pop/folk

The Gutter Twins – Saturnalia

Somath :
Les noms de groupes inconnus peuvent cacher des artistes beaucoup plus reconnus, c’est le cas pour ces Gutter Twins, groupe synthétisant la collaboration depuis plusieurs années (au sein de The Twilight Singers) de Mark Lanegan (Screaming trees, Queens of the stone age..) et Greg Dulli (The Afghan whigs). N’importe qui connaissant un minimum la carrière musicale de ces deux bonshommes se rendra compte du potentiel d’une telle collaboration, potentiel clairement exploité au cours de ce très bel album qu’est Saturnalia.

The Gutter Twins construit en effet tout au long de ses 12 chansons une ambiance sombre, qui se veut plutôt menaçante et romantique, le tout grâce à un backing band plutôt efficace dans le genre. Mais tout l’intérêt de ce groupe repose forcément sur ses deux chanteurs et l’association de leur deux voix profondément différentes.
Mark Lanegan, de sa voix rauque et profonde, touche directement l’auditeur au plus profond de lui-même pendant que Greg Dulli nous gratifie d’ornements de sa voix beaucoup plus pop et maniérée. C’est d’ailleurs là que certaines personnes pourront se détourner de cet album, ne supportant pas les petites fioritures vocales de Dulli et cette volonté d’en faire toujours beaucoup au niveau du chant, des harmonies, des modulations et des effets vocaux. Pour ma part, cela ne me dérange pas et je pense même qu’il amène quelque chose de plus en permettant l’opposition de deux voix particulièrement belles du rock actuel. Pourtant j’avouerais que Lanegan prend parfois le dessus comme sur ce merveilleux « All misery/Flowers » chanté principalement par ce dernier.
Il est maintenant temps de parler de ce qui est le plus important dans cet album, les chansons, et, je l’ai dit plus haut, elles sont résolument rock, terme qui dit tout mais pas grand-chose pour autant.
On peut séparer deux types de chansons dans cet album, des balades sombres évoluant dans des eaux torturées où les deux vocalistes s’amusent à vous faire frissonner comme lorsque vous passez par une rue un peu étrange un soir de pleine lune ; d’autres chansons sont par contre beaucoup plus péchues (« Idle Hands » et son intro fédératrice par exemple).
Pourtant cet album est étrangement cohérent grâce à des arrangements très (trop ?) travaillés, il ne faudra donc pas être surpris par la présence d’un orchestre pour accompagner assez souvent le groupe, permettant de poser de très belles ambiances ou au contraire de faire naître une certaine hystérie.
Je finirais par donner mes préférences au niveau des chansons, en parlant de cette « Bête noire » et son magnifique orgue blues, de ce fabuleux « Front street » où les deux compères nous racontent une sombre histoire au creux de l’oreille où l’on ne peut rester que captivé.

Un album parfaitement maîtrisé, par deux hommes qui connaissent leur métier et savent écrire de très belles chansons qui vous prennent aux tripes. Je conseillerai donc cet album à tous les mateurs d’un rock sombre et élégant, et attends avec impatience la suite de ce projet passionnant.

Kollapse :
Je n’irai pas dans un sens autre que celui de Samoth, cet album est effectivement une grosse et indéniable réussite. Deux voix, aussi opposées que possible, se rencontrent et le charme opère. Plus que la rencontre de deux organes, c’est avant tout deux talents qui se lient, se conjuguent, se déploient en solo, aussi ; et se transcendent tout au long de ces douze chapitres ténébreux, suintant le blues vivace par tous les pores. Musique de nuit et ambiances feutrées sont au programme, ainsi qu’une variété d’orchestrations et d’arrangements prouvant que le duo s’en est donné à cœur joie, et cela tombe bien car leur plaisir de jouer fait notre plaisir d’écoute. Mélodies qui caressent l’oreille, nombreux arrangements aussi discrets qu’utiles, le feeling vocal Laneganien, tout cela contribue, en plus d’autres choses, a donné une aura à ce disque. On s’imagine très bien dans l’Amérique, au fond d’un vieux cabaret enfumé, si possible dans les petites heures du matin, ou en train de traverser des rues animées, bruyantes, et peu éclairées (« front street », « bete noir »)…Oui, cette musique est imagée c’est certain.

