiaques et misanthropes transpirant l’humour noir.

Reconnu dès le premier effort du Klub (Baise les gens -2003) et son hilarante collaboration au Buffet des anciens élèves (même année) de l’Atelier, le rappeur masqué élargit énormément son public l’année suivante avec Vive la Vie et notamment le titre Sous le signe du V, fruit de la collaboration du névrosé avec un membre d’Air.

La fin de l’espèce est le premier vrai album du Klub des Loosers depuis 2004, après une longue absence ponctuée ici et là par des sorties de remixes et instrumentaux. Le virage est flagrant. Fuzati est désormais trentenaire et ça se sent. Alors qu’on nageait auparavant dans un délire adolescent pas toujours cohérent, une volonté de choquer autant par les paroles que par le style, on découvre ici un vrai album à thèmes; chroniques d’un jeune adulte découvrant avec effroi la vie que mènent ses anciens amis, les titres traitent du travail, des femmes et surtout… des enfants. On sent le sujet brûlant entre les lèvres du MC, qui passe la moitié de l’album à cracher son mépris pour la procréation. Mélancolique, et violent, son humour apparaît sous une nuit nouvelle. L’envie de brutaliser les idées reçues est toujours là mais le style plus posé, et le Versaillais qui semblait jusqu’ici se foutre  du principe même de rime les manipule désormais avec aisance et finesse.

Entre métaphores subtiles et paroles thrash, La fin de l’espèce nous raconte l’histoire d’un homme dépressif qui méprise les codes moraux de la société, leur préfèrant une logique froide et implacable où les enfants, forcément superflus, condamnent l’espèce humaine à la débilité et à la mort. Habiles, les instrus de Detect (qui a rejoint le Klub après le départ d’Orgasmic) (edit: on me signale dans l’oreillette que les instrus sont de Fuzati) tranchent avec les expérimentations de Vive la Vie et développent une ambiance retro, façon 60’s, qui par le biais de la répétition et de la simplicité, servent parfaitement le propos.

On n’aurait pas assez d’une feuille A4 pour écrire toutes les citations, subtiles ou juste marrantes qu’on voudrait noter à l’écoute de cet album. Fuzati a la capacité unique de rendre poétique, drôle et profond chacune de ses phrases, qu’il s’agisse d’une réflexion sur la mort ou d’un dialogue pornographique. Une sorte de Houellebecq hip hop, sans le côté pompeux.

D’une classe et d’un talent bien au dessus de la mêlée.

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  1. Vieille branche
  2. L’indien
  3. Volutes
  4. Destin d’hymen
  5. L’animal
  6. Encore merci
  7. La fin de l’espèce
  8. La chute
  9. Mauvais rêve
  10. Jeu de massacre
  11. Non-père
  12. Carte postale
  13. Au commencement

 

Chroniqueur

drommk

Chroniqueur instable depuis 2009, je me passionne pour les fouilles du web, en quête de groupes originaux ou/et méconnus. J'ai un faible pour les mélanges de genres. La formule parfaite est pour moi un équilibre entre originalité, technicité et émotion.

drommk a écrit 30 articles sur Eklektik.

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17 Commentaires

  1. Spirilysis says:

    Héhé! Je l’avais adoré dans l’atelier, lui et son don à tourner les pires phrases des pires situations… Effectivement, de la poésie noir, limite hardcore. Je n’avais pas bien aimé « baise les gens », je l’avais trouvé trop plat, niveau instru je crois, et vu son flow morne peut-être encore mal géré à cette époque… Alors qu’ici, dans les 3 titres, c’est vrai que je sent bien plus de consistence et de contenu! En tout cas, il a vraiment un style hyper personel et une créativité lyrique impressionante.

  2. joss says:

    J’aime bien son flow, notamment dans les albums de l’Atelier et du Klub des 7 mais j’ai peur de le trouver lassant si il n’est pas accompagné d’autres rappeurs. J’écouterai quand même les titres en écoutes pour me faire une idée.

  3. Cassiopée says:

    « Houellebecq hip hop » cette farce de rappeur versaillais? Grotesque.

  4. dimegoat says:

    Etant fraîchement trentenaire mais jeune papa, je ne pouvais que me retrouver à moitié dans cet album. Dans 10 ans, Fuzati se foutra encore de notre gueule, nous les quadras englués dans notre routine de merde, dans notre petit boulot de merde, entourés de notre insignifiante famille ou cassés en deux par un divorce. Ouais ouais c’est bien. Allez, on passe à la suite.

    • drommk says:

      Je suis dans la même situation (à ceci près que je n’ai pas encore atteint les 30 ans) et je trouve justement que ce cynisme est assez salutaire. Pas que j’aime me faire chier dessus, mais c’est toujours intéressant de rompre les tabous. De plus, de ce que j’ai lu dans une interview, il s’agit là d’un concept plus que d’une réelle opinion. La position du mec qui déteste les enfants est une posture pour cet album. La prochaine sera probablement très différente.

