Lye by Mistake – Fea Jur

Lye By Mistake - Fea Jur

Il a une bonne tête le canasson. Il file à vive allure sur le béton armé de ces rêves digitaux nés après les années 80. Son sabot marque à chaque mouvement son empreinte dans les rues banales de la ville où les seuls motifs d’exception sont des accidents fortuits aux carrefours des rendez-vous du quotidien. Il trace comme la couleur au milieu des klaxons mortifères dans les embouteillages aux périphéries de ces cités qui ont donné à la grisaille ses lettres de noblesses. Rapide comme le vent, le mustang a le souffle lourd et sur son flanc il arbore à même le cuir de sa peau l’armure comme un habit de lumière léger et aérien; ça aurait pu être la version introductive « Mon Petit Poney » de cette review, mais le disque est plutôt PWNy.

Fea Jur n’est pas un nom angélique dans la mythologie de l’interweb, c’est le nom de l’acteur principal de la célèbre vidéo « Two Guys One Horse » qui mettait en scène un étalon se dressant dans la nuit noire pour accomplir ce que d’aucuns ne pourraient avoir à l’idée, à part si l’on voue un culte à la zoophilie, il en faut pour tout le monde n’est ce pas ? Le genre de truc improbable que l’on peut trouver sur la toile et qui vous fait penser que vous êtes quand même heureux de pouvoir vous asseoir où vous voulez sans avoir à vous souciez de votre transit, de votre colon en vrac ou du moelleux du siège que vous avez choisi.

La corrélation entre cette image et le second album de Lye By Mistake, n’est pas forcément palpable, mais l’idée du braquage, qu’il soit visuel ou sensoriel, est bien là, la branlette aussi, soit dit en passant. Fea Jur, serait bien cette bourrasque sortie de la nuit du métal pour embraser les flambeaux qui ont accompagné les sinueux chemins de traverse du rock progressif. Une sorte de gang-bang qui mêlerait chromatisme jazzy, puissance tellurique du métal et effluves world comme un encens pour embaumer le rituel. Une démarche extrémiste et quand elle se pare de bariolages, la tonalité de l’exercice vire effectivement au mensonge par omission, toute une métaphore.

Dur, le trip l’est resté, il s’est même développé au point de se passer d’un chanteur au micro. Out donc le format un brin plus formel du premier disque qui pouvait nous attendrir quand on s’arrêtait aussi sur la technique des zikos, il y a bien quelque chose qui ne change pas. Fea Jur adopte un climat plus free grâce à l’embonpoint de ses pistes instrumentales qui inondent chaque recoin de la galette. Le disque est saisi par cette puissance organique qui donne une percussion intéressante à l’ensemble. Les instruments sonnent clairement dans l’assemblage chaotique de ses mailles charnues aux polyrythmies complexes qui racontent le voyage à chaque retournement rythmique. Ça tricote beaucoup, avec de la grosse laine rock ou jazz, ça a le patchwork souverain,  mais ça sait garder cette fluidité du mouvement sur des descentes de manches qui invitent l’improvisation dans le ciel de lit des compos de l’album.

Melting-pot gentiment azimuté, Fea Jur part dans tous les sens et est aussi bordélique et bavard qu’un pilier de comptoir après une cuite au bar du coin. Il a cette jubilation presque innocente quand il raconte sa compréhension de Dream Theater ou de Meshuggah quand il se laisse aller, quand il pose ses bagages, qu’on l’excuse de baver autant. Il penche aussi vers des rappels de McLauglin ou Corea avec cependant un ton plus métallique et véloce de ses guitares qui lui donnent une frappe singulière sur certains morceaux où la syncope joue avec la délocalisation acoustique. Chacun y va de son tissage, Johnnie Truesdale nous lâche un solo de basse sur « Fea Jur » , Drew Button martelle comme le métronome toms et charley avec de bonnes lâchées de double quand le tapis déroule, Ben Whailin en démiurge recompose et décompose les titres pour leur donner cette forme hybride, comme ce break flamenco sur « Money Eating Mary (Karaoke Remix) » le genre de break qui vous fait manger des tapas et vous fait repenser à Cynic et son attentat fusion du siècle dernier.

Lye By Mistake récite ses leçons apprises sur le tas. Armé de son carnet de voyage, voici ses croquis, ses formules apprises au détour des initiations qui ont jalonné son parcours. Fea Jur aurait très bien pu être un disque démonstratif et chiant, mais sa matrice de diffusion, sa force de persuasion, son groove de Nobel de l’épée au métal bien trempé et son haleine chargée aux effluves de jazz en font un disque bouillonnant, inventif et contrasté qui mérite qu’on brise l’épaisse coque qui entoure son atmosphère pour explorer son continent musical. Belle saillie.

 

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1 commentaire

  1. Je découvre cet album et c’est proprement excellent.

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  • plebeiangrandstand-lowgazersichimatsu | 17 avril 2014
    Plebeian Grandstand – Lowgazers
    Dès les première secondes, on est dans le bain. Ambiance DsO sans la voix parce que pour ne serais-ce qu'en égaler une comme Mikko Aspa, accroche-toi Jeannot (on pourrai en écrire des pages sur sa voix à celui-ci). Une section de batteries comme je les aimes, de la gratte bien malsaine en veux-tu en voilà, ça speed bien l...
  • plebeiangrandstand-lowgazersRémi | 15 avril 2014
    Plebeian Grandstand – Lowgazers
    Ok. Moi je m'en étais arrêté à la moitié de chronique, tout pareil j'ai été super enthousiaste à l'écoute de Thrvst puis déçu à l'écoute de l'album: quand ça blast pas, la batterie fait des plans bateau. Et les riffs de grattes sont minimalistes au possible. Voilà, je me suis arrêté là. Et je vois ce qu'il me r...
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    Chronique très juste, à laquelle j'adhère totalement. Je confirme, "the joy of motion" est de loin mon préféré des 3. A mes oreilles (et à ce qu'il y a entre) leur musique affirme lourdement sa personnalité, offrant une énergie mieux canalisée, plus vaste et virevoltante, avec un fil bien plus percutant pour chaque mor...
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    Merci beaucoup !! Pour écouter l'EP en entier: http://bak-trak.com/musique/
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    C'est bon ça, merci pour la n+1ième découverte :-)
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    Kampfar – Djevelmakt
    Oui, j'approuve, cet album de Kampfar est réellement excellent. Je le rapprocherais plus des premiers Enslaved, avec évidemment un meilleur et plus gros son, mais c'est un détail sans importance. Epique, puissant, froid, mélodique juste ce qu'il faut, avec des titres atmosphériques à souhait, d'autres plus rentre dedans, u...
  • kampfarangrom | 12 mars 2014
    Kampfar – Djevelmakt
    Ca donne bien envie d'essayer, ta chronique