Primordial – Exile Amongst the Ruins

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Style: dark/celtic/folk/pagan metalAnnee de sortie: 2018Label: Metal Blade

On ne va pas se mentir : on sait tous que To the Nameless Dead sorti en 2007 par les irlandais de Primordial, est et restera probablement leur magnum opus (certains citeront The Gathering Wilderness, ce que je ne peux cautionner et à titre personnel si match il y a ce serait avec le monstrueux Spirit the Earth Aflame). Un album d’une rare intensité, mélodique, épique et beau à pleurer un poing levé, et la main sur le coeur.

Depuis ce grand moment où Primordial a touché une large audience metal, le groupe tente de rester dans la course, et même si son style relativement unique (et toujours compliqué à décrire précisément le groupe flirtant avec le folk sans qu’on puisse jamais vraiment les affilier à ce genre, sur une base dark metal dira-t-on pour faire simple) en fait un groupe inégalé et inégalable dans son genre, il est bien difficile de proposer des moments aussi forts que « As Rome Burns » ou « Empire Falls » pour ne citer que deux brûlots d’un album qui ne contient que ça. La sortie de ce nouvel album m’a permis de me replonger dans les derniers albums que j’avais un peu trop survolés lors de leur sortie, n’arrivant pas à les détacher de leur illustre grand frère et à les juger pour ce qu’ils sont vraiment. J’ai aujourd’hui une réelle sympathie pour Redemption at the Puritan’s Hand que je qualifierais de très bon, et je peux aujourd’hui affirmer que le suivant Where Greater Men Have Fallen est en revanche le moins bon album de la carrière des irlandais (avec Storm Before Calm, un album que je ne parviens toujours pas à cerner, malgré un élan et une violence appréciables). Si l’occasion se présente et le temps m’est donné de le faire, il faudra à l’occasion chroniquer ces 2 albums pour bien prendre le temps d’expliquer ce qui va chez le premier et ce qui ne va pas chez le dernier.

Mais venons-en à ce nouvel album Exile Amongst the Ruins. Il serait facile de se faire berner par la première écoute pour faire de prime abord le même constat que sur les deux précédents albums : non Primordial ne retrouve pas ici non plus le niveau d’intensité et l’epicness de To the Nameless Dead. Il est donc évidemment un album qualitativement inférieur. Pour autant il est aussi à mon sens le meilleur album des irlandais depuis To the Nameless Dead, et il mérite de prendre le temps de le découvrir au fil de multiples écoutes.

Comme toujours avec Primordial, le groupe sait frapper fort d’entrée. « Nail their Tongues » et « To Hell or the Hangman » sont ainsi des putains de pépites qui viennent directement s’ajouter aux meilleurs titres écrits par le groupe. Le premier présente une approche frondeuse et guerrière très classique mais irrésistible, du Primordial pur jus, parfaitement réussi, avec des élans black, double pédale et vocaux à l’avenant. Sans aucun doute le titre le plus violent de l’album et le plus connecté au passé du groupe. Le groupe va alors se dépêcher de casser ce rappel au passé, et sortir de son cadre habituel avec un « To Hell or the Hangman » beaucoup plus atypique avec sa rythmique sautillante, presque dansante, qui domine pendant l’intégralité du morceau et a vite fait de se retrouver aussi jouissive que contagieuse. Pour l’anecdote, Averill y chante un passage dans une langue qui n’est pas de l’anglais tel qu’on le connait, mais que je n’ai pas encore réussi à identifier (s’agirait-il de gaélique irlandais?), et on en redemanderait tant cela participe de l’originalité et du côté « traditionnel » (au sens proche de ses racines) du groupe, le tout étant renforcé par les choeurs discrets mais ponctuellement présents qui contribuent à l’installation de la primordiale et subtile atmosphère distillée par le groupe.

C’est alors (comme souvent aussi chez Primordial) qu’il faut s’accrocher et donner le temps au disque pour saisir que ce qu’on peut de prime abord prendre pour un creux dans le disque, sur les 3ème et 4ème titres, n’en est pas réellement un, mais plutôt un changement de ton. « Where Lie the Gods » peut en effet donner le sentiment de faire retomber le soufflet (d’autant plus qu’il dure plus de 9 minutes), mais il serait injuste de ne pas percevoir la beauté d’un titre, certes plus apaisé et moins original que celui qui le précède, mais sur lequel Averill, en énorme frontman et chanteur qu’il est toujours indubitablement, fait une nouvelle fois montre de son savoir-faire et de sa capacité à mettre ses tripes sur la table. Il est suivi d’un autre titre dans la même veine, et c’est peut-être là aussi l’erreur commise par le groupe, puisqu' »Exile Amongst the Ruins » est également un titre apaisé au tempo plutôt mid/low, et aussi à mon sens certainement le titre le plus faible de l’album. Loin d’être mauvais, mais on y retrouve pas forcément toute la magie qu’on attend et qu’on a une fois encore bien perçu sur les deux premiers titres et ce malgré un très beau passage de guitare à 5min10 environ, calme, mais menant à un crescendo plutôt réussi.

