Cage – Depart From Me

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Style: rap indéAnnee de sortie: 2009Label: Definitive Jux

Trois démones gamines entourent un cadavre et arrachent des morceaux de chair tandis que s’échappent des bords, des lignes de couleurs délavées. Voilà ce que l’on obtient lorsque l’on demande à Alex Pardee de réaliser une couverture. L’artiste s’exprime depuis ses débuts dans un style grand- guignolesque peuplé de monstres étranges gonflés de couleurs pétantes. Un style qui a déjà plu à In Flames (A sense of purpose et son single) et The Used (Lies for the liars et d’autres singles), entre autres. Il est la raison pour laquelle j’ai d’abord acheté ce disque.

Hell’s winter, l’album précédent, était complet, original. Un bon disque de rap indépendant à la Def Jux comme il en faut. Le rappeur montrait alors sa créativité dans des textes personnels et un flow plus simple que celui de El-P et d’Aesop Rock mais néanmoins inventif par rapport à la moyenne globale (surtout dans le contexte actuel minimaliste proné par le crunk et le hyfy). Le single marquant était alors « Shoot Frank » où Daryl Palumbo (Glassjaw, Head Automatica) venait poser une mélodie mélancolique et vénéneuse dont on ne pouvait se remettre de la morsure. Un vrai single porteur qui dépareillait pourtant par rapport au reste, moins rock, moins efficace en comparaison. Les fans les plus nostalgiques de la période Movies for the Blind pouvaient alors se voiler la face et s’imaginer que tout cela n’était qu’une passade. Le réveil sera donc d’autant plus difficile pour eux qu’il était alors annoncé.

Depart from me est en quelque sorte l’avatar plus pop et punk du I’ll sleep when you’re dead, complexe, dense et difficile. Rap + Punk + Electro + Pop = Depart from me. Les refrains sont gros, l’attaque vocale nasillarde fleure bon le punk (pas pop et pas rock) et bouillant de ressentiment, les instrus composées à coup de guitare bourrée d’effets et de clavier, glissent sur la frontière entre la densité et l’efficacité d’une mélodie mémorable imaginée par un travail de production minutieux.

Ce revirement, on le doit surtout à Sean Martin, crédité à la production des deux tiers des instrus. El-P n’est pas écarté pour autant et continue de fournir un travail excellent (ce qui rend la perte de tout ce qu’il avait enregistré pour son prochain album, en raison d’un problème informatique, encore plus douloureuse). Immédiatement reconnaissables par leur style plus electro, ses mélodies ne déteignent cependant pas sur le ton résolument rock du disque grâce au fil conducteur qu’est la voix de Cage, son flow réservé et ses textes à l’émotion à fleur de peau. Cage fait de ses insécurités son bling bling et le crache sur l’auditeur, emporté de toute manière par le rythme et les lignes mélodiques de chaque petit single potentiel. Même le semi interlude « Kick rocks », anecdotique au départ, devient un petit plaisir avec lequel je m’amuse a chanter en chœur le refrain quasi crunk. Le spectre d’influence va donc au delà du rap indé et va même jusqu’à emprunter à Nine Inch Nails (influence revendiquée par Sean Martin sur ce disque) sur la chanson « Depart from me » qui fait figure d’emprunt à With teeth.

Dans une interview, Chris Palko aka Cage, avoue qu’il pense toucher un plus large public avec ce disque tout en offensant une partie de ses fans. Il a raison sur toute la ligne. Cependant, voir Depart from me comme l’album d’un artiste voulant vendre son cul serait passer à côté de toute la complexité du processus. Tout en étant passablement rock, punk et electro, les albums de Cage ne devraient pas pour autant quitter le rayon rap des disquaires. L’artiste ne part pas sans rien, il n’oublie pas son héritage. Ce n’est pas l’album de la trahison mais une évolution tout ce qu’il y a de plus naturelle et efficace. Le vrai voyage commence donc aujourd’hui avec un album jouissif et coloré mais aussi cathartique où l’on sent couler toute la vie d’un homme qui exorcise toutes ses émotions et ses ambitions musicales. Pas un choix de couverture si étonnant que ça finalement…

http://www.youtube.com/watch?v=Vhth7toJ3ns

  1. nothing left to say
  2. beat kids
  3. dr.strong
  4. i found my mind in connecticut
  5. i lost it in havertown
  6. teenage hands
  7. eating its way out of me
  8. kick rocks
  9. captain bumout
  10. strain
  11. fat kids need an anthem
  12. look at what you did
  13. depart from me
  14. i never knew you

Chroniqueur

Mathieu Lubrun

Hororo est chroniqueur depuis 2004 sur Eklektik, bibliothécaire de profession, passionné de musique (metal, jazz, hip hop, electro …) et de comics. Alcoolique de concert et de disques, bavard et effervescent dès qu’il rentre en contact avec un artiste qu’il apprécie. Contactez-le pour lui dire tout ce que vous voulez à son adresse personnelle xhororox [AT] gmail [DOT] com et/ou suivez-le sur Twitter.

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2 Commentaires

  1. krakoukass Krakoukass says:

    J’adore (sauf le single illustré par la vidéo ci-dessus car « I Never Knew You » ressemble un peu trop à du Eminem à mon goût), merci pour la découverte Roro, c’est commandé!

  2. krakoukass krakoukass says:

    Je crois qu’il n’y a pas un seul album de hip-hop qui m’ait botté depuis celui-là. Et clairement je trouve ce Depart From Me toujours aussi énorme, sans doute parce qu’il est aussi vachement « rock ». Dans mon panthéon personnel des albums de hip-hop!

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