Dead Kennedys – Fresh Fruit for Rotting Vegetables

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Style: Punk hardcore, anarcho-punkAnnee de sortie: 1980Label: Cherry Red RecordsProducteur: East Bay Ray, Annie Horwood

Dead Kennedys über die welt

1980 est et restera à tout jamais une date essentielle dans le monde du punk. Les Dead Kennedys gravent leur premier opus dans une Amérique en plein chambardement, et viennent poser ici une pierre supplémentaire à l’édifice contestataire des artistes d’Outre-Atlantique.

Ce n’est pas un hasard si cet album sort l’année-même de l’élection présidentielle qui voit Ronald Reagan venir s’asseoir à la Maison Blanche. Les années 80 aux States c’est pas la franche rigolade, voyez-vous. D’ailleurs la bande à Jello Biafra mettra en avant le gouverneur californien-futur président dans le morceau California Über Alles, vif et acéré où le titre ne laisse planer aucune ambiguïté. Non contents de balancer à la face d’une Américaine conservatrice et puritaine ce titre provocateur, les DK gravent treize autres chansons où l’ironie, la satire et la dénonciation se frayent un chemin à qui mieux-mieux. Ce Fresh Fruit for Rotting Vegetables est un véritable coup de massue derrière la tête des bien-pensants, de la religion et de la morale établie. On ne se rend peut-être pas bien compte de l’impact qu’il a eu dès sa sortie deux mois avant les élections présidentielles de 1980, mais ce FFFRV a été une bombe au napalm sur les terres de l’Oncle Sam. Et bien au-delà d’ailleurs. Les ligues de vertus chrétiennes ayant décrété (c’est quand même marrant de voir à quel point la religion ouvre son bec pour des choses qui ne la concerne pas) que les Dead Kennedys était, je cite, « le groupe le plus dangereux du monde. » Oulala les keupons sont des êtres maléfiques, sataniques et diablement dangereux pour nos enfants quand ils dénoncent les travers de la société, de la politique, de la guerre. Ou plutôt ne sont-ils plutôt pas des mectons qui tapent là où ça fait mal ? là où le verbe bouscule l’ordre établi ? là où peu de groupes ont osé s’aventurer jusqu’alors ? Dans ces cas-là, oui les Dead Kennedys sont dangereux car ils remettent en question, montrent du doigt ce qui cloche de manière humoristique qui plus est. Comment ne pas sourire quand ils refont à leur sauce le Viva Las Vegas de Elvis Presley, et de sentir l’acidité sarcastique sur Holiday in Cambodia ?

Le travail du combo californien se fait à la fois par le biais de griffes de velours en même temps qu’il nettoie au Kärcher les murs de la bonne morale. Une dichotomie qui se retrouve également entre la voix haut perchée de Biafra qui déclame son texte tel un affamé, et une accentuation léchée venant prendre le contrepied du contenu. Car dans cet album, il est surtout question d’ambivalences, de mises en parallèle, de métaphores et d’allégories. Le groupe s’efforce d’aller à l’essentiel avec des riffs primaires dans un style brut de décoffrage. Le ton est piquant, agressif et ne se perd pas en conjectures vaines. Donc, même si Kill the Poor, California Über alles et Holiday in Cambodia sont les seuls morceaux à dépasser les trois minutes, ils le font pour mieux étaler la gravité sur des sujets autant épineux que dérangeants. La pauvreté, l’omnipotence de l’État le plus riche des USA et les « événements » des Khmers Rouges au Cambodge. Donc du dossier sensible en perspective.

Même si ce premier galop des Dead Kennedys peut sentir la franche rigolade sous effet lysergique, ainsi que la prise par-dessus l’épaule de sujets empreints de sens, il ne faudrait pas se méprendre pour autant sur les intentions. Le but des gars de San Francisco n’est pas d’amuser la galerie et de passer pour des bouffons du roi. Certains les ont considéré comme tels mais se sont vite aperçus que la blague n’en était pas une. Finalement, tout est résumé dans le titre de l’album. Une corbeille de fruits qui se seraient pourris au milieu de légumes avariés. Vous ne sentez pas la métaphore qui s’immisce sous vos pieds ? Là encore nous sommes dans la dichotomie citée plus haut. Il n’y a pas le Mal et le Bien, mais le Mal dans le Bien. Inextricables et associés.

Là où les bien-pensants (ou autoproclamés comme tels) n’y ont vu que violence et provocation, la critique musicale et les personnes détachées de toute instance politique y ont a contrario vu une démonstration de rock’n’roll, une association imparable d’inspirations puisées dans les racines de la musique du XXè siècle. Les DK ont extrait la sève oubliée des années 60 en la remettant au goût du jour en ce début des eighties; une riche matière dans laquelle le mariage triolique entre surf, garage-rock et rockabilly a accouché de cet enfant aussi improbable qu’exceptionnel. Un enfant prodige capable d’évoluer dans un univers pourtant hostile, et au sein duquel peu ou personne n’y voyait son ascension. C’est ce qu’a fait cet album, ni plus ni moins.

Nos fantasmes ont en quelque sorte été réalisés. Pouvoir (et oser) mélanger des ingrédients disparates pour en faire une recette à la fois digeste et appétissante. C’est ce que se sont essayé de faire The Cramps à la même époque dans un registre quelque peu différent. Je pense notamment à la chanson Drug Me qui par moments nous laisse nous y méprendre.

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Ce premier essai grand format des sales gosses californiens sent la poudre à tous les niveaux et monstrueusement diversifié malgré une apparente linéarité. Sortez couvert sinon c’est l’intoxication assurée m’ssieurs-dames. Du punk-rock aux forts accents plagistes et rockabilliesques qui donnent cette roots attitude se déployant comme une traînée de confettis saupoudrée d’un punk aiguisé aux entournures. Sans concession ni courbure d’échine.

Oui, les Kennedys sont ceux qui ont tout bonnement refusé de signer chez le mastodonte Sony. Ces derniers leur proposaient un contrat juteux à condition qu’ils changèrent le nom de leur groupe, jugé subversif et provocateur. Bien entendu la bande à Biafra leur tendit un gros majeur dans la tronche. Les Dead Kennedys ne s’achètent pas môsieur ! Pas des putes thaïlandaises au rabais non plus. Car ce qui fait justement sens chez eux, c’est bien la subversion et la provoc’, pas une clef passe-partout pour porte déjà enfoncée. Allez hop, circulez, y a rien à voir.

Au fil des années et de cette bombe lâchée en plein ciel nuageux, les DK sont devenus une enseigne lumineuse qui n’a cessé d’éclairer les keupons, et ouvert la voie à beaucoup de groupes. Pour beaucoup ils sont la référence. La référence ultime, tout simplement. Et ça n’en est que plus logique à la vue de l’époque, de l’histoire ainsi que du contenu de cette galette.

Les sommets ont été atteints voire allégrement dépassés en cette année 1980. Avec Fresh Fruits for Rotting Vegetables, on tape à la porte de l’excellence tout autant que celle de la provocation ultime.

Écouter cet opus, c’est être dead and alive.

A1 Kill the Poor
A2 Forward to Death
A3 When Ya Get Drafted
A4 Let’s Lynch the Landlord
A5 Drug Me
A6 Your Emotions
A7 Chemical Warfare
B1 California Über Alles
B2 I Kill Children
B3 Stealing People’s Mail
B4 Funland at the Beach
B5 Ill in the Head
B6 Holiday in Cambodia
B7 Viva Las Vegas

Chroniqueur

Elie

Chat le jour, hibou la nuit.

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