The Austrasian Goat – The Austrasian Goat

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Style: black metalAnnee de sortie: 2007Label: I Hate

Comment justifier la vague black metal française ? La forêt norvégienne avait été créditée bien souvent comme source d’inspiration, de même que le folklore, pour justifier le son neigeux et froid des albums de la première époque. Darkthrone et Mayhem venaient d’un pays froid où l’on regarde mal les individus qui essayent de sortir de la masse. Il était donc normal que leur musique soit un rejet total de tout. Mais la France ? Est ce la tradition littéraire et philosophique ? Le rejet de l’accordéon et des chanteurs aux textes sociaux et engagés ? Ou tout simplement une brise d’inspiration venue des pays nordique qui est venue s’installer dans ce petit coin de terre sur laquelle nous vivons. Quoi qu’il en soit. La vague est là et continue à produire des artistes originaux. Les derniers albums de Deathspell Omega et Blut Aus Nord ont marqué les esprits de beaucoup de monde. De pays en pays l’étiquette black metal française est devenu une référence de qualité qui inspire la confiance des accros et the Austrasian Goat ne viendra pas ternir cette image de marque que notre gouvernement ferait mieux de reconnaître comme une part importante de notre exportation.

D’abord accroché dans mon esprit à Xasthur et sa dépression californienne lente et malsaine, the Austrasian Goat n’est finalement pas aussi proche de Malefic que j’aurais pu le croire après ma première écoute. La lenteur de la musique et les nappes de clavier sous-jacentes, s’échappant de derrière les guitares, sont des touches que les deux artistes partagent en commun, de même que la composition du groupe qui se résume à une seule et même personne pour tenir tous les instruments. Ce qui est par contre très différent de Xasthur, c’est l’émotion dégagée. Alors que Malefic hurle son désespoir, c’est bel et bien de la rage qui ressort des pores de ce disque. A tel point que l’on est loin d’un album déprimant, sombre et romantique mais proche d’une froideur technologique qui vous lave intérieurement de vos émotions. Ce disque est une purge tellement la musique et l’émotion est froide, sans pour autant tomber dans le malsain. La mécanique du rythme fait fortement penser à PHOBOS, un autre très bon projet unipersonnel français plus proche de Godflesh que de Mayhem. Le lien avec Godflesh se fait d’ailleurs aussi pour the Austrasian Goat à cause de la mécanique mais, aussi du sentiment d’évoluer dans un univers post industriel désolé que l’humanité aurait abandonné.

Plus proche de l’école Blut Aus Nord, période the Work which transforms god, que de Deathspell Omega ou de Antaeus, the Austrasian Goat peint une toile où se noient les nuances de gris dans un mur dense de guitares, d’électronique et de hurlements. Le genre de musique que les personnes qui n’aiment pas particulièrement ce qu’elles voient dehors apprécient pour accompagner leur trajet et donner une musique de fond à leur dégout. La reprise de Grief, « I hate the human race » résume bien l’émotion que dégage ce disque dans son ensemble. Alors, bon, forcement, si l’on désire entendre un peu de variation dans cette agglomération de grisaille, on sentira surement la lassitude pointer le bout de son nez vers le milieu du disque. Mais quand on aime les albums, voir même les artistes (je pense encore à Xasthur) qui dégagent chanson après chanson une esthétique propre, même si elle n’évolue que moyennement de plages en plages, alors ce premièr album conviendra fort bien pour vous accompagner pendant moins de trois quarts d’heure de musique. Pour un début, c’est un album très encourageant et un projet qui méritera d’être suivi avec attention. Si l’homme derrière ce pseudonyme réussit déjà aussi bien à jouer avec les nappes et les ambiances, que nous réservera la suite ?

  1. pyre without flames
  2. embrace of a green distress
  3. the banks of the shadow’s river
  4. the fall of everything
  5. i hate the human race
  6. silence is weapon
  7. black is not a colour
  8. river and fog
  9. unchained

Chroniqueur

Mathieu Lubrun

Hororo est chroniqueur depuis 2004 sur Eklektik, bibliothécaire de profession, passionné de musique (metal, jazz, hip hop, electro …) et de comics. Alcoolique de concert et de disques, bavard et effervescent dès qu’il rentre en contact avec un artiste qu’il apprécie. Contactez-le pour lui dire tout ce que vous voulez à son adresse personnelle xhororox [AT] gmail [DOT] com et/ou suivez-le sur Twitter.

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3 Commentaires

  1. Julien says:

    Très bon disque, ultra froid et linéaire mais c’est ce qui fait tout son charme !
    En tout cas la personne derrière tout ça est talentueuse (ya qu’à voir ce qu’il faisait avec Shall Not Kill) et ultra sincère et c’est le plus important…
    Sinon la version LP est magnifique…

  2. kollapse says:

    Bien bonne surprise que The Austrasian Goat, qui produit une musique qui se situe entre plusieurs eaux, joue avec les atmosphères sombres, délicates, ambiantes, industrielles pour un résultat malsain, hypnotique et plutot torturé. Excellent !

  3. mélanie says:

    une superbe version vinyl, avec une pochette differente du cd et sérigraphié paru chez solitude records.

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