Exit Through The Gift Shop – An Artistic Essay About The Art Of Killing Art

3 Commentaires      1 223
Annee de sortie: 2010

« There’s always been a struggle between art and commerce, and let me tell you something: art is getting its ass kicked. » — Aaron Sorkin

Au Maroc, le thé a toujours été une tradition, la traduction d’un moment de partage, le vecteur d’un savoir-faire et un élément fondamental de la culture arabo-andalouse.
Au téléphone avec mon père il y a quelques jours, il me fait savoir à sa manière les avancées culturelles fulgurantes que connait le Maroc, et plus spécifiquement Marrakech. On se colle une étiquette de designer au cul et une théière coûte 5000 dirhams. On se colle une étiquette de designer au cul, et un tajine en coûte 10000.
Deux des icônes gastronomiques les plus représentatives de la culture marocaine se retrouvent ainsi réimaginées.
Evidemment, on aura toujours un avis sur la question, positif ou négatif soit-il, et autour d’un dîner mondain ou d’une exposition accueillant un certain gratin néointello, on traitera autant de l’émancipation artistique de la jeunesse actuelle que du simple appât du gain. C’est là un des points très positifs du contexte artistique contemporain; car oui, tant que l’indifférence ne fait pas partie de l’equation, la démarche aura toujours une raison d’être.

Mais ceci n’a absolument rien à voir avec le Maroc. Ceci n’a rien à voir avec des théières, tajines ou tarbouches. Exit Through The Gift Shop est un désastreux constat: art is getting its ass kicked.

Que le résultat soit beau ou pas importe finalement bien peu. La notion est d’une subjectivité telle que les pygmées trouvent que Miles Davis joue faux. L’art est universel. Pas les sociétés.

Thierry Guetta est un passionné fasciné par la vidéo. Il filme tout. Mais sa passion première est le street art. Depuis quelques années, cette forme d’expression urbaine orne de ses esthétiques très hétérogènes les murs de toutes les villes du monde. De Paris à Los Angeles en passant par Shanghai et Jérusalem, les murs vides sont pour ces jeunes à la créativité et aux méthodes innovantes une invitation au remplissage. Pochoirs, mosaiques, photocopies monumentales, ou encore le bon vieux pinceau, tout y passe. Et Thierry Guetta n’en rate pas une miette. Il documente à sa manière les aventures rocambolesques des meilleurs street-artistes du monde, voyageant un peu partout pour capturer la mise en place de ces oeuvres souvent éphémères. Il les a tous filmés, sauf un: Banksy. Jusqu’à un beau jour où la rencontre se fait.

Banksy est un personnage à l’oeuvre fine et réfléchie, ses créations ornent autant des murs anglais, américains que palestiniens, mais d’autres en ont parlé bien mieux qu’ici. Quelques mois passés à suivre Banksy entre Londres et Los Angeles créent une amitié entre les deux personnages et Thierry est introduit de manière plus spécifique aux techniques de création de toutes ces idoles qu’il filme depuis des mois.

Trouvant le personnage de Thierry plus passionnant que lui-même (c’est dire), Banksy inverse les rôles et se met à filmer pendant de longs mois la dangereuse ascension d’un ancien commerçant improvisé artiste. Thierry Guetta devient Mister BrainWash, copie les techniques des artistes qu’il a suivis, vend tout ce qu’il peut vendre pour se donner les moyens de passer de passionné à acteur majeur, et monte, grâce à une aide particulièrement imposante, sa première exposition, « Life Is Beautiful » en 2008 à Los Angeles.

Mais Thierry Guetta, a.k.a. Mister BrainWash, était commerçant avant de trouver la puissance combinée de PhotoShop et des imprimantes big size. Et ça, on ne peut pas l’oublier.

Ce documentaire s’étale sur 90 minutes ingénieusement montées, et peut agir en tant que guide du désastre artistique contemporain, ou en tant qu’horrible success story où les intentions de l' »artiste » peuvent être fortement questionnées.

Ne nous emballons pas, seul le temps pourra nous aider à y voir plus clair.
En attendant, Exit Through The Gift Shop est une réussite totale.

Chroniqueur

OY C

"Sticking feathers up your butt does not make you a chicken." -- C.P.

OYC a écrit 42 articles sur Eklektik.

Up Next

Sur le même sujet

3 Commentaires

  1. CX12 says:

    « Que le résultat soit beau ou pas importe finalement bien peu. La notion est d’une subjectivité telle que les pygmées trouvent que Miles Davis joue faux. L’art est universel. Pas les sociétés. » J’aime beaucoup.
    Très bon article sur un documentaire (?) incroyable, drôle, qui soulève avec simplicité mais justesse la question de ce qui est ou n’est pas « art ». Je l’ai regardé par pur hasard il y’a peu. Ce film est en effet une réussite totale et confirme si il le fallait encore l’intelligence critique de Banksy, la sincérité de sa démarche.

  2. guim says:

    Me suis intéressé au film suite à cet article. Et j’avoue que c’est assez intéressant surtout d’un point de vue créatif quand on pense que l’ultime pied de nez du street art est d’avoir créé un personnage qui peut être pris au sérieux en la personne de MR BW, la relation à l’art, la vacuité de la proposition quand elle orientée par le simple bénéfice spéculatif, la volonté de puissance et le mimétisme, tout ça sous le prisme de l’expérience sur le comportement humain et de leur seule relation avec l’art dans les sociétés industrielles qui passe par l’exploitation du paradigme de la consommation pour en faire un sujet d’étude et artistique à travers une fausse dénonciation bien menée et une réalité lucrative est très bien mis en scène.
    Ce serait comme un sketch des inconnus avec des personnages fictifs réels, avec une issue et un impact sur la réalité tout aussi réel puisque totalement produit pour montrer les mécanismes du système qui absorbe toute production pour régénérer une forme de code et la distribuer à travers son réseau.
    Docufiction finalement aussi terrifiant qu’il est magnifique, bien plus que les œuvres qu’il présente c’est surtout l’idée qu’il développe qui est vivifiante puisque finalement même si elle est récupérée, elle peut générer du sens pour un travail artistique qui passerait outre les axes modaux de sa diffusion même si son support est tout ce qu’il y a de plus banal. Pas mal d’humour en prime, j’avoue que je ne suis pas tombé sur ce à quoi je m’attendais en regardant le film ou peut être que si au final.

  3. SagresMetal says:

    Superbe film/documentaire qui montre bien l’effet de mode et ce que peut devenir art, ou tout simplement être pris pour un artiste. ça se regarde très bien, et ça donne envie de se plonger un peu plus dans le street art surtout l »underground ».

    Belle fiche aussi OYC ;)

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *