Klone / Anthurus d’Archer

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Annee de sortie: 2010

Hugues Andriot est un des fondateurs du groupe expérimental Anthurus d’Archer, dans lequel il joue d’une façon bien personnelle de la guitare, il est aussi bassiste du groupe poitevin Klone. Cette interview était donc l’occasion de revenir sur ses 2 groupes avec ce type jovial et avant tout passionné de musique.

Déjà qui es-tu? Que fais-tu dans la vie?


Salut à tous je m’appelle Hugues, je suis juriste et je navigue entre mes projets musicaux et des phases de renflouage financier et alimentaire plus ou moins glorieuses (lol).


SUR KLONE :


Vous venez d’effectuer une tournée française avec le groupe italien K-Again, quel est ton bilan de la tournée? Par défaut d’organisation, il n’y avait pas beaucoup de public présent à Paris, comment ce sont passées les autres dates?


Un peu à l’image de celle ci : un public assez peu nombreux mais de bonnes sensations musicales dans le groupe (le fait de pouvoir et de devoir faire tourner le set tous les soirs avec l’exigence de jouer de la meilleure façon quelques soient les conditions) et un excellent rapport avec les groupes avec lesquels nous partagions la route (K-again et Taf).
Au final, je suis satisfait car nous avons donné et maintenu notre maximum sur scène sur la globalité de cette tournées (8 dates sur 10 jours) et avons rencontré des personnes saines dans leur démarche, simples dans leur attitude et profondes dans leur engagement.


Donc bilan très positif aussi bien musicalement qu’humainement. : l’affluence du public est une chose fondamentale (et qui fait bien plaisir…) mais elle ne doit pas masquer le plus important qui est la qualité de ta musique et l’intégrité de la démarche de ton groupe.


Je sais qu’un nouvel EP de Klone est prévu pour bientôt, où est-ce qu’il en est?


La batterie, les cordes (guitares, basse) ainsi qu’une partie des instruments accoustiques utilisés ça et là (harpe, marimba, cloches tubulaires) sont d’ores et déjà enregistrés : restent les synthés/ambiances (en cours), les voix et la suite des instruments accoustiques.


Dans quelles conditions ce nouveau cd a-t-il été enregistré et sera-t-il distribué?


On a pu enregistrer ce matériel dans de très bonnes conditions : on a eu accès pendant presqu’un mois (au total) à cette bonne vieille salle de la Gornières à Châtellerault où l’on a enregistré les batteries et les guitares dans le cadre d’un vrai espace qui « respire » bien et laisse le son et ses différentes harmoniques se développer.

Nous avons travaillé avec Sylvain Biguet (Comity, Mistaken Element) qui avait déjà œuvré sur High blood pressure.

Nous respectons beaucoup Sylvain pour sa compétence, son professionalisme et la qualité de son écoute, chaque séance de travail avec lui nous apprend quelque chose sur notre pratique instrumentale et sur la façon de donner vie et de mettre en valeur la musique que nous avons imaginé dans nos esprits.

Pour ce qui est de la distribution du dixe, je te dis en toute bonne foi que je n’en sait pas plus que toi sur les tenants et aboutissants, cependant il est clair qu’à ce stade de l’évolution et du travail de Klone, des choses vont changer…. Et plutôt dans le sens de quelque chose de professionnel et d’ambitieux que dans celui d’une démarche Do it yourself (avec l’énorme respect que j’ai pour le do it yourself)


Concernant les nouveaux titres à quoi est-ce qu’on peut s’attendre? Une continuité du dernier Ep High Blood Pressure au niveau composition? Sur quels points avez vous approfondi votre démarche?


Je pense qu’on peut s’attendre à un véritable développement de tout ce qui fait la force de Klone, c’est à dire de l’équilibre le plus élaboré possible entre mélodie et agressivité, entre violence et nuance, entre mise en place écrites et improvisation, entre groove et moments contemplatifs, entre métal, musique progressive, rock’n roll, pop ou electronique.

