Rome – Flowers From Exile

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Style: avant-garde folkAnnee de sortie: 2009Label: Trisol

Rome avait besoin de s’évader de la tour d’ivoire Cold Meat Industries, qui faisait vraisemblablement repoussoir pour certaines personnes. Si je parle pour moi, je parle peut-être pour vous. La signature chez Trisol, véritable Vatican pour les fidèles de la religion gothique et dérivés, vient comme une remise à plat, qui permettra aux travaux précédents de Jérôme Reuter de toucher un auditoire plus vaste et plus conforme à leur nature. Flowers from Exile y sera pour beaucoup. Largement inspiré par les péripéties de ses aïeuls déracinés par les régimes franquiste et mussolinien, cet album installe avec une grande maîtrise, et une humilité sans défaut, de vastes panoramas en argentique bruni, creusés de cette nostalgie sans réponse qui malaxe et plie dans tous les sens une âme coupée depuis trop longtemps de son terreau natal. A force de coups de reins discrets, album après album, pour s’extirper de l’ombre dévorante du panthéon neo-folk, et notamment du diktat des percussions, Rome est parvenu à se défricher là une vraie petite corniche d’indépendance où nul ne viendra réclamer sa dime.

Cela est passé par le travail des guitares, dont parviennent des chapelets d’accords et d’arpèges d’un raffinement et d’une puissance suggestive supérieurs. Loin des démonstrations de doigté mais à l’abri du catalogue du fonds commun, on y devine des rêves de rivages inaccessibles, des désespérances boursouflées comme les mamelles d’une nation à laquelle on a arraché ses enfants. Plusieurs parties trahissent avec bonheur l’intérêt de Jérôme pour les guitaristes espagnols classiques. Entre austérité et fluidité, entre tensions brûlantes et fenêtres de repos, Flowers from Exile suit le cours des rivières de la vieille Europe, où se jettent les petites tragédies collatérales engendrées par les grandes. Le cadre musical s’émancipe de lui-même dans le bourgeonnement des situations imaginées, des intrusions dans nos propres albums de souvenirs. On y croit, on s’y vautre avec passion !

Cela est passé aussi par le travail du son. L’intégration du musicien et producteur professionnel Patrick Damiani en tant que second membre a été décisive. En tant qu’alchimiste de la console, il a aidé à définir le vernis qui amène aux compositions cet éclat de vitrail et ce pelage délicatement parcheminé qui les rend à la fois profondes et distantes ; un peu précieuses certes, mais sans hauteur indue. Il suffit d’écouter le superbe effacement des violons sur “We who fell in love with the sea”, la façon dont les samples de films et de documentaires agissent comme le cartilage naturel des différentes parties, pour prendre la mesure du dévouement et de la soif de cohérence qui a présidé aux arrangements.

Et puis que serait Rome sans la voix aphrodisiaque de Jérôme, évoquant avec ses incantations de baryton angoissé un Dave Gahan sous perfusion de tisane au miel. Avec un parfait équilibre entre les hymnes, les morceaux plus transitoires et contemplatifs, et ceux faisant très honorablement office de générique d’entrée/fin, tout est réuni pour graver Flowers from Exile dans le marbre de 2009, et sans doute bien au-delà, tant il a tous les traits de l’œuvre fondatrice.

  1. to a generation of destroyers
  2. the accidents of gesture
  3. odessa
  4. the secret sons of europe
  5. the hollow self
  6. a legacy of unrest
  7. to die among strangers
  8. a culture of fragments
  9. we who fell in love with the sea
  10. swords to rust – hearts to dust
  11. flowers from exile
  12. flight in formation
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8 Commentaires

  1. krakoukass Krakoukass says:

    J’aime beaucoup également, en particulier 2 titres que je trouve énormes : « The Secret Sons of Europe » et ses airs espagnols, et surtout le fabuleux « A Legacy of Unrest » qui vaut à lui seul l’achat du disque. Le reste est très bon, même si je trouve simplement que le démarrage du disque est un peu trop long (les 2 premiers morceaux sont un peu trop « plats » à mon goût et sont certainement les morceaux que j’aime le moins sur l’album).

  2. SagresMetal says:

    Je l’écoute depuis quelques jours, et ce fut un agréable surprise. Je connaissais pas du tout le groupe en plus.
    Un très bon album, même si je trouve que le terme chef d’oeuvre est un peu excessif (quoique ça faisait un moment que j’écoutais pas un album récent ds ce style aussi réussi).

  3. 1ternot2baz says:

    Quoiqu’il en soit cet album n’a pas du être fait en un jour : D

  4. Joss says:

    mais tous les chemins y mènent tant qu’on y est :-)

  5. Hallu says:

    Rome fait partie de cette vague Neo-Folk de pseudo-musiciens qui croient s’improviser artistes. Un groupe comme Rose Rovine E Amanti est exactement dans la même veine : le chant est gonflant comme pas possible (c’est le chanteur de Moonspell en moins doué), les mélodies convenues, les artifices vus et revus (chuchotements dans le fond percus mi-martiales mi-tribales), les paroles pitoyables, les thèmes abordés toujours les mêmes. Quitter CMI n’a pas arrangé les choses… Je suis pas un expert du style, qui me gonfle vite, mais un collègue pointu du genre vous dirait que Nový Svět ou Ô Paradis, c’est déjà d’un autre niveau…

  6. ellestin says:

    Hallu d’habitude t’es imbuvable mais pas trop à côté de la plaque, là t’es les deux. Merci de contribuer aux commentaires :o)

  7. Florent says:

    Des Luxembourgeois de gauche. On aura tout vu.
    Sinon chouette album, et je tend vers l’avis de Krakou, le début est juste un poil poussif. Sinon du très très bon, ouaip. (mais quand même pas chef-d’oeuvre, faut pas pousser mémé dans les orties ;-))

  8. Apocalypse N'Daw says:

    allez quoi c’est mon premier chef d’oeuvre en 3 ans d’eklektisme. Faites en ce que vous voulez :o)

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