Kenn Nardi – Dancing With the Past

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Style: Thrash/prog Annee de sortie: 2014Label: Tribunal Records

Gros morceau que voilà… Kenn Nardi. Pas sûr que ce nom parle à grand monde, pourtant le Monsieur est le géniteur et cerveau du groupe de thrash/prog américain Anacrusis qui sévit à la fin des années 80 / début des années 90 et qui a sorti plusieurs albums assez remarquables, dont Manic Impressions en 1991 et Screams and Whispers en 1993, dernier album avant la séparation du groupe. Les amateurs d’un thrash progressif et aventureux (on peut parfois les comparer à Coroner) auraient intérêt à se pencher sur ces deux œuvres qui valent largement le détour, même si Manic Impressions souffre d’une production plutôt particulière. A noter au passage que tous les albums d’Anacrusis sont téléchargeables sur le site officiel du groupe.

Mais revenons à Kenn Nardi qui nous propose un double album colossal, rempli jusqu’à la gueule de nouveaux morceaux. 2h37 de musique, si c’est pas de la générosité, je ne sais pas de quoi il faut parler… Après avoir longtemps hésité à sortir cet album sous le nom d’Anacrusis, il a finalement décidé de le sortir sous son seul nom, ce qui est finalement logique puisque Kenn signe l’intégralité des morceaux tant dans l’écriture que dans l’interprétation (allez soyons honnête, John Emery tient la basse sur 4 morceaux). Un travail impressionnant qu’on imagine étalé sur quantité d’années. Car l’oeuvre est aussi dense et foisonnante que longue ce qui rend l’aboutissement encore plus impressionnant. Qualitativement aussi le résultat impressionne puisqu’il n’y a franchement pas grand chose à jeter sur la totalité des 28 titres.

On retrouve dès l’entame de « Unnecessary Evil » la voix si particulière et nasillarde de Nardi, qu’on pourrait situer entre un Tommy Victor (Prong) et un Warrel Dane (Nevermore) lorsqu’elle est claire, et un Kelly Schaefer (Atheist) lorsque Nardi accélère et monte dans les aigus (ce qu’il fait souvent en particulier sur les passages agressifs, il s’agit vraiment d’une caractéristique majeure de son timbre vocal). Musicalement le bougre s’autorise à peu près tout, et la filiation avec l’ancien groupe de Nardi reste intacte, on n’aurait vraiment pas été choqué que l’album sorte d’ailleurs sous le nom d’Anacrusis. Pour schématiser on peut considérer qu’on retrouve trois types de morceaux dans les 28 titres présents : des morceaux thrash/prog en diable et assez fondeurs (« Fragile », « Lament in Rust », « Blinding Lies », « Blood in the Water »…), d’autres beaucoup plus atmosphérico-mélodiques et diversifiés dans leur approche (« Armies of One », « Submerged », « This Killer in my House », « Climbing », la sombre et superbe ballade « the Dark and the Light »…), et enfin beaucoup qui mélangent carrément les deux approches (« Dead Letters », « Await the Setting Sun », « Untouchable », l’excellent « Dead Men’s Bones », « Dancing with the Past » entre autres…). Quelle que soit l’approche choisie par Nardi, la qualité est au rendez-vous, et l’homogénéité et la cohérence de l’album ne sont jamais mises en défaut. Il est assez amusant de constater aussi que certains riffs ou passages évoquent fugacement des pointures du power/thrash comme Machine Head ou Pantera (le riff principal de « One World » fait ainsi penser à « Cemetary Gates »).

Musicalement, Nardi utilise tant des synthés (quitte même à donner dans quelques sonorités un peu old-school comme sur « Straining the Frayed » ou « The Telling Skies », ou à sortir les cordes sur « Crève Coeur » ou « Symbiotic »), que les instruments classiques. Et techniquement l’album fait vraiment honneur au talent de Nardi que ce soit sur le travail à la guitare -les nombreux solos de grande qualité présents en attestent- ou sur la basse, très présente et audible et dont on sent que Nardi a travaillé les parties avec soin. Il reste la batterie, dont le jeu plus classique se contente « de faire le job » sans génie mais avec une efficacité suffisante. On retrouve également des chœurs épiques sur le démarrage de « Untouchable ».

Sans être un hymne au revival comme certains albums sortis récemment, on sent que Nardi n’a pas changé sa façon de composer, et Dancing with the Past est clairement une sortie à part en 2014, qui, en distillant tout du long ce parfum des années 90, aurait finalement pu sortir juste après Screams and Whispers sans que ça ne choque personne. Certains lui trouveront peut-être un côté suranné trop décalé pour charmer, alors qu’il y a fort à parier que les plus vieux plongeront avec délice et nostalgie dans cette ambiance si particulière.

Un travail de titan qui force le respect (qu’on adhère ou pas) et une oeuvre assez géniale qui demande par contre un temps certain pour être assimilée et digérée (l’écoute en une seule fois pouvant évidemment s’avérer un peu trop « riche »). Le jeu en vaut en l’occurence largement la chandelle.

Bandcamp

Tracklist :
1. Unnecessary Evil (06:03)
2. Fragile (06:02)
3. Made (04:38)
4. Armies Of One (05:38)
5. Lament In Rust (07:17)
6. Dead Letters (06:16)
7. Submerged (03:56)
8. Await The Setting Sun (05:37)
9. This Killer In My House (04:17)
10. Straining The Frayed (06:31)
11. The Dark And The Light (04:33)
12. Untouchable (06:11)
13. The Telling Skies (04:28)
14. The Scarlet Letter (06:31)
15. Blinding Lies (05:56)
16. Spitting Bitter (06:27)
17. Ordinary (05:11)
18. Dancing With The Past (06:03)
19. One World (05:32)
20. Creve Coeur (a place called « broken heart ») (05:37)
21. A Little Light (05:19)
22. Blood In The Water (06:18)
23. Climbing (04:21)
24. Stabbing Sorrow (04:44)
25. Dead Men’s Bones (04:30)
26. Symbiotic (06:21)
27. Beside Myself (06:50)
28. The Runt (06:07)

krakoukass

Chroniqueur

krakoukass

Co-fondateur du webzine en 2004 avec Jonben.

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