AC/DC – Black Ice

Pouvait-on finir l’année 2008 en passant à côté d’une sortie incontournable de l’année ? Eh bien je dis non. Et d’ailleurs, puisque je suis là, j’en profite pour faire une petite chronique.
On ne pouvait en effet passer à côté de cette chronique. En revanche, cette chronique va s’atteler à répondre à la question : peut-on passer à côté de cet album ?
Et pour ce faire, je vais user d’un vieux stratagème pseudo introductif consistant à vous donner une fausse citation d’un faux choeur d’auditeurs en rut : « oh ils nous font chier AC/DC, ça fait 35 ans qu’ils nous pondent le même album ». (voilà, ça c’était la fausse citation qui me permet de rebondir et d’y aller de mon commentaire).
(Attention ça c’est mon commentaire qui rebondit). Camarades, je ne peux que vous donner raison à 50%. Ce qui m’amène à vous donner tort à 50%. En quoi avez-vous raison ? Eh bien en ceci : oui AC/DC, ils nous font chier. Votre tort ? Considérer qu’ils font chier parce qu’ils n’évoluent pas.
Pour résumer, AC/DC daignent, pour leur 93ème album, apporter quelques touches auxquelles ils ne nous avaient pas habituées. Mais ils font chier parce que l’évolution n’est pas une valeur en soi, n’est pas un gage de qualité et que, justement, de qualité ici : point. Ou peu.
Qu’est-ce qui a évolué donc ? Pas le chant, pas le son, pas le style global, je vous rassure. Brian Johnson ne s’est pas fait raboter les cordes vocales et n’a pas arrêté la boisson. La paire Young n’a pas troqué sa Gibson et sa Gretsch contre une Telecaster et une BC Rich. Et Phil Rudd s’évertue avec toujours autant d’opiniâtreté à bouder les blasts beats. Black ice a donc très peu de chance de finir en bande son de la prochaine élection Miss France (à ce propos, vous avez vu le barnum encore cette année ? Pauvre Geneviève, le destin s’acharne à vouloir contrecarrer ses objectifs de trouver chaque année une incarnation de l’élégance – que ce monde est mesquin).
Bon alors c’est quoi ? Vous ne voyez pas ? Ya ‘rien qui vous saute au yeux immédiatement ? Putain, les lourds… Mais y’a 15 morceaux, pardi ! On n’a jamais eu droit à 15 morceaux sur un album studio, réveillez-vous ! 12 au maximum mais jamais 15. Et qui dit autant de morceaux dit inspiration. Et qui dit 8 années d’attente + 15 morceaux donc inspiration dit… eh ben dit un Black ice qui ne provoque pas grand chose dans mon slip alors que j’étais en droit d’espérer une bonne claquasse.
Les 10 premières minutes (l’efficace « Rock n’ roll train », le gentillet « Skies on fire » et l’entraînant « Big jack ») sont pourtant plutôt sympas, il faut l’avouer. Bien conformes aux canons du groupe, ok, mais plutôt sympas. Mais attention pas transcendantes non plus, hein. Sympas.
Et puis arrive la 2ème manifestation de l’évolution, le 4ème titre « Anything goes ». On dirait les Beach boys (les Beach Boys avec un gros mastard entre les cuisses plutôt qu’un vermicelle, mais les Beach Boys quand même). Ça doit être sympa à écouter à Biarritz en juillet mais en décembre dans le Nord, je peux vous assurer que l’effet est moins perceptible. Heureusement « War machine » vient un peu réveiller la bête à cornes qui commençait à me serrer la patte pour prendre congé. Mais là encore rien de transcendant. Un morceau… sympa, à qui il manque ce qui manque à beaucoup de ses compagnons, selon moi : un putain de bon solo. Y’en a, certes mais ils ne sont pas « putain de bons ».
Et puis même si chaque titre avait bénéficié d’une tuerie signée Angus Young, je n’aurais pas pu taire le caractère inégal de ce Black ice. Par exemple, malgré les efforts de l’écolier quinquagénaire, je trouve « Smash N’ Grab » plutôt pénible.
Les petits flirts plus ou moins réussis avec un style plus « américano-sudiste » (le décevant « Stormy may day » qui s’annonçait pourtant… sympa ; l’excellent « Rock N’ Roll dream ») ou Classic rock (l’agaçant « Anything goes ») côtoient les titres franchement passables (« Spoiling for a fight », « Wheels », « She likes rock n’ roll » malgré un bon solo, les basiques « Rocking all the way » et « Black ice »).
Restent tout de même 2,3 choses (je ne suis pas non plus sans coeur) dont l’écoute fait quelque peu frétiller : le rafraîchissant « Money made », la bonne surprise « Rock N’ Roll dream » qui sait allier renouveau (lignes vocales assez inhabituelles) et qualité et surtout le très roots « Decibel ».

Je reviens, pour terminer, à ma question initiale : peut-on passer à côté de cet album ? On peut répondre doublement par l’affirmative : oui car il n’est pas intéressant, vous pouvez donc passer à côté et continuer votre chemin l’âme légère ; ou bien oui car il n’est pas facile à appréhender si on ne veut pas s’en donner la peine. À cette dernière attaque perfide, je répondrais : si l’écouter plus d’une quinzaine de fois après avoir écouté plus d’une centaine de fois chacun des albums précédents depuis ma plus sauvage enfance implique que je ne me suis pas donné la peine, alors ok, mea culpa, je passe à côté d’un excellent album. Mais je suis prêt à en assumer les conséquences.
Les papys avaient l’occasion de faire la nique aux jeunes qui se bousculent derrière la porte pour envahir le château dont ils sont les seigneurs depuis des temps antédiluviens. Qu’ils fassent gaffe, le verrou n’est pas loin de sauter.

  1. rock ‘n roll train
  2. skies on fire
  3. big jack
  4. anything goes
  5. war machine
  6. smash n grab
  7. spoiling for a fight
  8. wheels
  9. decibel
  10. stormy may day
  11. she likes rock n roll
  12. money made
  13. rock n roll dream
  14. rocking all the way
  15. black ice

A PROPOS DE darkantisthene

darkantisthene Il est né, il a chroniqué, il est mort, aurait pu dire Heidegger si... j'étais mort, si Heidegger était vivant et s'il s'était intéressé à ma prose autant qu'à celle d'Aristote. Et il n'aurait pas été à une connerie près le père Martin parce qu'avant de chroniquer, et après être né, figurez-vous que j'ai vécu ; et écouté de la musique.

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