Zeal & Ardor – Stranger Fruit

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Style: Gospel Black MetalAnnee de sortie: 2018Label: Radicalis Music GmbH and MVKA Limited

Le premier album de Zeal & Ardor réalisé par le suisse Manuel Gagneux comme une sorte de réponse à un défi lancé sur les réseaux sociaux (allier black metal et musique noire gospel), était devenu un petit phénomène dont on a pas mal parlé sur Internet, entre 2016 et 2017 (l’album ayant été ressorti par le label après le succès en mode « indépendant »). Alors qui dit phénomène et « hype » (toutes proportions gardées) dit aussi « division » entre pro et anti.

Zeal & Ardor connaît donc son lot de détracteurs qui estiment (à raison sur certains points) que le mélange sur ce premier album était tantôt foireux, tantôt très hétérogène, avec aussi des intermèdes électroniques sans grand rapport. Au-delà de la polémique, beaucoup (même parmi les pro) se demandaient à raison comment le suisse allait pouvoir confirmer le réussite de ce premier album très court, sur un nouvel album au format plus long idéalement.

Stranger Fruit (le titre de l’album est une référence au titre « Strange Fruit » de Billie Holliday qui était une chanson dénonçant le lynchage des afro-américains, thématique chère à Gagneux qui traite toujours de l’esclavage sur ce nouvel album) était donc attendu au tournant par les « pro » inquiets de voir ce projet tourner court en mode « feu de paille », et par les « anti », bien heureux de pouvoir confirmer leur prédiction concernant l’absence de viabilité et de pérennité du projet. En ce qui me concerne j’avais résisté dans un premier temps, peu convaincu par le concept et très dubitatif sur l’intérêt du mélange proposé, mais j’avais finalement été conquis et fait pas mal tourné l’album, appréciant au final la diversité et l’intelligence du mélange proposé. J’étais assez excité de voir si Gagneux aller pouvoir confirmer les qualités de ce premier jet.

Et clairement Stranger Fruit balaye les doutes dès la première écoute tant l’on sent que Gagneux a vraiment perfectionné son approche, proposant un mariage encore plus convaincant des genres musicaux « black » et une meilleure homogénéité globale, pour un album qui compte cette fois 16 titres pour 47 minutes de musique. Pas de remplissage inutile, les quelques interludes étant courts et intéressants, bien intégrés cette fois à l’ambiance générale (seul le par ailleurs excellent « The Fool » s’éloigne de la tonalité générale et rappelle davantage les interludes électro aphex twiniens du premier album).

Pour le reste Gagneux conserve son approche plutôt directe, ne se prélassant jamais dans des titres longs et pénibles, préférant au contraire jouer sur des formats resserrés privilégiant l’efficacité (la plupart des titres durant autour de 3 minutes, et le plus long « Built on Ashes » durant 4min35). Même si l’on évoque souvent le black metal en parlant du projet, et comme je l’avais déjà évoqué sur la chronique du premier album la musique de Zeal & Ardor est plutôt une sorte de blues/gospel flirtant avec le metal extrême sans jamais vraiment en être. Et rien n’a changé : ce ne sont toujours pas quelques riffs appuyés ou quelques cris black qui suffiront pour convaincre les pandas les plus extrêmes de s’intéresser à un groupe qui mise sur l’ouverture d’esprit et privilégie comme évoqué plus haut, l’efficacité et le côté entraînant.

Et en effet, difficile de ne pas taper du pied et remuer la tête sur les petites tueries que sont « Gravedigger’s Chant », « Fire of Motion », « We Can’t Be Found », « You Ain’t Coming Back » ou « Waste ». On aura du mal à trouver à redire globalement tant l’album s’écoute d’une traite et qu’il n’y a aucun moment faible à déplorer.

Manuel Gagneux a donc réussi le difficile pari de proposer un deuxième album en tous points réussi et plus abouti que son grand-frère, perfectionnant son approche et son style uniques. Et Stranger Fruit de s’imposer sans mal comme l’un des albums de l’année. Les détracteurs continueront certainement à baver tant qu’ils le pourront, mais il faudrait vraiment faire preuve de mauvaise foi pour torpiller un album de cette qualité, qui relègue Devil is Fine au statut de simple brouillon.

Tracklist :
1 – Intro
2 – Gravedigger’s Chant
3 – Servants
4 – Don’t You Dare
5 – Fire of Motion
6 – The Hermit
7 – Row Row
8 – Ship on Fire
9 – Waste
10 – You Ain’t Coming Back
11- The Fool
12 – We Can’t Be Found
13 – Stranger Fruit
14 – Solve
15 – Coagula
16 – Built on Ashes

krakoukass

Chroniqueur

krakoukass

Co-fondateur du webzine en 2004 avec Jonben.

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