Alors certes, la voix de Dulli, particulière, pourra irriter certaines personnes, mais cela n’est pas mon cas. Lanegan est, lui, comme souvent, impeccable. Si sa voix graveleuse est magnifique, le sieur s’est aussi investi dans la composition, en atteste les touches folk présentes sur une bonne poignée de titres. Au niveau de la composition d’ailleurs, on reconnaîtra en fait surtout la patte Dulli, bien que l’aspect pompeux qui est parfois reproché à la musique des Afghan Whigs est heureusement absent ici.
Certains titres ( (« Circle The Fringes », ou la superbe introduction « the stations ») bénéficient d’une orchestration plus riche que la grosse partie de l’album, plus épurée, mais évite superbement l’écueil de la grandiloquence, piège dans lequel il aurait été aisé de tomber. Mais c’est sans compter sur l’inspiration dont fait constamment preuve le duo sur ce premier effort, d’une savoureuse « fraîcheur fiévreuse », qui devrait d’ailleurs en appeler d’autres.
On l’espère.

  1. the stations
  2. god’s children
  3. all misery / flowers
  4. the body
  5. idle hands
  6. circle the fringes
  7. who will lead us
  8. seven stories underground
  9. i was in love with you
  10. bete noir
  11. each to each
  12. front street

Woven Hand – Ten Stones

Ah, si vous saviez quelle fut ma joie quand j’ai eu vent de ce nouvel album de Woven hand. Après tout, on aura appris à être certain que chaque nouvelle sortie du groupe nous donne le droit à de magnifiques chansons habitées qui nous transportent loin, très loin. Il est pourtant passionnant de voir comment David Eugene Edwards arrive à rendre chacun des albums qu’il compose unique mais que l’ensemble forme au final une mozaïque dense et cohérente.

Ce nouvel album ne déroge pas à la règle, il pourra même surprendre aux premières écoutes, se révélant beaucoup plus rugueux que son prédécesseur, on peut même le rapprocher plus d’un secret south de 16 horsepower (groupe extraordinaire dont faisait partie David Eugene Edwards et l’actuel bassiste de Woven Hand) que des productions précédentes de Woven Hand. En effet, dès l’introductif « the beautiful axe » les guitares se révèlent franches, la batterie martèle de sa caisse claire les prêches du toujours aussi habité Edwards. Après quelques écoutes, on sera pourtant facilement conquis par ces chansons qui tiennent constamment l’auditeur en haleine, ce dernier étant transporté par toutes les vibrations ressortant d’un tel album.
On pourrait alors isoler chaque chanson, choisir celle qui nous touche le plus (pour ma part cela serait sûrement « not one stone » avec un côté épique et puissant qui ne peut laisser de marbre), et regarder l’album comme une succession d’odes à la vie et à la quête du repos spirituel. On pourrait également se dire qu’on tient ici un album de voyageur, un album qui navigue entre des eaux tumultueuses et des déserts arides (« cohawkin road » et ses guitares réverbérées nous rappelant la musique d’Ennio Morricone), et bien que l’on ressente moins d’influences celtiques ou médiévales qu’auparavant, cet album est une sorte de porte entre les émotions, les paysages et les époques.

Pour dire cela franchement, j’ai de plus en plus d’admiration vers l’œuvre que construit ce groupe, qui, au fil des albums, se diversifie, explore les recoins les plus perdus de l’âme humaine et en ressort une musique poignante et vibrante. Cet album a été en grande partie conçu pour le live et je conseille à tout le monde d’aller voir ce groupe possédé vous influer leur musique avec une générosité bluffante. Grand groupe.

  1. the beautiful axe
  2. horsetail
  3. not one stone
  4. cohawkin road
  5. iron feather
  6. white knuckle grip
  7. quiet nights of quiet stars
  8. kicking bird
  9. kingdom of ice
  10. his loyal love
  11. untitled

Sebastian Bach – Angel Down

« Quand il n’y a plus de place en enfer, les morts reviennent sur terre ». Nous le pressentions tous, il n’était pas voué aux limbes le braillard à la blonde crinière. Le voici de nouveau, surgissant de la tombe. Et à entendre ses hurlements furibards, il crève de faim. Sebastian Bach is back et il n’est vraiment, vraiment pas content !

