Oldelaf et Monsieur D. – Dernière chance d’être disque d’or

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Style: Chanson française

Comme on dit à Vire, « C’est pas le tout de faire l’andouille, encore faut-il la faire bien ». La médiocrité consternante de certains groupes « pour de rire », faux sympas de gauche au cœur aussi sec qu’un quignon de pain rassis, grattant comme des abrutis leurs instruments désaccordés et beuglant des paroles débordantes d’un humour grumeleux m’amène souvent à me jeter par la fenêtre dès qu’on aborde le sujet. Et pourtant il y a quelques années, j’ai été interpellé par une chanson intitulée « Nathalie, mon amour des JMJ » qu’Oldelaf accompagné de l’inénarrable Pépito Valdez interprétait sur la TNT naissante. Je bénis encore ce jour à chaque fois que je glisse dans l’orifice prévu à cet effet un album de l’infernal duo/trio bien nommé Oldelaf et Monsieur D.

Laissez-moi vous dire que je suis d’humeur à tresser des lauriers à ces 3 billes de clowns-poètes. Oldelaf et Monsieur D. c’est 3 albums de chansons cons (sic) dont le dernier en date sobrement intitulé Dernière chance d’être disque d’or sort ce 25 mai. Si j’en crois les infos de leur site ouèbe, ce sera hélas le dernier, car après 10 ans de carrière et des milliers de dates partout en France, le groupe s’arrête. Mais quel superbe bouquet final… Apartés et vannes en coin sous le bras, les revoici au meilleur de leur forme.

Comment résister d’abord à cette évocation à peine voilée de Benabar lorsque qu’Oldelaf chante dans un plaidoyer bouleversant sa haine du « Crépi » ? Je frissonne encore sous les caresses vocales de « Ce soir », chanson/sketch dérapant gentiment vers un final délirant. Le trio ne se prive pas de quelques taquets avec « Trahis », absurde défouloir de chanteurs dégagés. « Le prince du rock n’ roll 1 » et « Le prince du rock n’ roll 2 » prouvent que les trublions peuvent encore surprendre un public qui les connaît bien. Grand moment encore lorsqu’ils entonnent « La fête à la prison » qu’on risque de fredonner pendant un bon moment. Enfin comment oublier la douce « Bérénice » ? Ce titre est sans doute le meilleur de l’album avec ses arrangements géniaux et sa drôlerie irrésistible. Alors même si parfois une petite baisse de régime se fait sentir (« Les hippopotames ») on leur pardonne bien vite, emportés que nous sommes par l’allégresse générale.

Finalement, à quoi tient mon engouement ? C’est très simple. Olivier (Oldelaf donc), Benjamin (Monsieur D.) et Aldébaran (Firmin, le stagiaire) sont de vrais musiciens, qui jouent drôle et chantent juste. Leurs chansons fleurent bon l’orchestration travaillée, la vanne fignolée, le délicat travail de l’absurde et de la fantaisie. Leurs concerts (auxquels je vous conseille vivement d’assister avant la date fatidique du 30 janvier 2010 où ils feront leurs adieux à l’Olympia) sont d’excellents moments pleins de surprises, qui prouvent qu’à l’origine de tous ces rires, il y a le discret labeur de ceux qui peaufinent au lieu de se dire, que « bon c’est pour la déconne alors on peut bâcler ». En bref, nous avons avant tout affaire à des artistes généreux à l’humour communicatif qui soignent leur boulot et respectent à la fois leur public et les oreilles qui y sont attenantes.

Pour finir, je citerai Pierre Desproges qui écrivait dans l’une de ses chroniques de la haine ordinaire : « Mais qui est-tu, zéro flapi, pour te permettre de penser que le labeur du clown se fait sans la sueur de l’homme ? (…) Un film, un livre, une pièce, un dessin qui cherchent à donner de la joie (à vendre de la joie, faut pas déconner), ça se prépare, ça se découpe, ça se polit. Une oeuvre pour de rire, ça se tourne, comme un fauteuil d’ébéniste, ou comme un compliment. ». En parlant de compliments, j’en adresse à Oldelaf et à ses complices une pleine brassée pour cette nouvelle galette.

Chroniqueur

alchemist

Chroniqueur inter mi-temps, amateur de chats, de Metal mélodique sous toutes ses formes, de fromages de caractère, de bons bouquins, de radios intelligibles... et de zombies.

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