Emancer – The Menace Within

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Style: metal extrême progressifAnnee de sortie: 2005Label: Golden Lake

1èr représentation au théâtre Eklektouille.

3 coups.

1er acte :
– Emancer. Des norvégiens qui nous délivrent un black metal moderne brillant !
– Ola maraud, est-ce tout ce que vous avez à dire ? N’y a-t-il rien d’autre qui vous vienne à l’esprit pour louer les mérites de ces hurluberlus ? On pouvait dire, ô dieu, bien des choses en somme, en variant les références ; par exemple, tenez : Oyez mécréants inertes avides de sonorités nouvelles non dénuées de grâce et de noirceur ! Succombez à la nouvelle sensation black norvégienne ! Voici enfin le parfait croisement entre Dimmu Borgir, Enslaved et Satyricon !
Voilà à peu près M. Golden Lake ce sur quoi vous auriez pu – un peu exagérément – axer votre promotion si vous aviez eu un peu de lettres et d’esprit. Mais d’esprit, ô le plus lamentable des êtres vous n’en eûtes jamais un atome ; et de lettres, vous n’avez que les cinq qui forment le mot « sourd ». Je vous en tiendrais toutefois plus rigueur si je n’avais pas eu l’occasion de constater dans quels confins du globe « métallique » vous vous situez, patrie peu prolifique en la matière s’il en est : le pays de ce diable de Nessie en qui seuls les touristes crédules croient.
– Que voulez-vous l’ami, je n’ai que peu de moyens et l’expérience me manque. Je suis bien conscient du potentiel de ce groupe mais les autres poulains de mon écurie ne me permettent pas de pouvoir investir à la hauteur du talent de certains.
– Qu’importe ! Vous vous devez de redoubler d’efforts pour ces fiers artificiers ! Ce serait sinon un crime que de les retenir sous votre joug. Laissez-moi maintenant, je dois en informer un mien compagnon qui saura me prodiguer les conseils qui me réconforteront.

2è acte :
Cher ami,
Vous m’avez demandé quelques précisions quant à la naissance et à l’évolution des dénommés Emancer. Voici les informations dont j’ai pu avoir connaissance au prix de recherches qui, je l’espère, seront considérées par vous comme la marque d’une haute estime à votre égard et qu’il conviendra éventuellement de ne pas remercier uniquement par une simple manifestation d’affection platonique :
Sachez donc que, formé en 1996 par 3 jeunes norvégiens, le groupe – qui enchaîna très rapidement 2 démos en 97 et 98 – devint un duo après la sortie du premier album en 2001 (Utopian illusions). On m’a rapporté ce qui a pu être leur discussion suite au départ d’un tiers des membres fondateurs, je vous en livre ici la substantifique moelle :
– Gorbag : la scène norvégienne est précieuse et sûrement nous allons
désillusionner la scène norvégienne !
– Mithrin : ah si j’avais pour exprimer mon âme noire un pareil interprète !
– Gorbag : il me faudrait de l’éloquence malsaine !
– Mithrin : je t’en prête ! toi Gorbag, du charme physique et vainqueur, prête-m’en ! et à nous deux faisons un héros de roman noir.
Le pacte était scellé. La nouvelle entité ragaillardie s’empressa alors de composer successivement 2 albums : The human experiment (2003) et Invisible (2004). 3 albums, 3 labels différents. Visiblement ce n’est pas la stabilité qui les caractérise le plus, vous en conviendrez aisément avec moi. Ce 4è album répondant au doux nom de The menace within vit la formule du trio renaître, le groupe s’étant adjoint les services d’un chanteur voix claire. Malheureusement, il m’est d’avis que le groupe aurait nettement mieux fait de continuer sur sa lancée d’évolution institutionnelle en changeant à nouveau de label et enfin opter pour un choix plus judicieux.
Vous n’aurez sans doute pas manqué de remarquer comme moi la similitude de certaines ambiances avec celles que sont capables de créer un Dimmu Borgir période Spiritual black dimension, un And Oceans période The dynamic gallery of thoughts ou un Non Serviam (en plus extrême). Pour tout vous dire ce n’est pas mon style de prédilection et c’est ce qui explique en partie la tardiveté de ma réponse (en plus de l’incompétence de mon palefrenier) : black sophistiqué, novateur et tout le tralala, autant d’expressions abusivement usitées pour donner de la consistance à ce qui n’est généralement que vide et imprécision. Je me suis alors posé la question : pourquoi cet album attire-t-il votre attention plutôt qu’un autre, vous dont les goûts sont très proches des miens ? J’ai alors émis plusieurs hypothèses : en premier lieu, la voix. Je vous sais féru de vocaux plus rugueux et haineux que ceux de la plupart des groupes officiant dans la genre. En deuxième lieu, une base heavy dans les structures pleinement « assumée » et maîtrisée. Enfin, une variété de compositions permettant à chaque morceau de dégager un climat particulier, nulle place au vulgaire plagiat, ni à un quelconque remplissage. Pas d’ambitions non plus au-delà de leurs moyens sous forme de volonté de grandiloquence qui retomberait comme un soufflé pas assez cuit. Je pense que vous ne me contredirez pas sur tous ces points et saurez apprécier les modestes éclaircissements que vous aviez requis.
Croyez, cher ami, en l’assurance de mes sentiments les plus nobles.