Qu’on soit clair, techniquement, le groupe est toujours monstrueux, qu’il s’agisse des guitares de MacUiliam, la batterie de O’Laoghaire ou même la basse bien présente et audible de MacAmlaigh. Inutile de parler de Alan Averill (Nemtheanga) sans tomber dans les dithyrambes habituelles (mais méritées) récoltées par ce qui est certainement l’un des plus grands frontmen et chanteurs en activité sur la scène metal.

Et les irlandais vont le prouver en faisant remonter net le niveau avec un titre sublime, certainement le meilleur de l’album, un titre qui fait jeu égal avec les meilleurs du groupe. « Upon our Spiritual Deathbed » contient en effet tout ce qu’on attend du groupe. Dès les premières notes, difficile de ne pas se sentir bouleversé par les mélodies complétées du chant d’Averill, sur un tempo qui retrouve la fougue qu’on aime chez ce groupe, et surtout une ambiance épique et guerrière dont le groupe a le secret. C’est simple ce titre aurait pu atterrir sur To the Nameless Dead et fait jeu égal à mon sens avec les meilleurs titres de cet album. Après un tel point d’orgue, la tension va forcément rebaisser mais le niveau va rester haut, qu’on se rassure. Ce qui suit n’est rien de moins qu’une superbe balade, « Stolen Years » aussi poignante que magnifique, sur laquelle Averill va savoir rester dans un registre sobre, il faut dire que ce titre avait d’abord été écrit pour figurer sur l’album dans une version instrumentale (il figure d’ailleurs comme tel sur la version limitée de l’album) mais Nemtheanga a insisté auprès de MacUiliam et a obtenu gain de cause pour poser son organe dessus. Là encore on perçoit toute l’authenticité et l’engagement de Primordial, en tant que groupe qui a toujours sonné « vrai », mais on perçoit aussi de façon peut-être plus directe que jamais la mélancolie qui a toujours subtilement imprégné la musique du groupe.

Concernant Nemtheanga, on appréciera tout particulièrement de le retrouver impérial dans tous ses registres, allant même jusqu’à quelques élans black bienvenus (dès « Nail their Tongues ») car pour ma part j’apprécie autant sa facette de chanteur « pur » avec ce phrasé caractéristique, que sa facette la plus sombre. Et n’oublions pas que Primordial vient du black/pagan, et l’on ne peut que se satisfaire que le groupe n’ait pas décidé de tourner complètement le dos à ses origines, même si évidemment la portion restante de black metal dans sa musique est aujourd’hui bien congrue.

« Sunken Lungs » va revenir sur un tempo sautillant, une ambiance plus guerrière, navale même (les bruits de vague aidant), on s’y croirait, même si le titre manque peut-être de moments forts, et ne peut au final soutenir la comparaison avec le monstrueux « To Hell or the Hangman » malgré une intensité qui grimpe fort à partir des 5 minutes.

Enfin « Last Call » vient clore le bal, faisant jouer ses variations 10 minutes durant, sur une mélodie qui fera office de ligne conductrice, avant un final explosif et parfait (agrémenté de choeurs discrets qui accompagnent Averill) de ce nouveau péplum intelligent et parfaitement mené par les irlandais qui sonnent toujours tellement vrais et authentiques.

Chronique fleuve pour au final conclure que même si Exile Amongst the Ruins ne peut détrôner To the Nameless Dead, il est encore un témoignage énorme de la capacité du groupe à imprégner sa marque dans sa musique qui reste parfaitement identifiable, et contient toujours ce souffle épique ainsi que cette ambiance si particulière que seul Primordial est capable d’installer et ce, sans jamais verser dans le folk merdique et facile. Et ce 10ème album d’apparaître au final, et après de multiples écoutes (nécessaires pour révéler la finesse des arrangements qui mérite d’être encore saluée), comme un des plus réussis de la carrière du groupe et d’ores et déjà l’un des albums de l’année qu’il ne faudra pas oublier lorsque fleuriront les palmarès de fin d’année. Primordial reste bel et bien primordial.

Tracklist :

1 – Nail their Tongues

2 – To Hell or the Hangman

3 – Where Lie the Gods

4 – Exile Amongst the Ruins

5 – Upon our Spiritual Deathbed

6 – Stolen Years

7 – Sunken Lungs

8 – Last Call

krakoukass

Chroniqueur

krakoukass

Co-fondateur du webzine en 2004 avec Jonben.

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