Morbus Chron – Sweven

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Style: Death avant-gardisteAnnee de sortie: 2014Label: Century Media

Honnêtement, je ne me souviens pas avoir pris une telle claque depuis plusieurs années… C’est d’ailleurs un peu emmerdant car me voilà complètement accro à ce disque et quasiment incapable d’écouter autre chose depuis que j’ai posé les oreilles sur ce nouvel album de Morbus Chron, tout me paraissant assez fade et sans intérêt en comparaison… Et pourtant, rien ne laissait présager un tel coup de coeur. En effet, le premier album des suédois, Sleepers in the Rift n’était à mon avis qu’un gentil petit album de death metal dans la veine du revival old school qu’on a vu fleurir ces temps-ci, une façon pour ces quatre jeunes gens de rendre un hommage appuyé et revendiqué à Autopsy. Un petit album sympathique mais un album mineur à l’échelle des sorties de la scène metal au sens large.

Tout l’inverse de ce Sweven, qui a à mon sens tout le potentiel pour marquer durablement et être considéré comme un classique au même titre que des oeuvres qui portent la signature de Death, Entombed, Atheist, Cynic ou autres. Je pense que cet album sera dans quelques années considéré comme un album culte qui devra intégrer la rubrique Anthologik d’Eklektik.

En passant ainsi d’un premier album respectant scrupuleusement les codes du genre à un nouvel album s’affranchissant totalement de toute barrière ou limite quelle qu’elle soit, obéissant ainsi aux seules envies du groupe (et devrais-je dire de Robert « Robba » Andersson mais on va y revenir) Morbus Chron se rapproche dans la démarche d’un groupe comme Tribulation, qui a sorti l’an passé un très bon album de death metal progressif,  à l’ambition et aux sonorités fort éloignées de celles de son premier album.

Comme ces derniers ils ont abandonné le son gras des anciens, pour adopter un son beaucoup plus clair et léger, qui sied parfaitement aux ambitions progressives de Sweven (qui signifie « Rêve » en vieil anglais).

Cette légèreté évoque parfois du Ghost qui aurait accentué la dimension death et aurait abandonné la formule « couplet-refrain », ou à du Diabolical Masquerade pour l’atmosphère cauchemardesque qui est distillée, ainsi que les mélodies vénéneuses et les riffs qui tuent. Pour le reste, on est presque en terrain inconnu, et quand on sait que c’est le chanteur guitariste du groupe (Robba donc) qui a écrit 90% de Sweven, il y a de quoi être soufflé par de telles qualités d’écriture et de composition. Au menu, 52 minutes passionnantes réparties sur 10 titres qui en forment pratiquement un seul, grâce à une homogénéité de tous les instants, et ce même si tous ne s’enchaînent pas forcément.

L’équilibre entre la voix et les instruments est capitale : avec 3 titres totalement instrumentaux mais avec aussi une parcimonie vocale globale de prime abord surprenante, mais finalement tellement logique qu’à aucun moment on ne déplore la rareté de la voix. Parlons-en d’ailleurs de cette voix possédée, Robba déployant une impressionnante palette de cris, hurlements, voire très ponctuellement grognements (à l’aide des effets qui vont bien, comme sur sur « It Stretches in the Hollow »)  parfois pas dénués d’un certain charme théâtral. La voix de Robba est toujours placée en arrière dans le mix, avec une sonorité et un « écho » qui font le lien avec les racines old school du groupe et ajoutent à l’ambiance cauchemardesque de Sweven (voir pour l’exemple le terrifiant « Ripening Life », ses riffs fabuleux et les interventions non moins glaçantes de Robba).

La voix est remarquable donc mais compte tenu de ses interventions parcimonieuses, ce sont vraiment les guitares qui ont la part belle, tricotant et virevoltant sans jamais se perdre dans une technique imbitable, mais servant au contraire les aspirations mélodiques des suédois. S »il fallait un exemple comme les guitares classiques de la splendide fin du non moins magnifique « The Perennial Link ». La richesse des cordes est vraiment marquante, avec de nombreuses parties de guitare acoustique ou a minima non distordues, qui ajoutent à la légèreté  et à la lisibilité de la musique, toujours pour mieux servir la vocation progressive et la qualité d’écriture des morceaux. Entre assauts cauchemardesques et passages plus propices à la rêverie, l’album est toujours sur le fil, franchissant régulièrement la frontière entre les uns et les autres, subjuguant toujours davantage après chaque écoute. Car évidemment, l’album ne s’apprivoise pas en une seule écoute, même si l’on peut sentir dès la première fois la richesse et le foisonnement propres à l’oeuvre, et le potentiel de réécoute qui va avec.

Impossible de citer tous les moments forts de Sweven, tant ils sont nombreux sur cet album à la richesse incroyable. Voilà donc dès mars que l’on a déjà un sérieux prétendant au titre d’album de l’année 2014, et je serais prêt à parier qu’aucune nouvelle sortie ne pourra changer les choses tant l’album de Morbus Chron trône déjà à mon sens au firmament des sorties de ces dernières années!

http://www.youtube.com/watch?v=vlBIRTItHEs

Tracklist :
1. Berceuse (03:18)
2. Chains (04:49)
3. Towards a Dark Sky (07:49)
4. Aurora in the Offing (05:01)
5. It Stretches in the Hollow (05:10)
6. Ripening Life (06:46)
7. The Perennial Link (05:16)
8. Solace (02:14)
9. Beyond Life’s Sealed Abode (05:41)
10. Terminus (06:38)

krakoukass

Chroniqueur

krakoukass

Co-fondateur du webzine en 2004 avec Jonben.

krakoukass a écrit 870 articles sur Eklektik.

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Commentaire

  1. ichimatsu says:

    A la première écoute je me suis précipité sur leur site pour acheter le vinyle. Il me semblait avoir déjà écouté ce groupe… et oui, leur premier LP sur leur Bandcamp mais sans avoir éprouvé quoi que ce soit… alors qu’ici ! Le mélange de la musique, qui se rapproche parfois avec Ghost surtout dans le tempo (qu’est-ce que c’est que cette batterie qui nous accroche tant !), et ce chant venu d’outre-tombe que rien n’aurait pu destiner à être mélangé… avec ça … très détonnant et jouissif. On a l’impression d’assister à un must du film d’horreur justement ou rien n’est dévoilé mais seulement suggéré et… pour ce LP c’est ce qui fait sa force (pour ceux qui comprennent). Les guitares acoustiques style western Leone/ Morricone vous envoutent pour mieux vous embarquer dans un déluge de fastes et de rêveries psychoeklektik… bon je n’emballe là !
    Non franchement si vous êtes un brin curieux et si vous appréciez les mélanges qui sortent de l’ordinaire et quand alors c’est une réussite, plongez les yeux fermés, cet album va faire parler !

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