Psykup – Ombre Et la Proie

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Style: metal fusion moderneAnnee de sortie: 2005Label: Jerkov

Après la sortie en 2002 de leur premier album Le temps de la Réflexion, on pensait l’autruche-core de Psykup en voie de disparition. Il y a d’abord eu les changements de line up incessants : Yannick le guitariste a été remplacé par Vidda de Manimal, lequel avait initialement remplacé Mélanie à la basse. Puis les difficultés au cours de l’enregistrement de cet album qui voient Psykup rejoindre le studio des Milans et signer sur un nouveau label Jerkov Musiques. Enfin les side projects des deux chanteurs naviguant dans des univers diamétralement opposés: l’open death de Manimal pour Ju et le rock aérien à la Radiohead pour Milka avec Agora Fidelio. Mais l’animal a su attendre son heure pour nous revenir aujourd’hui avec un nouvel album : L’Ombre et la Proie. Les amateurs d’espèces rares qui attendaient, à l’affût, l’arrivée de cette galette vont pouvoir assouvir leur soif de rythmes déstructurés et de structures explosées.

La traque dure depuis 1997, année de naissance du groupe. Auto proclamée autruche-core la musique des toulousains ne laisse pas indifférent. Très vite nos 5 compères forment le collectif Antistatic et voient les groupes Sidilarsen, Mary Slut, Leiden et Delicatessen rejoindre leurs rangs. L’autruche Sort la tête en 2001 avec un premier EP puis récidive en 2002 avec son premier album Le temps de la Réflexion sorti chez Slalom / Night & Day. Loin d’une scène neo metal saturée, Psykup est bien décidé à marquer les esprits tandis que le troupeau des adeptes ne cesse de grossir, à force de prestations live qui enflamment l’ensemble du territoire.

Ju (chant et guitare), Milka (chant), Vidda (basse) et Brice (batterie) pratiquent une musique difficile à appréhender tant leurs compositions sont riches et complexes. Comment s’attaquer à cette autruche-core qui s’affranchit de toute étiquette en brassant de multiples influences ? Déjà leur précédent album était un joyeux fourre tout : ici pas de couplets, pas de refrains, ça part dans tous les sens, dans un univers vraiment délirant. L’Ombre et la Proie reprend la même formule et creuse les extrêmes d’un metal déstructuré, allant du death le plus violent à des passages emo pop en passant par le jazz. L’album s’ouvre sur un « Love is dead » schizophrénique, à l’image du groupe, qui alterne riffs pachydermiques et passages free jazz.

Jamais le terme fusion n’avait pris un sens aussi juste. Le chant allie aussi bien le français que l’anglais, les hurlements stridents côtoient les mélodies pop d’un « Cynique amniotique » tandis que les riffs acérés laissent place à des envolées lyriques sur « On ne sait jamais ». Il fallait tout le savoir faire du Studio des Milans (Gojira) pour mettre en avant l’identité musicale du groupe à l’aide d’un son massif et impeccable. Le plumage de l’animal a également fait l’objet d’un soin tout particulier. L’artwork sobre et lumineux est particulièrement soigné, le livret réserve même une surprise pour l’artiste qui sommeille en chacun de nous.

Petit à petit, alors que le manège se met en branle, la musique déploie des sonorités plus sombres, plus abruptes. La lente montée en puissance de « Polder », son riff lancinant et hypnotique dénote un coté plus noisy. Des influences post rock que l’on retrouve également sur l’envoûtant « Amnesia » qui, tel un poison, distille sa mélodie malsaine jusque dans nos veines.

Lancé à pleine vitesse dans un grand huit sonore, le groupe multiplie les ambiances opposées à travers des compositions denses et intenses. Malgré ses accélérations et décélérations brutales la musique parvient à garder une certaine cohérence grâce notamment aux deux chanteurs qui rivalisent d’aisance dans leurs démonstrations vocales. Et lorsque le chant puissant de Milka se mêle aux hurlements suraigus de Ju, c’est pour délivrer des textes travaillés et engagés. Le chant métaphorique et introspectif d’« Amnesia » laisse place à un discours asséné avec conviction et détermination. De la même manière que le prédicateur de « Love is dead » martèle son « Fear God, not love », Psykup durcit le ton avec « Do it yourself », « Rock n’ roll assistance » ou encore « Teenager Genocide ». Sur « l’Ombre et la Proie » les victimes sont désignées et les coups pleuvent sur « Lego » et « Exiter ». Les émotions se mêlent, la noirceur étouffante d’ « Amnesia » côtoie le pur délire de « L’Ombre et la Proie » tandis qu’avec son titre de conte de fée, la ballade acoustique « On ne sait jamais » se trouve un peu perdue au milieu de l’obscurité.

La folie musicale de Psykup peut rebuter à la première écoute et il faut du temps pour apprivoiser les sonorités de l’animal. Plus mature et plus cohérent, Psykup a fait évoluer sa musique et évite le piège de la répétition. Pas d’ « autruche bis » ou de « peur du vide n°2 » mais bien une nouvelle couleur pour cet album qui dit adieu à l’optimisme qui transparaissait à l’écoute du Temps de la réflexion. Pourtant à force de métissage, d’enchaînements chaotiques et autres ruptures de rythmes, Psykup finit par nous perdre. Il est certain qu’avec une moyenne de 7 minutes par morceau le cahier des charges est bien rempli mais il est bien difficile d’écouter la totalité de cet album (68 minutes tout de même) sans indigestion. On ne peut empêcher une pointe de lassitude de poindre face aux pirouettes incessantes, changements de rythme imprévisibles et autres dissertions musicales. Malgré ces défauts, Psykup a le mérite de ne pas chercher la facilité et parvient à se créer un univers qui lui est propre. Alors, même si le cynisme exacerbé des paroles et le coté donneur de leçon ne plaira pas à tout le monde, L’Ombre et la Proie mérite que l’on s’y attarde.

  1. love is dead
  2. do it yourself
  3. rock n’ roll assistance
  4. amnesia
  5. your vision
  6. l’ombre et la proie
  7. polder
  8. cynique amniotique
  9. on ne sait jamais
  10. teenager genocide
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7 Commentaires

  1. Pierre says:

    Ils se prennent un peu pour SOAD sur le début de love is dead (qui est un titre horrible d’ailleurs…)

  2. damien luce says:

    Tu sais je voudrai bien q soad sonne comme psykup. En fait qd tu écoutes le morçeau peut être que le début te fait penser au groupe ricain mais aprés cela s’emballe pas mal.
    un groupe original dans une scène un peu conformiste.
    Vous avez pondu un trés bon album!!!!!!!

  3. jonben jonben says:

    Moi j’aime plutôt pas mal cet album, plus que le 1er.
    Je préfère tout de même Manimal mais j’aurais mis 16/20.

  4. vidda says:

    merci pour la chro les gars ;)
    et pierre va t acheter deux oreilles ,colles y un cerveau entre les 2 et on reparlera de la ressemblance avec SOAD…

  5. jonben jonben says:

    je viens d’effacer ton message Pierre…
    pas d’injures gratuites, on a pas 12 ans

  6. Raphael says:

    Je trouve la fin de votre chronique pas très juste car si on prend la peine d’écouter cet album, on ne peut que le trouver cohérent de bout en bout.Je sais pas si vous vous rendez compte de la maîtrise qu’il faut pour pondre une musique aussi complexe et destructuré et les psykup le font à la perfection, il n’y a qu’à les voir en concert pour être convaincus.En tout cas moi je leur dis un grand merci pour cet album(et aussi le premier) qui pour moi mérite plus d’éloges que le dernier Gojira (album sensationnel aussi). SI je dis ça c’est parce-qu’on a beaucoup parlé de « from mars to sirius » et que « l’ombre et la proie » a était quelque peu délaissé, ce qui est dommage car PSYKUP est un groupe énorme!!!!!!!!Il faut que ça dit!!!!

  7. LPA says:

    Son impeccable ? Question de goût. Je suis moi-même ingé son et je déteste le son cinglant et claquant de l’album, la batterie clique dans les aigus et ses fûts manquent sérieusement de coffre, les guitares sont presque aussi sèches et manquent de gras, les voix aussi, bref, je ne sais pas qui a décidé du mixage mais il (ou ils) a voulu aller dans le trop cristallin.
    C’est fort dommage (c’est pourquoi je rédige cette critique ^^) car les compos méritent un traitement de faveur.
    Un excellent album de métal français et un groupe a voir absolument en live !

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