Personnellement, je trouve que la musique de Klone devient de plus en plus ouverte sur un plan instrumental, et que le côté « morceau » des titres de Duplicate cède le pas à l’écriture pure et simple de vraies chansons pleines de violence, de mélodie et de mélancolie, ce qu’High Blood Pressure avait inauguré mais pas encore développé.


Matthieu (synthé/sax) et toi êtes aussi membres du groupe Anthurus d’Archer, et j’ai l’impression que vous apportez un peu de l’effervescence expérimentale et du travail sur le son d’Anthurus dans Klone, en particulier sur les intros, interludes ou passages plus ambiants. Qu’est-ce que tu peux en dire? Est-ce que votre contribution est plus palpable sur le nouvel EP?


Je dirais qu’Anthurus d’Archer travaille beaucoup sur la réactivité, l’improvisation collective et la « sculpture » de l’instant. Cette dimension plaît aussi aux musiciens « historiques » de Klone (Guillaume, Mika et Laurent) qui écoutent depuis longtemps King Krimson ou Miles Davis.C’est donc tout naturellement, et sans vraiment avoir à s’imposer, que nous improvisons et expérimentons ensembles dès que cela semble opportun.

Il y a un autre aspect : nous sommes 6 sur scène, et il me paraîtrait un énorme gâchi de ne pas utiliser toutes les forces vives du groupe et de ne pas exploiter au maximum les vastes possibilités que nous offre l’alliage de 2 guitares, 2 voix, un synthé/saxo, une basse 6 cordes et une batterie.

C’est tout bonnement rechercher le plaisir du public que de s’atteler à lui donner le plus de variété, et donc de richesse, instrumentale.

Pour le prochain dixe (prononcer dixtr) de Klone, je préfèrerai laisser le public se faire son idée lui même au moment de la sortie, mais je ne peux résister à l’envie de lui dire que la dimension instrumentale de la musique sera bien plus appuyée que sur High Blood Pressure avec des morceaux longs, plannants et oppressants à la fois, des interludes et même des solos ou des blast .

Ce que je peux te dire , c’est que la voix, les ambiances sax/synthé et la basse seront vraiment bien présentes et les guitares boostées…tout au service des compos !

Enfin, en écho au terme « expérimental » que tu employais à l’instant au sujet des passages improvisés sur scène, je me permet de citer Lars Von Trier qui insistait sur l’idée qu’une action ou une simple manipulation n’ est expérimentale qu’à partir du moment où son résultat ne peut être connu à l’avance :

Nous savons que ces passages de liberté instrumentale « sans filet » produiront l’etonnement, la jubilation ou l’agacement du public : nous les jouons parce que nous le ressentons comme ça , simplement……seul compte le fait qu’une sensation puis une reflexion naisse chez nos auditeurs.

Le manque d’ouverture d’esprit et de curiosité intellectuelle est une attitude répandue et très facile à prévoir, cela n’a rien à voir avec le caractère expérimental ou pas de la musique que l’on écoute ou produit.. Qu’on se le dise !


On vous rapelle que l’excellent EP High Blood Pressure est téléchargeable entièrement sur le site du groupe :
http://www.klone-music.com

SUR ANTHURUS d’ARCHER :


Justement en parlant d’Anthurus d’Archer, qui est ton groupe principal, et un projet assez hors du commun, peux tu nous le décrire brièvement et nous dire ce que vous cherchez à exprimer dans votre musique?


Anthurus d’Archer est un moyen de conquérir notre liberté.

Notre ambition serait d’aboutir à la musique la plus libre possible , débarassée de toute contrainte esthétique autre que celle de notre bon plaisir, une musique anarchiquement cohérente, une suite de (dé)compositions structurées ou l’écriture a des ratés et ou l’improvisation semble millimetrée….mais on n’y est pas encore (lol).

