Découvre un groupe qui tue : Barishi

2 Commentaires      2 716
Style: Melting Pot en diableAnnee de sortie: 2016Label: Season of Mist

Si vous êtes comme moi, il est probable que vous n’ayez jamais entendu parler de Barishi, ce groupe américain formé en 2012 dans le Vermont, et qui sort cette année son 2ème album chez Season of Mist : Blood from the Lion’s Mouth. Or il se trouve que cet album, et plus généralement ce groupe m’ont mis une claque pas possible, claque accentuée par la découverte des deux autres réalisations du groupe précédant ce nouvel album.

Je vous propose donc un petit passage en revue de ces réalisations qui valent le détour, même s’il est à craindre que le groupe risque de pâtir de la difficulté à le catégoriser et à le faire rentrer dans des cases précises. Trouvera-t-il son public? On est en droit de se poser la question… En tout cas personnellement je suis plus que conquis et les 2 albums et l’EP à leur actif tournent en boucle depuis plusieurs semaines.

Une seule adresse pour écouter tout ça (et choper gratos l’EP en name your price), le bandcamp du groupe :

https://barishi.bandcamp.com/album/endless-howl-ep

barishi-st

BarishiBarishi (2013)

Découvert en 2016 avec leur 2ème album longue durée, Barishi m’a donc offert la joie de la découverte à rebours de l’EP de 2015 (excellent aussi mais on y arrive) ainsi que de ce premier album un peu différent de la suite de la discographie des américains. Plus progressif (avec des titres faisant la part belle à l’instrumental comme « Exhibiche » ou le presque bluesy « A Place that Swallows All Rivers » qui mettent en avant les talents -bien réels- du guitariste Graham Brooks), moins agressif, avec du chant clair qui disparaîtra totalement des œuvres suivantes du groupe, la patte de Barishi est néanmoins bien là et transporte efficacement, pourtant toujours aussi difficile à catégoriser clairement.

On notera la présence sur quelques titres d’un saxophone très yakuzaien. Même si je garde une préférence pour l’EP et l’album suivants, voilà un excellent premier album qui introduit en 2013 un groupe original et talentueux, avec en particulier un chanteur assez redoutable (l’acrobate Sascha Simms qui illustre cet article), dont le timbre rappelle dans ses élans les plus brutaux, celui du chanteur d’Extol et celui d’Atheist comme sur « The Rider » qui préfigure déjà pas mal l’orientation future du groupe. Lorsqu’il fait parler son chant clair c’est à nouveau Yakuza et Bruce Lamont qui vient en tête, comme sur le démarrage très mélodique de « Through Mountains, Through Plains » avant que le titre ne prenne une coloration plus death à la Atheist, pour mieux revenir vers quelque chose de plus prog/stoner. On retrouve plus loin ce chant clair un peu fragile, sur le conclusif « Jaguar Scarification Ritual ». Changeant, imprévisible, mais qualitativement au point du début à la fin, cet album est déjà un ravissement et une réussite majeure pour un groupe qui en avait alors encore pas mal sous le pied.

 

barishi-endless-howlBarishiEndless Howl (2015)

Je le disais, la faiblesse de Barishi est aussi sa plus grande force : la difficulté à catégoriser sa musique, entre death, rock, progressif, fusion, hardcore et j’en oublie… Cet EP qui suit un premier album un peu différent, contient 4 titres tous plus excellents les uns que les autres comme le fabuleux « Smoke from the Earth » qui montre bien que le groupe honore d’abord la partie instrumentale, le chant hystérique au possible n’intervenant que ponctuellement pour accentuer la tension épique du morceau. Le tournoyant et très violent « Snakeboat » laisse pour sa part l’auditeur chancelant et conclut brillamment les 18 minutes de ce Endless Howl, qui passent malheureusement bien trop vite… Peut-être le meilleur EP paru en 2015, je n’aurais pas détesté retrouver ces 4 morceaux sur le 2ème album du groupe, puisque ce Endless Howl n’a jamais bénéficié d’une sortie physique.