Alors que ses ex-comparses (Skid Row) s’enterrent lentement dans la médiocrité d’albums sans inspiration, la grande gueule fracasse son cercueil et se relève d’entre les morts pour botter quelques culs avec sous le bras son tout premier effort solo : Angel Down (si l’on excepte les tentatives plus ou moins glorieuses de Last Hard Men, Frameshift et Damnocracy). Attendez-vous à frissonner au rythme d’un Heavy-Rock groovy et salement burné. Le cimetière résonne encore des vociférations du monstre, car malgré la terre qu’il a bouffé, le bougre n’a absolument rien perdu de sa superbe vocale.

Pas chien, Bas a profité de l’occasion pour exhumer Axl Rose. Et tous deux chantent sous la lune à la gloire des Anciens (Une reprise bien sentie d’Aerosmith : ‘Back in the saddle’). Le canard au bandana montre d’ailleurs qu’il a de beaux restes (du moins en studio) en joignant sa voix à deux autres bons moments (Un ‘Bitchslap’ très rock n’ roll et un excellent ‘Stuck inside’ tout en ambiances hypnotiques). C’est la fête aux zombies dans le funérarium. Il faut dire que Bach connaît bien son affaire. Il nous sort le grand jeu et se révèle à l’aise sur tous les terrains : du plus enragé au plus apaisé (‘By your side’) en passant par le Heavy-Metoool (‘You don’t understand’), puisque Roy-Z, véritable Herbert West du Metal est bien sûr passé par là pour quelques titres.

Cependant le revenant a eu les yeux plus gros que le ventre. Car dans le dernier tiers de l’opus, le retour du mort-vivant fait beaucoup moins peur. Le gros son est toujours là, mais les morceaux manquent de mordant et d’idées (‘Our love is a lie’). Dommage, car Angel Down prouve tout de même que l’escogriffe a encore son mot à dire. Et ce dans les domaines les plus improbables puisqu’il a récemment remporté la deuxième édition du reality-show musical « Gone Country », yee-aah ! Tremblez mortels…

PS : Un petit lien pour écouter le single Country du beau blond : ‘Battle with a bottle’

  1. angel down
  2. you don’t understand
  3. back in the saddle (aerosmith) – feat. axl rose
  4. (love is) a bitchslap – feat. axl rose
  5. stuck inside – feat. axl rose
  6. american metalhead
  7. negative light
  8. live and die
  9. by your side
  10. our love is a lie
  11. take you down with me
  12. stabbin’ daggers
  13. you bring me down
  14. falling into you

Motörhead – MotöRizer

Motörhead fait partie d’un club très select dont les membres, passés et présents, comptent également The Ramones, The Cramps, ou encore AC/DC pour ne citer que les plus connus. La particularité de ces groupes ? Depuis leurs débuts, ils sortent (ou ont sorti) inlassablement le même album. Sans que cela ne soit jamais redondant. Bien sûr, il y a eu des disques moins bons. Ne soyons pas totalement de mauvaise foi. Mais jamais il n’y en a eu de réellement mauvais. A partir du moment où un groupe trouve et répète une formule, finalement, la différence se joue dans l’intensité.

Alors oui, on sait exactement ce qu’on va entendre à chaque fois que la bande de Lemmy sort un nouvel album. Même si depuis les débuts du groupe on a pu constater un certain durcissement du son, voire même une légère « métallisation », parfois. « Évolution » qui pourrait paraître anecdotique si elle ne prouvait pas de manière implacable que, là où d’autres tentent l’expérimentation hasardeuse (et parfois malheureuse) ou pire : ramollissent, Motörhead, 30 ans plus tard, ne lâche toujours rien. Et ce, sans pour autant dévier de sa ligne directrice : asséner un rock’n’roll particulièrement destructeur.

Alors, l’intérêt de ce nouveau Motörhead ? Puisqu’on parlait d’intensité, ce cru 2008 fait preuve d’une fougue devant laquelle beaucoup de jeunes groupes pourraient pâlir. Dès le premier morceau, on entre sur une autoroute de riffs 800 chevaux qui emmerdent les limitations de vitesses et les règles de bonne conduite. La rythmique n’envisage pas d’autre option que le tour de la question rock en quarante minutes. Et contrairement aux deux dernières livraisons (excellentes également) qui offraient de légères pauses, ici aucun ralentissement en vue. A peine si Lemmy regarde parfois dans le rétro, pour donner dans l’auto-citation (« Teach You How To Sing The Blues » ; « […]Going To Brazil »… 1916, quelqu’un ?). Et pourquoi bouder son plaisir ? Parce qu’il est également là, l’intérêt de ce Motörizer. Le plaisir. Celui que l’on sent de la part de musiciens dont l’enthousiasme leur permet d’être toujours aussi pertinents. Et celui que l’on prend à se laisser griser par ce disque qui nous invite à partager sa profession de foi : « rock out, with your cock out ».

