Deathspell Omega – Manifestations 2000-2001 & Manifestations 2002

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Style: black metalAnnee de sortie: 2008Label: Northern Heritage

Cette chronique englobe deux disques séparés, Manifestations 2000-2001 et Manifestations 2002 dont le point commun est de regrouper une collection de chansons inédites ou précédemment parues sur différents formats afin que les fans complétistes de Deathspell Omega arrivés avec la sortie du monumental Si Monumentum Requires, Circumspice puisse retracer les origines de ce disque.

Toutefois, pour que les fans de longue date se repèrent et vérifient qu’ils n’ont pas déjà ces chansons quelque part, Manifestation 2000-2001 comprend les morceaux parus sur les splits partagés avec les allemands de Moonblood et un autre avec le français officiant sous le nom de scène de Mütiilation ainsi qu’un titre parut sur la compilation Black Metal Blitzkrieg. Quant à Manifestation 2002 il contient des morceaux qui auraient du paraitre sur une des compilations Crushing the Holy Trinity et sur un split avec Cantus Bestiae.

Deathspell Omega étant un groupe qui aime se disperser et avancer dans le silence médiatique le plus complet, cette compilation vient à point nommé pour tous les amateurs qui, comme moi, n’étaient même pas au courant de l’existence de ces titres. C’est à peine si quiconque semble être au courant de l’existence de ces compilations !

Deathspell Omega ayant franchi un pas entre l’underground black metal et l’underground metal et plus si affinités depuis la sortie de Si monumentum …, ces disques ont maintenant un public beaucoup plus large et le méritent amplement.

Que l’on ne se méprenne pas pour autant, le duo franco-ukrainien n’a pas accouché d’un disque aussi parfait par le plus grand des hasard. Auteur dans un premier temps de plusieurs très bons disques de black metal que l’on qualifierait presque de traditionnel en comparaison de la suite, il a fallu réfléchir et composer encore beaucoup pour atteindre le niveau que l’on connait aujourd’hui. Niveau qui est aussi du à un changement radical de production, délaissant le vent froid et glacé d’une distorsion sèche propre au lo-fi du genre et empruntant des instruments évoquant les bourrasques inhumaines qui résonnent dans les profondeurs.

Cette différence dans l’enregistrement et le mixage des morceaux y est pour beaucoup dans l’évolution qui marque ces deux disques de la suite. Sans le travail des samples et les accumulations de couches d’instruments, la frontière est mince jusqu’à l’échelon supérieur tant la production de Manifestation 2002 est une véritable révolution par rapport à celle sur Manifestations 2000-2001 et fait encore mieux ressortir les compositions dans leur plus grande noirceur. Dès le premier riff de « Insanity Supreme », les mélodies dissonantes et endiablées aujourd’hui reconnues comme la marque de fabrique du groupe sont apparentes. La musique se fait aussi beaucoup plus lente par moment que sur les titres de Infernal Battles et Inquisitors of Satan comme sur le « Yells from the Abyss » qui introduit le premier disque. Cependant, à l’image des titres aux thèmes encore très crus et beaucoup moins recherchés que ceux d’aujourd’hui (le temps a bien passé entre « Black Crushing Sorcery » et « Bleed them like Swine » pour en arriver à Chaining the Katechon ou « Carnal malefactor ») la mue n’est pas encore achevée.

Car, aussi réducteur que puisse paraitre une simple comparaison entre des titres de chansons, ceux-ci sont à l’image de la progression effectuée par le duo en quelques années. Musicalement, ce changement est surtout révélateur du point de vue rythmique. Entre ces Manifestations … et Si monumentum …, les accélérations à coup de caisse claire chères au black metal de Darkthrone ont disparu pour devenir beaucoup plus intense ou se moduler à l’instar de ceux de l’album Fuck the universe de Craft. Contrairement aux albums suivants, celles-ci pourraient encore être interprétées en concert par un groupe de black metal « normal ». Pourtant, Deathspell Omega n’a rien d’un groupe de black metal « normal » et inscrit déjà ici sa suprématie dans le milieu. Rien que le changement entre la fin de « Black Crushing Sorcery », à la fin de du premier volume et « Tyrants and Slaves » en introduction du deuxième est saisissant par la rupture au niveau de la production et du jeu des musiciens. Beaucoup plus précis, riche et intense. Beaucoup plus puissant et aussi plus sombre.

On touche alors à ce qui fait la force et aussi la faiblesse de ces chansons, de mon point de vue de fan accro aux derniers disques. Bien que ces deux Manifestation soient des disques de black metal agréables, ils ne retiennent pas autant mon intention que la suite. Encore trop proche des canons du genre pour ce qui est de Manifestations 2000 – 2001 et touchant du doigt l’absolu sur Manifestations 2002 pour un résultat cependant déjà formidable. Diaboliques mais, pas encore aussi démoniaques. Originaux mais pas aussi révolutionnaires et fantastiques. Intenses mais, dénués de la richesse et de la cohérence des albums concepts qui suivront. Ces disques, tout comme les titres de ces deux compilations souffrent juste d’être des rééditions de chansons précédent l’avènement d’une des pierres angulaires du black metal moderne, voir de la musique extrême en générale. Ceci étant dit, l’attrait de ces morceaux est aussi d’être justement des compositions intermédiaires entre le black metal traditionnel et la folie progressive d’aujourd’hui. Ces compilations éclairent donc beaucoup mieux la progression de Deathspell Omega tout en rendant accessible à un plus grand nombre des chansons qui méritent d’être entendues par les fans du groupe et du genre car, ils y trouveront toutes les marques d’un grand groupe marchant vers la gloire.

  1. manifestations 2000-2001
  2. insanity supreme
  3. for fire and void become one
  4. follow the dark path
  5. morbid rituals
  6. yells from the abyss
  7. black crushing sorcery
  8. manifestations 2002
  9. tyrants and slaves
  10. gloria – diabolus absconditus
  11. monument of hate
  12. monotonous ecstasy of death
  13. forever cold
  14. procreation epidemic
  15. bleeding them like swine
  16. alleluia!

Chroniqueur

Mathieu Lubrun

Hororo est chroniqueur depuis 2004 sur Eklektik, bibliothécaire de profession, passionné de musique (metal, jazz, hip hop, electro …) et de comics. Alcoolique de concert et de disques, bavard et effervescent dès qu’il rentre en contact avec un artiste qu’il apprécie. Contactez-le pour lui dire tout ce que vous voulez à son adresse personnelle xhororox [AT] gmail [DOT] com et/ou suivez-le sur Twitter.

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