Bref, un truc à la fois décadent , multiple, violent, coloré, technique, grotesque et gratuitement jouissif qui ne tape pas sur la tête mais dedans (lol)


La configuration du groupe est également atypique, qui joue de quoi dans le groupe, quels instruments utilisez vous et de quelle façon?


A la base on s’est monté pour singer les mauvais groupes (ça marche pour le métal mais aussi pour tous les autres styles) qui cachent leur manque de travail, de créativité et de talent derrière le gros volume sonore, la production, la communication ou l’argent.

Le trip était donc d’utiliser au maximum les guitares,l’instrument roi du rock, que nous détournons (j’utilise la mienne comme une batterie à cordes, je ne la joue qu’en slap de façon brutale ce qui donne une gestuelle de Guy Béart sous acide, mes camarades jar jar et max s’en servent comme des générateurs de fréquences avec des petits moteurs de brosse à dent ou de tournevis…et jouent quelque fois des notes avec), ainsi que des programmes des batteries synthétiques bourrines et vulgaires, de les faire sonner 10 fois trop fort par rapport au reste, et de mettre là dessus des instruments accoustiques innatendus comme la flute traversière ou le sax (Pat et Math) qui actionnent eux même tout un bordel de sample et d’objets sonores mal identifiés :

En somme le chaos, c’est à dire l’orde naturel,  et deux objectifs principaux :

Objectif  1 : l’absence de message et une confusion bien claire
Objectif 2 : l’agression et la brutalité sonore, le traumatisme accoustique, doivent d’abord être produites par la dynamique de tes compos et la patate de ton éxécution et pas du tout par le volume sonore ou la violence de tes propos ou de ton look.


Il y a 2 éléments qui marquent à 1ère écoute dans votre musique, déjà une certaine technicité, des rythmes et mises en place alambiqués, mais on sent aussi pas mal d’humour et de délire derrière votre musique, en quoi ces 2 points t’importent?


L’aspect technique permet de tendre vers notre objectif : jouer une musique personnelle qui nous fait bander, jouer notre musique et pas celle du gars auquel tu crois vouloir ressembler, mais bien la tienne, avec ses erreurs, ses aspérités, ses fautes de goût et ses petits éclairs de lucidité qui n’appartiennent qu’à toi, celle que personne ne peut vraiment te voler, celle qui donne envie aux autres de trouver la leur et de se libérer de la médiocrité, du contrôle social ou de la misère.


En ce qui concerne l’humour, tout est question de contraste : si tu colles des synthés menaçants sur une interview hystériquement « heureuse » c’est à dire divertissante par principe et objectivement bébette, tu crées un objet sonore à la fois flippant et en même temps tu fais une connerie d’ado potache qui se marre devant son ordi.


Tu poses la question : est ce que ce type de divertissement n’est pas objectivement violent et dans le même temps tu te marres simplement, le tout sans donner de leçon à ton auditeur qui n’en a pas besoin.

L’humour permet d’être subversif, d’avoir un rapport simple avec ton auditeur, de tracer un pont entre la sensation et la réflexion, et de laisser plusieurs niveaux de lecture aux gens qui ’écoutent ta musique.


Vous ne faites ni du métal ni du jazz, on ne peux pas décrire votre style en un mot, ou est-ce que tu situes ta musique, de quels artistes te sens tu proche?


J’aime bien l’idée que nous sommes un vrai groupe de variétés qui joue et peux passer sans aucun complexe de Pink Floyd à Henri Dutilleux ou de Ottomo Oshiide à C Jérôme.
Nous sommes surtout un groupe qui souhaite échanger autour de la musique et avons déjà joué certains de nos morceaux les plus violents devant un public familial (qui n’était pas nos propres familles, je tiens à le préciser lol) qui n’a pas été plus choqué que ça car notre set était en place, l’ambiance détendue et notre démarche compréhensible.