  1. runaround man
  2. teach you how to sing the blues
  3. when the eagle screams
  4. rock out
  5. one short life
  6. buried alive
  7. english rose
  8. back on the chain
  9. heroes
  10. time is right
  11. the thousand names of god

The Notwist + Married Monk Solo – 26 septembre 2008 – Epicerie Moderne – Feyzin

Come back to L’Epicerie Moderne en cette rentrée de septembre. Ce soir, je parie sur la notoriété de la tête d’affiche. Je vais être honnête d’entrée de jeu. A part deux ou trois titres dont le « Pick up the Phone » que j’ai bien dû entendre aux détours d’une pub, je ne me suis jamais vraiment penché sur le cas de nos teutons de The Notwist. Typiquement le genre de groupe dont on peut me parler en bien mais dont je remettrai toujours aux calandres grecques l’écoute sérieuse. Quoi de mieux dans ce cas que de découvrir sur scène?

J’investis les lieux vers 21h. Le public indie-pop s’est donné rendez-vous en masse ce soir c’est indéniable. Ce qui me rappellera que ça fait un bail que je n’avais pas mis les pieds à un concert tendance pop… Besoins de sensations fortes certainement. Bref. J’en profites pour m’amuser de la nouvelle expo photo du hall de la salle, « Hors scène/Hors champs » de Nicolas Dartiailh. Soit un photographe s’étant lassé des photos de concert stéréotypées et ayant choisi de faire des portraits d’artistes ayant foulé la scène de L’Epicerie, afin de donner à voir leur visage, une fois le jeu de scène terminé et le backstage réinvesti. C’est le retour à une certaine réalité hors champ donc. On y retrouve entre autre les portraits de Spade & Archer ou de Grosso Gadgeto récemment en résidence en ces lieux. Clichés à la cool donc, dont je ne me lasse pas jusqu’aux premiers accords de Married Monk Solo sur scène.

Married Monk Solo c’est Christian Quermalet, le guitariste de The Married Monk s’échappant pour quelques concerts de leur univers pop atmosphérique. Un micro, une guitare, un gonze, point. Pas ce que je préfère, surtout sur une scène aussi vaste. Je suis vraiment trop habitué aux concerts de fond de cale qui pue la sueur, c’est indéniable. Je tente tout de même l’expérience. Textes anglais, voix me rappelant un je ne sais quoi Lou Reed, pop rock naviguant aux confins de mélodies qui se cherchent une orchestration pour se révéler enfin, je finis par me lasser. C’est sympa, mais je ne parviens quasiment jamais à entrer dans cette musique qui ne demande qu’une chose : de l’intimité. Et à 250 ou 300 âmes, ça devient périlleux. Je ne lui en tiens pas rigueur mais direction le bar et mes volutes de fumée.

The Notwist prendra rapidement la suite. Une première réflexion : le rock perd vraiment de son charisme avec ces musiciens et leurs trognes de géo trouvetout lunaire. Ca sent le coup bas cette affaire. Ces mecs ne peuvent monter sur scène pour nous la jouer énième rock alternatif. Non impossible. Et ça ne rate pas. Peu de classiques finalement à part un « Pick Up the Phone » justement, en guise de second morceau, joué comme on se débarrasse des contrats empoisonnés. Premier sursaut du public qui, quoiqu’il en soit durant ce concert, en comptera un certain nombre puisque le set va compter pas mois de trois rappels (plus ou moins orchestré certes… mais enfin le public en redemande jusqu’à la lie). Une intro puis Pick Up the Phone emballés, il s’en suit une set list totalement obscure pour moi mais néanmoins assez jouissive. Entre expérimentations rythmiques et sonores sur fond de rock quasi noisy (un rythme jungle par ici, un DJ set par là), entre des compositions solides et de vastes pièces sonores envoûtantes, un batteur en maître de scène et finalement une salle au diapason (pouvaient-ils en être autrement ?), ma curiosité aura été des plus récompensées. Après 1h 30 de set, j’ai eu le plaisir de rencontrer sur scène un des fleurons de la scène indie européenne, totalement décomplexé, naviguant entre ses racines rock alternatif et des expérimentations electro pop. So fun !