 

barishi-blood-from-the-lions-mouthBarishiBlood from the Lion’s Mouth (2016)

Certains en parlent comme d’une bouffée d’air frais pour le black metal (??), d’autres comme d’un mélange de death et de sludge, d’autres encore parlent de fusion, de rock alternatif, ou d’influences psychédéliques… Sans parler de Season of Mist eux-même qui nous collent un sticker annonçant que l’album de Barishi serait à recommander aux fans de Mastodon, Baroness, ou Russian Circles. Ils ont tous tort et raison à la fois, tant les américains semblent encore s’appliquer à brouiller les pistes et à tout faire pour rester inclassables. Si je devais me plier aussi à l’exercice, j’évoquerais une fusion entre la modernité d’un Extol, le côté prog (sans les incursions jazzy) d’un Intronaut ainsi que l’approche dans certains riffs qui peut rappeler un vieux Mastodon. On pourrait aussi trouver quelques touches de Baroness en effet, dans certains solos fumeux qui sonnent un peu retro (par exemple sur « The Great Ennead » ou « The Deep »). La pochette (à mon sens assez inappropriée) signée Brian Mercer (Lamb of God, Black Tusk…) entretient aussi le parallèle avec cette scène. Enfin la voix de Sascha Simms et le fait que la musique sonne parfois comme de la musique instrumentale composée sur guitare sèche et amplifiée par la suite, m’évoquent parfois le death metal « acoustique » du Sweven de Morbus Chron (un des albums dont je ne me suis pas encore vraiment remis). On pourrait aussi imaginer Inter Arma revenant à des formats de morceaux plus ramassés, délaissant le doom pour une efficacité décuplée.
Tout cela est encore loin d’être pleinement satisfaisant mais permet peut-être de donner une idée de la bête, idée qui ne sera jamais aussi claire qu’en écoutant tout simplement ce disque. Et ça n’aura rien d’une corvée qu’on se rassure, puisque cet album est excellent.
Certains passages bien brutaux renvoient aux influences death metal du groupe, pas forcément évidentes au démarrage, mais plutôt difficiles à louper par exemple sur l’excellent « Master Crossroads, Baron Cemetery ».
J’évoquais la base instrumentale du groupe, même si c’est peut-être un peu moins le cas sur Blood from the Lion’s Mouth que sur le premier album éponyme qui contenait encore plus de passages instrumentaux. Mais un morceau (le meilleur de l’album à mon humble avis) comme « Death Moves in Silence » sur lequel le chant de Sascha n’intervient qu’au bout de 2 minutes, illustre bien cette domination de l’instrumental. Ce bon Sascha oeuvre d’ailleurs sur cet album dans un registre exclusivement braillé, ce qui ne me pose personnellement aucun problème tant j’aime son timbre de voix mais qui pourrait en gêner certains qui préféraient peut-être qu’il s’adonne par moments à du chant clair comme il le faisait sur le premier album du groupe. Blood from the Lion’s Mouth est au final un album peut-être moins varié que le premier album du groupe, mais n’allez pas en conclure qu’il soit moins abouti : « The Deep » (sur plus de 9 minutes) sur lequel le groupe déploie l’intégralité de son savoir-faire avec des passages purement prog ou planants (avec moult solos qui sonnent presque stoner), saura rassurer l’auditeur et semble au contraire indiquer que Barishi a peut-être bien trouvé sa voie.
Quoi qu’il en soit cet album est une insolente réussite, originale et prenante du début à la fin et se positionnera aisément dans le top annuel de cette année.

krakoukass

Chroniqueur

krakoukass

Co-fondateur du webzine en 2004 avec Jonben.

krakoukass a écrit 901 articles sur Eklektik.

Up Next

Groupes cités dans la chronique

2 Commentaires

  1. Grrric says:

    Whoo la claque ! Merci pour la découverte !

  2. Jimmy Jazz says:

    J’attaque l’album éponyme et c’est le panard. Merci.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *