Napalm Death – Throes of Joy in the Jaws of Defeatism

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Style: Grind NapalmienAnnee de sortie: 2020Label: Century Media

Cela faisait bien longtemps que Napalm Death n’avait pas laissé passer autant de temps entre deux albums, puisque ce nouvel album déboule 5 ans après le précédent (l’excellent Apex Predator – Easy Meat). Le groupe avait néanmoins su occuper la scène et rester dans l’esprit de ses fans, avec la sortie en 2018 d’une énorme compilation de b-sides et autres morceaux figurant jusque-là sur des compilations ou des versions spéciales de leurs albums (Coded Smears and More Uncommon Slurs). Il nous a également régalé en début d’année 2020 en sortant un inédit en mode « single », le formidable « Logic Ravaged by Brute Force » qui présentait le groupe sous son jour le plus mélodico subtile, en mode Napalm Death plays Killing Joke. Ce morceau, complété d’une non moins excellente reprise de Sonic Youth (« White Cross » rebaptisée « White Kross »), m’avait bien laissé sur ma faim en raison de sa brièveté mais m’avait donné l’espoir que le groupe allait suivre la voie empruntée sur ces deux titres sur son prochain album. A noter tout de suite que le premier de ces morceaux ne figure pas sur le nouvel album qui sort donc en ce 18 septembre 2020 (mais on devrait a priori retrouver la reprise de Sonic Youth en bonus track de l’édition limitée), ce qui donnait déjà une indication sur la volonté du groupe de faire de ces deux morceaux des cas particuliers à distinguer de son futur album, de même peut-être que cette pochette que l’on peut rétrospectivement interpréter comme une annonce plutôt claire sur l’absence de concessions à attendre. Cette pauvre colombe en fait les frais.

Et comme pour confirmer cet état de fait et immédiatement doucher nos espoirs de voir ND revenir à une facette plus mélodico-indus, ce sont deux ogives de grind purement napalmiennes que l’on se prend dans les esgourdes au démarrage de l’album, avec « Fuck the Factoid » et « Backlash Just Because ». Même si ces morceaux sont plutôt « convenus » en terme d’approche, la qualité est néanmoins toujours au rendez-vous avec Napalm Death. Et sur les 42 minutes et quelques que dure l’album, on retrouvera heureusement bien davantage de contraste que ce que l’on aurait initialement pu anticiper sur la seule base de ces deux titres. On aura donc ni un album 100% grind à 200, ni un album 100% indus/groove, mais bien un mélange des deux approches. Un contraste « habituel » pourrait-on dire, Napalm Death a pris l’habitude depuis plusieurs albums de gérer ses effets en évitant l’overdose d’ultraviolence grind, et c’est d’ailleurs pourquoi il reste l’un des plus intéressants ambassadeurs de ce style même si l’effet de surprise n’est à l’inverse pas au rendez-vous ce qui peut décevoir les blasés du style ND.

Ainsi, alors que « That Curse of Being in Thrall » démarre une fois de plus sur les chapeaux de roue, le groupe introduit sur la deuxième moitié du titre un break salutaire, avec des chœurs puissants qui viennent calmer le jeu et mettre l’accent sur la face sombre du groupe. « Contagion » prend la suite, dans une veine similaire, avec un refrain quasi mélodique typique de ND enchaîné à un passage bien bourrinant. Efficace et suffisamment varié pour convaincre sans peine les amateurs du groupe. « Joie de ne pas Vivre » va encore plus marquer la fracture avec un titre qui semble être chanté par Shane Embury qui hurle comme un damné et crache ce refrain simple « Joie de ne pas Vivre » sur une musique plus indus et sombre que jamais. Une vraie curiosité dans l’album à défaut d’être un titre particulièrement marquant. L’incantatoire « Invigorating Clutch » appuie pour sa part sur la face sombre du groupe, avec son tempo lent et ses chœurs flippants.

« Zero Gravitas Chamber » et « Fluxing of the Muscle » se montrent un peu plus groovy, moins grind bas du front tout en restant du Napalm Death pur jus, sans grande prise de risque mais toujours avec l’efficacité qu’on leur connaît, et également les qualités techniques qu’on attend (avec en particulier les vocaux toujours aussi habités et féroces de Barney).

Il faut finalement attendre « Amoral » pour voir enfin le Napalm Death killing jokien s’exprimer et rappeler avec bonheur « Logic Ravaged by Brute Force ». Sans problème le meilleur morceau d’album, et une nouvelle bonne raison de regretter que les anglais n’aient pas choisi de livrer un album qui explore encore plus cette facette qui leur va si bien. Au contraire le morceau titre introduit par les cris de Barney, marque le retour au style grind pied au plancher du Napalm Death le plus énervé, et l’agression se poursuit sur « Acting in Gouged Faith » avant que « A Bellyful of Salt and Spleen » vienne clôturer l’album dans un genre « indus/ambiant » pas forcément follement intéressant.

Au final, l’album laisse un peu circonspect malgré une qualité globale indéniable. Le mélange des approches, les contrastes bien gérés derrière un style global qui permet de reconnaître immédiatement Napalm Death n’empêchent pas de regretter que les anglais ne décident pas enfin de prendre le risque de sortir un album « différent », explorant en particulier cette facette killing jokienne qui nous ravit à chaque fois qu’ils s’y aventurent. La prochaine fois peut-être ?

Tracklist :
1 – Fuck the Factoid
2 – Backlash Just Because
3 – That Curse of Being in Thrall
4 – Contagion
5 – Joie de ne pas Vivre
6 – Invigorating Clutch
7 – Zero Gravitas Chamber
8 – Fluxing the Muscle
9 – Amoral
10 – Throes of Joy in the Jaws of Defeatism
11 – Acting in Gouged Faith
12 – A Bellyful of Salt and Spleen

Morceaux bonus figurant sur l’édition limitée mediabook : « Feral Carve-Up », « White Kross » (Sonic Youth cover) et « Blissful Myth » (Rudimentary Peni Cover)

krakoukass

Chroniqueur

krakoukass

Co-fondateur du webzine en 2004 avec Jonben.

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Commentaire

  1. RBD says:

    En première approche je trouve ce disque en bonne continuité avec le précédent et confirmant un changement pour le meilleur. C’est un album à l’inspiration plus dense que jamais, agressif comme jamais et pourtant varié. Craignant sur la foi du dernier concert (le dernier aussi avant le confinement) un virage mélodique trop marqué, j’ai été heureusement rassuré sur pièces. Ceci mêlé au rapprochement de la vieille influence Indus déjà aperçue par le passé, il est logique de citer Killing Joke qui était déjà une influence majeure du groupe, même si on ne le dirait pas, au milieu des années 80 quand ND rassemblait une bande de collégiens dont aucun n’en fait plus partie depuis très longtemps. Bref, je crois que cet album va tourner un moment.

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