Extreme – Saudades De Rock

Alchemist : Mon cher collègue, puisque nous voilà réunis pour débattre courtoisement, je commencerai par citer Pierre Desproges : « La caractéristique principale d’un ami est sa capacité à vous décevoir ». Cette maxime correspond en tous points avec le sentiment que j’éprouve à la découverte de ce SAUDADES DE ROCK qui célèbre la réunion d’Extreme, groupe que j’ai tenu (et tiens toujours) en très haute estime. A ce jour, je ne compte plus les écoutes des trois premiers albums des 4 de Boston. J’en conserve de bien bons souvenirs : le pied monumental devant les prouesses de Nuno Bettencourt, guitar-hero toujours funky et jamais emmerdant, les splendides envolées vocales de Gary Cherone, l’émotion au détour d’un refrain. Eh oui… PORNOGRAFFITI, sa section cuivre pétaradante, ses titres débordant d’énergie positive… III SIDES TO EVERY STORY, son concept ambitieux, sa dernière partie symphonique, son « Tell Me God Isn’t Dead » poignant… Bien loin tout ceci…

Angrom : Bien loin, bien loin comme vous y allez, cher ami, pas si loin en fait car dès les deux premiers titres, on se retrouve en terrain connu, celui des riffs qui groovent, des harmonies vocales et des chœurs en pagaille, et d’une section rythmique solide et inspirée. Le premier single « Star », sorte d’hommage à Queen, la principale influence d’Extreme n’aurait pas déparé sur PORNOGRAFFITI, quant au second titre, « Confortably Dumb » (admirez le jeu de mots !), il semble tout droit sorti du dernier album d’Extreme, l’incompris – par le grand public – WAITING FOR THE PUNCHLINE. Une bien belle entrée en matière, vous ne trouvez pas ?

Alchemist : Hélas, je dois dire que non. Si tous les éléments que vous mettez à juste titre en exergue sont bien présents, j’avoue faire partie de ceux qui sont passés à côté de l’album que vous sus-nommez. Et une fois encore le groupe a chaussé ses semelles de plomb. Ainsi équipé, il ne lui est certes pas aisé de faire décoller l’ensemble. J’en veux pour preuves « Run » ou encore un « King Of The Ladies » bien plan-plan qui à l’image de pas mal de titres s’installe et déroule ses riffs dans une routine décevante. Même le rock-a-billy de « Take Us Alive » ne m’arrache pas un sourire. Le gimmick des coups de grosse caisse, véritable fil conducteur, marque au fer rouge cet opus que j’ai trouvé pour tout dire dépourvu de vivacité et de fraîcheur.

Angrom : Mais enfin monsieur avez vous un cœur de pierre ? N’avez vous pas été séduit par la magnifique ballade « Ghost » qui perpétue avec brio la tradition des slows magnifiques écrits par Extreme, sans pour autant être une copie de « More Than Words » ? Dans le même ordre d’idées, on peut signaler le splendide « Interface », déjà présent sur LOVE de Dramagods, le dernier projet solo de Nuno en date, réenregistré ici avec Gary au chant. Et que dire de ce « Slide », groovy en diable ? Non il y a décidément du très bon sur ce disque. Le seul bémol que je mettrais, c’est que certains titres sont plus proches des projets solos de Nuno (« Flowerman », « Run », « King Of The Ladies »). Pas vraiment que ça me déplaise, je suis grand fan de l’œuvre solo du bonhomme, mais il manque sans doute à ces titres l’alchimie qui fait d’Extreme ce groupe unique.

Alchemist : De pierre point n’ai je le cœur… Mais puisque vous évoquez « Ghost », j’admets avoir entrevu une lueur d’espoir à cet instant précis. Les violons et le piano font leur apparition, accompagnés de chœurs Floydiens… mais tout retombe bien vite dans le commun et le balourd. Qu’on ne se méprenne pas sur mon propos, SAUDADES DE ROCK n’est en rien un ratage. Extreme a tourné une page musicale et je respecte ce choix. Cependant, force est de constater que l’ennui est le maître mot de mon ressenti. Témoin ce « Flowerman » qui lorgne du côté des Galactic Cowboys par exemple et qui n’a suscité chez moi que l’indifférence la plus complète, état de fait que je suis le premier à regretter. Point d’amertume donc mais la déception que seul peut nous procurer un rendez-vous manqué avec un être cher. J’emprunterai pour conclure cette formule tirée du titre « Interface » : « I’m loosing you and you’re loosing me ». Ce constat dressé, il me semble bien injuste de terminer cette chronique sur un argumentaire défavorable et je vous laisse donc clore le débat en faveur de nos amis communs.

