Till Lindemann – Zunge

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Style: R+Annee de sortie: 2023Label: ??

Enregistré il y a déjà de nombreux mois semble-t-il, ce premier album signé en son nom propre (entier) par Till Lindemann (sans son acolyte suédois Peter Tägtgren avec lequel il avait signé deux albums sous le nom de… Lindemann, ça va vous suivez ?) sort dans un contexte bien particulier puisque le chanteur de Rammstein de 60 ans a fait les gros titres de l’actualité musicale suite à plusieurs plaintes contre lui pour violence sexuelle. Une promo dont on imagine qu’il se serait bien passé pour la sortie de Zunge à moins bien sûr qu’elle renforce son aura sulfureuse sur laquelle il souhaiterait peut-être surfer, qui sait ? Car on ne s’étonnera qu’à moitié que de telles affaires sortent, il était assez facile de déceler dans son attitude de clown triste et cette omniprésence du sexe dans les paroles du groupe que le personnage n’était probablement pas un parangon de vertu. De là à se laisser aller à ce genre d’attitudes répréhensibles il y a bien sûr un (grand) pas mais la justice semble l’avoir pour le moment blanchi… On se contentera donc de constater que l’homme sort avec ce Zunge (titre qui signifie… « Langue », on reste dans son registre de prédilection, et on n’a pas encore parlé de « Lecker »…), un album qu’il aurait finalement pu sortir avec ses accolytes sous le nom de Rammstein, puisque ces 11 titres contiennent à peu près tout ce que les fans du groupe allemand attendent et espèrent y trouver (idem pour les clips d’ailleurs, dont le premier pour « Zunge » est d’ailleurs bien dégueulasse… à moins bien sûr que vous preniez du plaisir à voir quelqu’un se faire coudre les lèvres bien sûr…).

Plus précisément on trouve donc sur Zunge une alternance de titres mélancolico-bourrins typiques comme l’introductif « Zunge » ou le très bon « Übers Meer » (et ses choeurs typés amérindiens), et de pralines électronico-martiales (honnêtement irresistibles quand on aime Rammstein) comme le monstrueux « Sport Frei ». 11 titres qui peuvent tous à un moment ou un autre en évoquer un signé Rammstein, ce qui n’est à la fois pas une surprise ni un problème tant que la qualité est au rendez-vous. Et elle l’est effectivement. Les guitares martiales sont de la partie, accompagnées souvent de rythmiques électroniques, plus modernes et actuelles (voire proches de la synthwave) que les synthés parfois datés qu’utilisait Peter Tägtgren sur les deux albums de Lindemann. Vocalement Till est toujours aussi impeccable, sans le moindre rival sérieux dans le genre à mon sens, il se lâche complètement en variant les registres, classique, allumé/dégueulasse (« Lecker »), martial/brutal et enfantin à la fois (« Alles für die Kinder ») quitte même parfois à habiller sa voix d’effets comme il avait déjà pu le faire avec l’auto-tune déjà utilisé sur « Lügen » sur le dernier album en date des allemands (l’excellent Zeit) et réutilisé ici sur le bien lourd « Nass ».

Il n’y a guère que la ballade dégoulinante piano/voix « Selbst Verliebt » dont on irait contester l’utilité autant que la qualité (heureusement le titre dure à peine 2min50), car le reste des titres est franchement réussi, tout à fait dans la droite ligne de ce que les fans de Rammstein peuvent attendre comme je l’écrivais au début. Au contraire de la précitée,  « Tanzlehrerin » est une ballade qui ferait partie des meilleures du combo allemand si elle était signée Rammstein, en raison de son instrumentation et de ses sonorités espagnoles qui rappellent presque le grand Rome de Flowers from Exile tandis que « Du Hast Kein Herz » ou « Schweiss » rappelleraient quasiment la période Sehnsucht (comme la pochette un peu?).

On n’oubliera pas de mentionner la blague du ghost track que l’on trouve après « Selbst Verliebt » soit sur le dernier titre à 3min20 : une horreur tyrole emblématique des pires choses que l’Allemagne peut produire avec un synthé dégueulasse qui passerait presque pour un titre de Noël pour sonoriser le marché de Noël de Strasbourg si Strasbourg voulait faire plaisir à ses voisins allemands. Une blague donc, qu’on écoute une fois en rigolant (pour la voix particulièrement aigue de Till sur la fin du titre, à moins qu’il s’agisse d’un invité??) mais qu’on évitera de se remettre, ça tombe bien puisqu’on n’a pas spécialement envie de réécouter non plus « Selbst Verliebt » dont on a parlé avant…

Au final ce premier album officiel en tant que Till Lindemann devrait selon toute vraisemblance régaler les fans de Rammstein qui retrouveront tout ce qu’il leur plaît dans la musique de leur groupe préféré, s’ils arrivent bien sûr à faire abstraction de l’actualité du moment peu flatteuse pour la personnalité du Sieur Lindemann…

Si vous envisagez carrément de vous procurer un exemplaire physique de cet album je vous souhaite bon courage, Universal ayant semble-t-il rompu le contrat de Lindemann justement en raison de cette actualité déplorable. Le CD (qui semble être la seule version physique sur laquelle on retrouve le titre « Ich Hasse Kinder » sorti il y a déjà plusieurs mois) semble introuvable dans son édition standard (l’édition limitée étant sold out depuis longtemps je suppose) pour le moment, mais devrait si nos infos sont exactes, être vendu sur la tournée de Lindemann qui a démarré à Prague le 22 novembre et passera par Paris le 20 décembre. Seul le vinyle est disponible à l’heure où j’écris ces lignes directement sur le site officiel de Rammstein.

Tracklist :
01 – Zunge
02 – Sport Frei
03 – Altes Fleisch
04 – Übers Meer
05 – Du Hast Kain Herz
06 – Tanzlehrerin
07 – Nass
08 – Alles Für die Kinder
09 – Schweiss
10 – Lecker
11 – Selbst Verliebt

+ Ich Hasse Kinder (en 7ème position sur la version CD apparemment)

krakoukass

Chroniqueur

krakoukass

Co-fondateur du webzine en 2004 avec Jonben.

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