Giant Squid – The Ichtyologist

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Style: Doomy post rock alternatif et progressifAnnee de sortie: 2009Label: Autoproduction

Metridium Field(s), précédent album de Giant Squid réédité en 2006 avait marqué mon année et squatté mon top et ma platine, dans un style pourtant bien difficile à définir (je vous renvoie d’ailleurs à la chronique de cet album pour davantage d’infos).
The Ichtyologist est le nom de la suite qui nous arrive en ce début d’année 2009 et avec lui son lot de changements qui s’inscrivent tout de même (heureusement) dans une certaine continuité.
Le plus important des changements connus par le groupe entre ces deux épisodes, est certainement à mettre sur le compte du départ de Aurielle consécutif à son divorce avec Aaron Gregory, la tête pensante du groupe texan. Je ne m’aventurerai pas à tenter de psychanalyser le leader de Giant Squid à travers ce nouvel album en examinant notamment les différences avec le précédent qui pourraient traduire une évolution de son état d’esprit en lien avec cette évolution de sa vie privée, l’exercice s’avèrerait certainement aussi fumeux que vain.
Quoi qu’il en soit, ce qui frappe d’entrée, c’est que ce nouvel album du Calamar géant apparaît (peut-être paradoxalement) moins sombre et mélancolique que le précédent.

Sans aller jusqu’à parler d’un album joyeux, il est pourtant assez surprenant de constater dès le premier titre de cet Ichtyologist, la présence de cuivres, trompette exactement, qui donne une coloration presque mexicaine à certains passages. Loin d’être une critique, et passée la surprise frontale, le résultat est un ravissement tant par son originalité que par sa mise en œuvre et se réalisation habiles.

Le 2ème titre « La Brea Tar Pits », tout aussi excellent, est probablement celui qui se rapproche le plus de ce qu’on avait été habitué à entendre de ce groupe sur son précédent album (avec « Blue Linckia »). Plein de contrastes entre lourdeur, et légères mélodies, il emporte facilement l’auditeur. C’est aussi dès ce 2ème titre que l’on retrouve deux éléments importants et même cruciaux de ce deuxième album, la présence du violoncelle joué par Jackie Perez Grantz (Grayceon) dont le rôle prépondérant s’incarne outre dans son instrument, dans sa grande présence vocale tout au long de l’album. Le groupe confirme ainsi sa marque de fabrique autour de cette dualité vocale aussi complémentaire que réussie. Le timbre de Aaron Gregory évoquera toujours autant celui de Serj Tankian (System of a Down) pour le meilleur ou pour le pire, selon vos goûts pour la voix du chanteur d’origine arménienne, tandis que celui de Jackie Perez reste assez proche de celui d’Aurielle, doux, cotonneux, sans emphase excessive, parfaitement adapté aux tonalités doucereuses de beaucoup de morceaux.

Je parle de violoncelle mais il faut évoquer dès maintenant la présence de nombreux autres instruments, saxo, banjo, violon, flûte, et j’en passe, qui confirment là encore l’ambitieuse richesse instrumentale voulue dès le premier album, mais alors moins aboutie et qui prend ici tout son sens (et qui accessoirement évoque très ponctuellement The Ocean sur les titres les plus plombés, la voix agressive en moins). Cette richesse instrumentale rend la musique de Giant Squid encore plus difficilement étiquetable qu’elle ne l’était alors, gardant un pied dans le métal, tout en ouvrant son champ au rock progressif, au rock indépendant, et au doom/sludge lors des quelques passages lourds qui sont, on l’a dit, nettement en retrait par rapport à Metridium Field(s) (même si un titre comme « Dead Man Slough » se termine sur un rythme lourd familier).

Un autre changement tient à l’apparition de colorations un peu exotiques, mexicaine, voire turque (?) sur « Throwing a Donner Party at Sea » et du même coup d’un côté un peu barré, fou-fou, qu’on ne connaissait pas au groupe jusque-là, mais qui lui sied à ravir. D’autant plus que ce dernier morceau affiche un contraste vocal étonnant et assez génial entre le timbre de Gregory et la voix de Karyn Crisis (du groupe …Crisis) dont les hurlements à la limite du black font leur effet et ajoutent au côté décalé, presque second degré du morceau. Vraiment un moment fort de l’album, ce morceau est suivi par un autre, « Sevengill », un titre doux, pour le coup assez mélancolique appuyé par une flûte aux accents prog seventies, dont une autre particularité est d’accueillir en plus du duo vocal habituel, la brillante hollandaise Anneke Van Giersbergen (The Gathering) pour une prestation lumineuse qui la voit donner la réplique à un Gregory littéralement habité, tandis que les deux compères sont alors accompagnés par une rythmique plombée.

La découverte, la variété et les surprises continuent alors que l’album égrène ses titres. Difficilement descriptible on l’a dit, la musique de Giant Squid, plus riche et ambitieuse que jamais, devient du même coup plus passionnante que jamais.
D’abord dérouté (et disons-le franchement, déçu à la première écoute) par cet album aux accents surprenants, j’en suis désormais complètement accro, et The Ichtyologist est bien parti pour figurer dans mes albums de l’année, réitérant la performance du premier album. Plus abouti, plus profond, plus beau, cet album est encore meilleur que le précédent. Un comble de penser qu’un tel bijou (produit par Matt Bayles qui a déjà produit Soundgarden, Isis, ou Mastodon) reste pour le moment cantonné à une distribution très limitée : l’album tiré à seulement 1000 exemplaires (numérotés) est pour le moment vendu et expédié directement par le groupe via son Myspace… Nul doute qu’un label saura rapidement se saisir du calamar pour faire connaître la délicieuse paella proposée par le groupe avec ce superbe The Ichtyologist que l’on réservera cependant aux curieux et aux plus ouverts d’esprit.

  1. panthalassa (lampetra tridentata)
  2. la brea tar pits (pseudomonas putida)
  3. sutterville (vibrio cholerae)
  4. dead man slough (pacifastacus leniusculus)
  5. throwing a donner party at sea(physeter catodon)
  6. sevengill (notorynchus cepedianus)
  7. mormon island (alluvial au)
  8. blue linckia (linckia laevigata)
  9. emerald bay (prionace glauca)
  10. rubicon wall (acipenser transmontanus)
krakoukass

Chroniqueur

krakoukass

Co-fondateur du webzine en 2004 avec Jonben.

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4 Commentaires

  1. booboo29 says:

    Un album somptueux tout simplement…

  2. wakos says:

    Excellente chronique qui résume parfaitement cet album qui va peut-être en déconcerter plus d’uns durant les premières écoutes, mais qui s’avère vite être une expérience unique. Un très grand album…

  3. mr.hutz says:

    Ca fait très Grayceon tout ça. Il aura sa chance allez!

  4. drommk says:

    un chef d’oeuvre

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