Angrom : Au final, je reconnais qu’Extreme ne nous a pas pondu pour son retour un chef-d’œuvre dans la lignée de ses précédents disques, mais on sent tout de même sur quelques titres la mayonnaise prendre à nouveau ! Si on m’avait dit il y a un an qu’Extreme se reformerait et nous pondrait un album de cet acabit, j’aurais sans doute signé tout de suite ! La tournée qui arrive devrait ressouder le groupe, et laisse augurer du meilleur pour la suite avec, pourquoi pas, un sixième album.

Verdict :
Angrom : C’est du bon !
Alchemist : Mouais…

  1. star
  2. confortably dumb
  3. learn to love
  4. take us alive
  5. run
  6. last hour
  7. flower man
  8. king of the ladies
  9. ghost
  10. slide
  11. interface
  12. sunrise
  13. peace (saudade)
  14. americocaine (demo 1985) [bonus track]

Why? – Alopecia

On peut se demander ce qui est passé par la tête de la personne à l’origine de cette pochette plutôt géniale et surtout assez révélatrice de la musique du groupe. En effet, telle une horde de chevaux sauvages flottant dans les nuages, why? se démarque des autres groupes du label Anticon en nous offrant de petites perles réunissant un flow assez hip-hop et des environnements musicaux proches d’un folk psychédélique à la Animal Collective. Tout cela n’est pas très étonnant quand on sait que ce projet est celui de « Yoni » Wolf ancien membre des géniaux clouddead, groupe mêlant également abstract-hip-hop et sonorités psychédéliques tout en se laissant entraîner dans des plages atmosphériques de très bonne facture.

Malgré une confiance totale dans le groupe pour écrire d’excellentes mélodies empreintes d’une joie contagieuse mais nostalgique je me posais quelques questions sur la capacité du groupe à se renouveler et à rester intéressant. Pour être clair d’entrée de jeux, mes craintes n’étaient pas totalement infondées. L’album part pourtant très bien avec cinq petites pépites mélodiquement parfaites et très recherchées au niveau des arrangements assez foutraques, mais qui savent servir le talent du groupe. Le chant assez nasillard de « Yoni » est toujours caractéristique du groupe et se fait très agréable sur la plupart des titres de l’album.

Pourtant, après ces cinq titres, le groupe s’essouffle jusqu’à en devenir pompeux. La recette est la même que d’habitude mais quelque chose ne marche pas, les mélodies ne restent pas dans la tête, le tout se révélant finalement trop pop et c’est là que le groupe s’est un peu perdu. Comme dirait l’autre, à force, le charme disparaît. De plus, la fin de l’album propose des chansons qui paraissent finalement peu abouties, comme si le groupe s’était arrêté en pleine composition.

Je pense qu’il ne faut pas pour autant snober cet album et rater « the hollows » et « song of the sad assassin», deux petites perles où le groupe tente un peu tout au niveau des arrangements, ce qui rend leur musique vraiment intéressante. Pas un grand cru donc, mais un album agréable qui sera le bienvenu lors des derniers apéros estivaux.

  1. the voweks pt2
  2. good friday
  3. these few presidents
  4. the hollows
  5. song of the sad assassin
  6. gnashville
  7. fatalist palmistry
  8. the fall of mr fifths
  9. brook and waxing
  10. a sky for shoeing horses under
  11. twent eight
  12. simeon’s dilemma
  13. by torpedo or chron’s
  14. exegesis

Mgmt – Oracular Spectacular

Vous avez peut-être entendu parler de MGMT, duo formé en 2002 par Ben Goldwasser et Andrew VanWyngarden, subitement consacré « next big thing » par quelques media moins tendance qu’ils ne le pensent, à l’occasion de la sortie très attendue de leur premier album il y a quelques mois. Je ne sais pas pour vous, mais pour ma part, ce genre d’argument a plutôt tendance à me faire fuir en général.
Sauf que, sauf que… Cet été aux détours d’une pub télévisée faisant la promo de cet album, ma moitié et moi-même découvrions le délicieux et infectieux air du single carton « Time to Pretend ». Contamination immédiate, et me voilà 2 jours plus tard en plein achat compulsif à la F(N)UCK locale de notre lieu de vacances.
Alors MGMT c’est quoi ? Et puis d’abord ça veut dire quoi MGMT ? J’ai eu tellement de mal à retenir ces 4 lettres, que j’ai tout de même cherché à savoir ce qu’elles signifiaient, toutes les occasions de se cultiver étant bonnes à prendre. Et bien c’est tout simple en fait, MGMT est en effet le diminutif de (The) Management. Simple finalement mais encore fallait-il le savoir…