  5. rémi says:

    Fuzati fait les instrus, pas detect.

    • drommk says:

      ah, au temps pour moi. Je dois avouer que j’ai eu du mal à trouver des infos sur les fonctions exactes de chacun

  6. Alain Frost says:

    Il avait précisé vouloir avant tout interroger sur le fait qu’avoir des enfants soit une norme sociale et que passé la trentaine on soit défini avant tout par rapport à ça. Il avait aussi précisé que faire des enfants « n’est pas anodin » dans un monde surpeuplé. Visiblement lui ne souhaite pas en avoir et souhaitait donc mettre cette interrogation en avant sur le disque.
    C’est fait de manière souvent excessive mais je trouve que la question n’est pas inintéressante. Ca ne veut pas dire qu’il considère que tous ceux qui font des gamins sont des cons, mais considérer la paternité/maternité comme une obligation mérite peut-être d’être remis en question.
    Question ouverte et non pas condamnation sans appel!

    Sinon cet album est vraiment très bon. J’avais du mal avec le flow « arythmique » sur le précédent, mais là ça passe beaucoup mieux et les instru rétros sont excellentes. Le tout avec des paroles au vitriol et un sacré sens de la formule!

    • jonben jonben says:

      « Flow arythmique », euphémisme pour dire « mauvais »? J’ai vaguement suivi le gus et on peut au moins noter qu’il s’est amélioré niveau flow.
      Les paroles, c’est toujours aussi digne d’une dissertation de collège, du langage parlé sans forme littéraire (ne parlons même pas de poésie), je rejoins le commentateur là-haut (Houellebecq? What the fuck?). Et puis cette vulgarité, ce trash minable avec comme seule vocation de cacher la misère me hérisse.
      « Si t’étais dans un groupe bah tu jouerais du tambourin ». Exact, jamais t’aurais le droit d’approcher le micro, tocard!

      • drommk says:

        Je ne suis pas étonné que ça te déplaise. Ce n’est pas de la zik Monsieur Propre.

        Juste par curiosité, c’est qui tes références en hip hop fr ?

        • jonben jonben says:

          Hip hop + France = pouah.
          De toutes façons, je dois avouer que pour moi la musique n’a pas besoin de paroles, les musiciens ont rarement quelque chose d’intéressant à raconter, c’est juste un support à la mélodie, raison pour laquelle l’anglais sonne mieux.
          On ne comprend rien dans la majorité des cas, même Fuzati on ne comprend pas la moitié de ses paroles sans les avoir écrites sous le nez.

  7. drommk says:

    « Hip hop + France = pouah. »

    « De toutes façons, je dois avouer que pour moi la musique n’a pas besoin de paroles, les musiciens ont rarement quelque chose d’intéressant à raconter, c’est juste un support à la mélodie, raison pour laquelle l’anglais sonne mieux. »

    Nous y voilà. Je ne suis d’accord avec aucun de ces points.

    « même Fugazi on ne comprend pas la moitié de ses paroles sans les avoir écrites sous le nez. »

    j’imagine que tu voulais dire Fuzati. Là pour le coup, je pense pouvoir objectivement dire que si, le chant est très articulé et on comprend très clairement tout ce qu’il dit, puisque c’est mis totalement en avant. C’est très différent d’un certain hip hop où l’instru est mise en avant et les paroles secondaires. Là c’est tout l’inverse

  8. dimegoat says:

    je plussoie Joben! incroyab’! (sur Fuzati, pas sur le hip-hop hein)

  9. sebz says:

    Perso, je n’ai visionné que les 3 videos présentes dans l’article mais je trouve le rendu plutôt bon.
    je ne me risquerai pas à faire de rapprochement littéraire mais je ne pense pas non plus qu’on puisse résumer un texte à 3 punchlines disséminées au milieu. Après pour les prods je les trouve bien sympa et elles fonctionnent bien avec les textes.
    Enfin,au sujet des paroles,je ne peux pas être moins d’accord avec Jonben,dans la mesure ou écrivant mes propres textes,j’aurais du mal à penser que ceux qui en rédigent n’aie rien à dire d’intéréssant. A la limite,dire qu’on s’en fout,je peux comprendre mais de là à descendre tous les textes en français,je trouve ça dommage parcequ’on perd un contenu souvent(même si pas toujours) de valeur;

  10. rémi says:

    enfin un groupe de rap fr qui demande des mots au public afin de les inclure dans des vrais freestyles, n’a pas de show « carré » mais qui évolue selon l’humeur, l’ambiance etc., c’est vraiment l’esprit que certains, comme moi, cherchent en concert.
    rien à voir mais ça peut intéresser, y’a aussi tout le collectif l’animalerie de lyon, en concert, qui ont cet esprit d’impro, qui font qu’on est content d’y être.

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