Pour ma part, je suis citoyen du monde et ami de l’homme… et il n’y a pas de réelle amitié sans confrontation.

Je te mentirai si je ne te parlai pas des chocs qu’on pu être la découverte de Naked City (le plaisir, la technique, l’érudition, la culture et la violence mélangés) ou des Ruins (toute la démesure progressive incarnée par un duo), mais je te mentirai aussi si je ne te confiai pas que j’aimerai être comme ces bluesman du sud agricol des états unis ou ces vieux paysans de la Vienne qui jouent leur musique comme ça, simplement, avec force et talent, « juste » pour raconter leur histoire et celle des autres autour d’eux.


Après un album nommé Plastofilène sorti l’année dernière, vous avez 3 nouvelle sorties en projet cette année. A quoi doit on s’attendre, pourquoi 3? Sous quel format vont-ils sorti?


Après avoir réalisé trois démos (PACK 1, 2 et 3 intégralement et gratuitement téléchargeables sur le site www.anthurus.fr.fm ) et notre premier album PLASTOFILENE (distribution Musicast), nous poursuivons, toujours avec la même détermination, une démarche basée sur l’autonomie dans la création, la proximité avec nos soutiens (le public, les groupes et les assos) et la haine du conformisme.

Nous sommes donc fiers d’annoncer publiquement le nouveau projet d’Anthurus d’Archer : Sortir, toujours en autoproduction par voie de souscription et avec la meilleure qualité audiophonique possible, 3 disques différents tous représentatifs de la diversité de notre travail, de la musique de film au punk en passant par le free jazz, le grind ou le folklore:

– Un maxi de 20 mn comme la musique du film que nous tournerions si nos cerveaux étaient de vieux caméscopes en chewing gum.

– Un album live de 40 mn (enregistré au Confort moderne en mars 2005 en 1ère partie de The Dillinger Escape Plan) comme le cri abrasif et fluo d’un flipper sous exta.

– Un album studio de 45 mn comme un écho enfantin, contemplatif et morbide au « Voyage de Babar » de Francis Poulenc.

Pour recevoir ces 3 disques authentiquement pressés et livrés chacun à partir de 3 mois d’intervalle dans leurs étuis artisanaux, envoyez à l’adresse suivante : Hugues Andriot 35 rue des 3 rois 86 000 Poitiers (accompagné de votre adresse postale, électronique ou de votre téléphone) un chèque de 20 euros à l’ordre de l’Association Pictoblast.

Soutenez la création autonome et subversive !

Soutenez de ces gens qui ne mangerons jamais de la crème dermo-décrispante aux gingéroles de gingembre pour hurler leurs sons sans sens aucun !

Soutenez Anthurus d’Archer et faîtes vraiment de la musique !

Merci à tous, merci à Eklektik en particulier, et à tous les zines matériellement autonomes et indépendant d’esprit en général.

Contact : anthurus@free.fr
Site web : http://anthurus.free.fr

jonben

Chroniqueur

jonben

Krakoukass et moi avons décidé de créer Eklektik en 2004 suite à mon installation à Paris, alors que disparaissait le webzine sur le forum duquel nous échangions régulièrement, ayant tous deux un parcours musical proche entre rock et metal, et un goût pour l'ouverture musicale et la découverte perpétuelle de nouveautés. Mes goûts se sont affinés au fil du temps, je suis surtout intéressé par les groupes et styles musicaux les plus actuels, des années 90s à aujourd'hui, avec une pointe de 70s. J'ai profité pendant des années des concerts parisiens et des festivals européens. J'ai joué des années de la guitare dans le groupe Abzalon. Mes styles de prédilection sont metal/hardcore, death technique, sludge/postcore, rock/metal prog, avec des incursions dans le jazz fusion et le funk surtout, depuis une île paumée de Thaïlande. 

jonben a écrit 497 articles sur Eklektik.

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