Le mystère du patronyme éclairci, venons-en à la musique. Voilà un album qui part dans beaucoup de directions et dont les titres sont quasiment tous bien différents les uns des autres. Ca va encore être simple à catégoriser cette affaire-là. Pour essayer de cerner la chose on parlera d’électro-pop psychédélique.
En fait comme je suis du genre sympa, je vais essayer de préciser ce que je mets derrière cette étiquette : il s’agit avant tout de pop, aux accents délicieusement retro (style années 70) agrémentée de synthé lui aussi quelque peu rétro/psyché dans l’esprit. Comment ça c’est pas très clair !? Oui et bien c’est comme ça hein, débrouillez-vous donc avec ça, j’ai pas que ça à faire non plus moi. Le plus simple sera de jeter une oreille à quelques titres, m’est avis que le clip de « Time to Pretend » doit par exemple facilement être visible sur Youteub, alors prenez-vous en mains !

En tout cas, autant le dire tout de suite, non Oracular Spectacular n’est pas une révolution musicale. Il n’est pas dénué de défauts : tous les titres ne sont pas parfaits, par exemple « Pieces of What » est même plutôt à zapper tant il est assez insupportable avec ce chant nasillard et limite faux. D’ailleurs précisons que la voix du chanteur peut énerver toute particulière qu’elle est. Elle n’est d’ailleurs parfois pas éloignée de celle du phénomène surcoté Mika. La deuxième moitié de l’album est également un peu moins intéressante que la première.

Seulement voilà, il y a quand même de sacrées bonnes choses dans ce pot pourri musical : déjà « Time to Pretend » qui est une véritable bombe mélodique avec son air de synthé cartoonesque qui ne vous lâchera pas une fois entré dans la cervelle (le tube de l’été idéal), le très joli « The Youth » avec ses chœurs limite beach boysiens, l’électro de « Electric Feel », la naïveté mélodique de « Kids », le psyché rétro de « 4th Dimensional Transition », la doucereuse ballade de « Handshake ».

En clair et sans décodeur, cet Oracular Spectacular n’est qu’un bon premier album pour MGMT, mais il est quand même un bon album et certainement pas seulement un gros coup de marketing d’une major assoiffée de pognon. D’ailleurs tant qu’on parle de pognon, l’album est vendu à un prix raisonnable, c’est suffisamment rare pour être signalé quand même (moins de 12€ et même moins de 10 sur Internet).
Voilà donc un album sacrément frais et sympathique (qui ne plaira sans doute pas à tout le monde, faut-il le préciser ?), idéal pour la saison estivale, et qui laisse augurer de bonnes choses venant du duo MGMT. A suivre !

  1. time to pretend
  2. weekend wars
  3. the youth
  4. electric feel
  5. kids
  6. 4th dimensional transition
  7. pieces of what
  8. of moons, birds and monsters
  9. the handshake
  10. future reflections

Anathema – Hindsight

Enfin une nouvelle sortie des talentueux frangins d’Anathema à se mettre sous la dent ! Depuis le temps ! Oui mais en fait non, fausse alerte. Pas grand chose de nouveau ici désolé, puisqu’ Hindsight est en réalité un album semi-acoustique composé de titres qu’on connaît déjà et d’un seul nouveau morceau, intitulé « Unchained (Tales of the Unexpected) ».

Alors on a droit à 52 minutes de musique, c’est réellement joli et mignon tout plein, les prises en semi-acoustiques étant très appropriées à la musique (de moins en moins énergique et électrique) du combo.