3è et dernier acte :
Regardant la lune. Allons ne nous laissons pas envahir par le défaitisme, Emancer auront très probablement leur jour de gloire ! Un album aussi bien exécuté, inspiré et produit ne peut décemment rester confiné dans l’anonymat éternellement ! Un titre comme Bloodwhore, qui n’est pas sans rappeler les sonorités d’Isa d’Enslaved pour les parties atmosphériques et les fabuleux Dawn pour les parties proprement dark, ne peut laisser indifférent quiconque se proclame amateur de puissance mélodique ! S’il faut je leur dirai, moi, à tous ces misérables contre l’étroitesse d’esprit de qui je n’aurai de cesse de m’élever que, malgré un Disfigured divinity qui se ponctue par un passage ballade/heavy « à la Crematory » – pas forcément du meilleur effet à cause d’une voix claire approximative et de claviers relativement naïfs –, il convient de leur accorder une attention toute particulière. Car, lorsqu’il s’agit de crier à la face des précieux le talent de mes congénères je me bats, je me bats, je me bats !
Et quand je serai fatigué de toutes ces croisades, je rejoindrai la compagnie de ma fidèle complice dont le reflet illumine encore ce soir ce petit étang au sein duquel je finirai mes jours ; j’entendrai alors pour la millième fois cette petite voix qui m’aura si consciencieusement répété « c’est bien plus beau lorsque c’est inutile » et je partirai en pensant tout bas à ceux qui ne m’aiment pas :
Il ne vous reste qu’à jouir maintenant…

Rideau.

  1. enter goddamned cns
  2. volatile winter
  3. claustrophobium
  4. pallid eyes
  5. reclamation of merciless january
  6. bloodwhore
  7. disfigured divinity
  8. enticing defeat
  9. explicit repugnance (of dying)

Chroniqueur

Darkantisthène

Il est né, il a chroniqué, il est mort, aurait pu dire Heidegger si... j'étais mort, si Heidegger était vivant et s'il s'était intéressé à ma prose autant qu'à celle d'Aristote. Et il n'aurait pas été à une connerie près le père Martin parce qu'avant de chroniquer, et après être né, figurez-vous que j'ai vécu ; et écouté de la musique.

darkantisthene a écrit 276 articles sur Eklektik.

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4 Commentaires

  1. AlCheMist says:

    Élégant comme Céladon,
    Agile comme Scaramouche,
    Je vous préviens, chère rédaction,
    Qu’à la fin de l’envoi, Dark se touche !

  2. darkantisthene says:

    ah c’est cool t’as reconnu « on ne badine pas avec l’amour » ça fait plaisir

  3. vincent delerm says:

    t es un grand malade

  4. AlCheMist says:

    Les meupeu3 sont bien alléchants tout de même… merci pour la découverte !

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