Anorak – My Own Haze

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Style: hardcore bigarréAnnee de sortie: 2009Label: Thundering Records / Manitou Music

On aura beau dire qu’on n’a pas de préjugés en matière de musique, qu’on prend toujours le temps d’écouter avant de se faire une idée : il n’en est rien. Chacun définit au fur et à mesure du développement de sa culture musicale un premier filtre, un petit test de passage inconscient qui détermine en une fraction de seconde si un album mérite ou non de franchir la lisière de ses oreilles délicates.

Quoi de plus logique ? alors qu’il est incontestable que l’immense majorité des artistes adhère plus ou moins consciemment aux codes les plus stéréotypés de la « scène » à laquelle ils se sentent appartenir. Ainsi, n’étant pas fan du genre, une pochette dépeignant méticuleusement un nourisson satanique se frayant un douloureux chemin hors du vagin d’une mère-zombie-suceuse-de-bites en décomposition stoppera net mon envie de débuter une quelconque expérience auditive avec le combo au goût si évocateur.

Mais le visuel n’est pas le seul indice qui puisse écarter un artiste du chemin de tympans blasés: Le nom, lui-même, porte généralement le plus fort potentiel de dégoût et suffit parfois à l’esquive immédiate. « Anorak », nom du groupe qui nous intéresse, a ainsi réveillé ma lourde librairie de préjugés, piochant au hasard entre les rayons poussiereux du ska et du néo-metal, sans oublier le punk à roulettes ou l’électro-dub ringard.

J’avoue que si le splendide visuel de l’album n’avait pas étouffé la sombre et latente inquisition qui me sert de regard, je serais très probablement passé à côté de cette petite merveille.

« My own haze », subtil mélange de calcul et de sincérité, rappelle immanquablement Botch, moins dans le son d’ailleurs que dans la démarche; Dans cette envie de fracasser les unes contre les autres les influences hardcore, punk, metal, screamo, rock n’ roll, noise et grind dans une fission urgente, violente et émotionnelle.

Marchant d’un pas assuré sur la frontière séparant la beauté du chaos, leur musique ne laisse pas pour autant la moindre place à l’imprécision et tout y est finement calculé, dévoilant un sens de l’accroche et une finesse dans les arrangements dont très peu mériteraient de se vanter.

Botch, donc, mais aussi Unsane, JR Ewing (quand ils bandaient encore), Houston Swing Engine, Lack et Drowningman pourraient sûrement se réjouir de la paternité d’un si beau bébé si celui-ci n’avait pas déjà presque la maturité de l’un d’entre eux.

« Un premier full-length » me dites-vous ? « Impossible ! » vous réponds-je. Un premier album comporte obligatoirement des erreurs, des défaillances. Le peu qu’on puisse relever ici n’apporte qu’ouvertures possibles et l’aperçu d’une discographie magistrale, la certitude que le prochain opus sera nécessairement un chef d’oeuvre.

Trois quarts d’heure de pure passion. La plus grosse claque franchouillarde depuis I Pilot Daemon, tout simplement.

Tracklist :

  1. lift up
  2. some skirts
  3. legs feel heavy
  4. on a plate
  5. my own haze
  6. human sponge story
  7. kids of god
  8. a kind of oversized empathy
  9. last breeze
  10. little sweep

Chroniqueur

drommk

Chroniqueur instable depuis 2009, je me passionne pour les fouilles du web, en quête de groupes originaux ou/et méconnus. J'ai un faible pour les mélanges de genres. La formule parfaite est pour moi un équilibre entre originalité, technicité et émotion.

drommk a écrit 30 articles sur Eklektik.

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8 Commentaires

  1. krakoukass Krakoukass says:

    Du tout bon, belle découverte! Ne surtout pas se laisser rebuter par le patronyme…

  2. jAck says:

    Y a d’autres champions en France que IPD quand même! En tout cas, belle découverte et excellent nom tellement il ne veut rien dire! RV pour la chro de « Blouson »

  3. drommk says:

    dans le genre, j’avoue ne pas voir beaucoup de concurrents. Cela reste une opinion personnelle, évidemment

  4. 1ternot2baz says:

    Deux autres groupes dont un brésilien portent également ce nom de chiotte ! Si si la vérité !!!

  5. benjouz says:

    Demande t on à Tool pourquoi ils s’appellent « outil »?
    Je trouve le nom original (et il le mérite de faire parler, la preuve X-D) la musique l’est tout autant. ce groupe c’est juste une grosse claque, à découvrir et surtout à voir en live c’est de la boooombe.
    Merci, bonsoir.

  6. drommk says:

    @benjouz : effectivement, l’idée de la chronique était justement de dénoncer mes/nos propres préjugés sur les noms de groupes.

  7. krakoukass Krakoukass says:

    Enfin en même temps, le groupe lui-même en rigole y a qu’à voir leur myspace : « Anorak est né de la tentative avortée de créer une ligne de blousons pour la saison Automne/Hiver 2004/2005. Celle-ci fut un échec cuisant et nous décidâmes de canaliser notre frustration dans la musique… » –> Alors je crois qu’il y a définitivement un peu d’ironie derrière…

  8. bjz says:

    ça je pense que personne n’en a douté, en tout cas j’espère X-D

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