Mais pour être honnête, on commence à les connaître un peu trop bien ces morceaux, que ce soit l’éternel (et toujours néanmoins excellent) « Fragile Dreams » ou les non moins incontournables « Inner Silence », « One Last Goodbye », le duo femme/homme de « A Natural Disaster », ou « Flying », qui sont finalement des habitués des set-lists des concerts des anglais.
Du coup, et en dépit de nouveaux arrangements trés fins et réussis, on n’échappe pas à un désagréable sentiment de déjà-vu (ou déjà-entendu plutôt) qui nous accompagne tout au long de l’écoute. Certes les frangins sont toujours aussi bons, Vinnie chante bien (quoiqu’il ait déjà mieux chanté aussi), le violoncelle est beau et très à sa place, idem pour le piano, mais difficile de ne pas étouffer un bâillement à l’écoute de cet album qui trouvera certainement davantage son utilité en musique de fond, qu’en écoute attentive. Et puis honnêtement ça commence à devenir un peu larmoyant Anathema ou c’est moi ? Faudrait voir à ne pas virer sou-soupe quand même…

Certes on a tout de même droit à un morceau moins habituel (quoique), le très beau « Angelica » tiré du très bon Eternity et puis il y a le petit nouveau « Unchained (Tales of the Unexpected », mignon et visiblement calibré pour l’acoustique.

Assez anecdotique à mon avis, nul doute que les fans du groupe se jetteront dessus les yeux fermés, peu importe ce qu’on en dira, personnellement je garderai mon exemplaire promo et m’en tiendrai là en attendant autre chose. Et j’avoue que si on pouvait zapper un hypothétique album avec les mêmes titres enregistrés avec le philharmonique de Prague, pour passer directement au vrai nouvel album (enregistré sous la houlette de Steven Wilson), je ne serais pas mécontent… En espérant aussi que les frangins retrouvent un peu la pêche pour l’occasion…

  1. fragile dreams
  2. leave no trace
  3. inner silence
  4. one last goodbye
  5. are you there
  6. angelica
  7. a natural disaster
  8. temporary peace
  9. flying
  10. unchained (tales of the unexpected)

http://www.youtube.com/watch?v=tZZrp0Wlkgg

Sarah Slean – Day One

Elle fait de sa voix ce qu’elle veut et ma chair s’en retrouve bonne à cuisiner.

« A little blood and vomit on the car seat » ouvrent l’album. Ces mots ne sont ni growlés façon cookie monster, ni arrachés façon scalp, mais chantonnés avec un petit accent canadien qui me fait littéralement fondre.

Fragile mais terriblement puissante et émouvante, la voix de Sarah Slean est difficilement comparable, mais Fiona Apple vient immédiatement en tête, avec des textes teintés d’humour et d’émotion à l’état brut, une musique ancrée dans le rock et la folk, un groove tout simplement étonnant pour ce genre de musique, passant avec une aisance déconcertante de la pop au classique, avec des arrangements instrumentaux hallucinants. Et c’est peu dire.
Je pense à Denali et Ambulette, mais aussi à Ana Belen ou Feist. Mais je pense surtout à ne jamais arrêter cette galette en cours de route.

Beaucoup de superlatifs me direz-vous, mais Day One semble être le parfait mélange entre la subtilité d’écriture de Muse ou Radiohead et une technique vocale impressionnante de nuances. Cela ne m’étonne plus que cet album passe en boucle sur ma platine depuis quelques semaines déjà, sans m’en lasser une seconde.

Tout en finesse, Slean s’amuse derrière son piano, accompagnée d’une section rythmique efficace et parfaitement en place, entraînée par des cordes pour qui les larmes n’ont plus aucun secret. Souvent doublées judicieusement, les voix tirent leur épingle du jeu en offrant une réelle harmonie supplémentaire à l’instrumentation, déjà travaillée à un haut niveau de composition.

Le simple fait de ressentir une simplicité à l’écoute -ressentir- prouve que se cachent derrière ces lignes entraînantes un effort de cohérence conséquent, qui nécessitera certainement de nombreuses écoutes pour déceler toutes les subtilités que recèle cet album.

La facétieuse Sarah Slean offre avec Day One un album d’une qualité irréprochable à mes oreilles, tant au niveau de la production que de la composition. On regrettera probablement certaines fins abruptes, qui font cependant partie d’une méthode d’écriture propre à de nombreux compositeurs contemporains. Une technique dont les groupes de metal ne se privent que rarement aujourd’hui.

Oh ce n’est qu’un exemple…

  1. pilgrim
  2. lucky me
  3. mary
  4. california
  5. day one
  6. out in the park
  7. vertigo
  8. when another midnight
  9. the score
  10. you wish is my wish
  11. wake up