Ascend – Ample Fire Within

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Style: drone/sludgeAnnee de sortie: 2008Label: Southern Lord

Au détour d’un champ clair comme le matin, les vérités s’éveillent avec les ombres qu’elles projettent sur l’asphalte et si aux platines de la baraque à frites mobile on retrouve quelques cuistots trempant leurs mains pleines de cambouis dans les bacs de pommes de terre, c’est que les routiers qui ne tarderont pas à s’asseoir au boui-boui qui les attend aux alentours de midi ne vont pas tarder.

Passé midi ils seront peut être deux trois à venir chasser le tabouret dans ce petit rade, le regard pleins de kilomètres, un chapeau sur la tête pour coiffer le mental d’idées en jachère ou une simple casquette avec juste ce qu’il faut de brun à la lunette pour éviter à avoir à cligner de l’œil quand le zénith aboie dans la poussière qui se lève.
Ce qui ne pardonne pas c’est que les cuistots ont la patte végétale, et quand dans l’huile ils répandent les premières fournées c’est une arborescence de friture qui monte au fond de la marmitte.
Aux fourneaux on reconnaîtra un amateur de la texture adipeuse, plaquée, replaquée, le patron du mille feuille sludge et dronien qui officie dans la chapelle SunnO))) appuie dans le van son pote occasionnel d’Ascend pour filer au désert un peu de mousse au dessert.
Y ‘a Gentry Densley d’Iceburn qui entre deux rasades de bourbon s’occupe des entrées, il faut bien un peu de vert aux repas servis et occasionnellement pour la digestion si on sait relever les plats sans les alourdir ça peut toujours servir.
Parce que pour le service on pourra aussi compter sur Greg Anderson, qui sait aussi quitter la cuisine pour servir les clients; qu’aucun n’aura oublié pour sa sauce au crotale si particulière et ça n’est pas Stephen O’Malley qui me contredira vu les déjà très labélisées sauces White1 et White2 sorties sur le marché parallèle.

 

Et de la sauce blanche il en faudra bien pour faire passer le met Ample Fire Within en l’accompagnant de quelques gorgées de spiritueux pour entériner la magie noire des cuistots.
Au menu on pouvait lire :
Les hallucinations qu’il développe dans son agglomérat cotonneux de notes en rappel nous envoie directement aller chasser l’aquatique trésor qui se cache au fond du tonneau, et forcément plus on sombre dans le fond du baril plus on s’enivre et moins le temps compte, de ces distorsions suggérées se matérialisent des ambiances assez mystiques.
Et là c’est juste le topo de l’omelette aux champis qu’un journaleux avait dressé dans la gazette locale rubrique restos mobiles indépendants, je vous parle pas de son ressenti sur la soupe qu’on pourrait y boire, je vous épargne.

Assez bizarre, en tout cas, ce breuvage servi en guise de bienvenu, les habitués ne font même plus gaffe et tapent dedans en jetant un rapide coup d’œil à la route déserte sur laquelle de temps en temps l’ombre d’un nuage vient briser le train train quotidien, accoudé à une table un indien Navajo lache une complainte désabusée et rocailleuse il est accompagné par un mec qui a trait pour trait la même gueule que Kim Thayil, le gars de Soundgarden qui avait un penchant pour le goulot, l’impression d’entendre Tom Waits vous parler trompette avec un accent suisse, pendant que dehors le vent taquine les crêtes des falaises à perte de vue, certains ont viré les pompes le temps de se raconter leur semaine, l’odeur n’est pas insoutenable mais c’est définitivement pas les questions d’hygiène qui nous étouffent ici, y a quelque chose de familier, quelque chose de familier dans ce décor; mais définitivement coupé de tout…

Ah tiens vla mon plat.
Tout en tapant dedans, je discute avec un mec qui me parle de solitude et de plongée sous marine, je change la place des couverts et préfère tenir la fourchette de la main droite, on enchaîne sur une mousse bien fraiche, pendant que le temps fait son œuvre et que j’observe la vétusté des lieux je repense au goût prononcé de fougères de leur omelette en me disant que l’escapade minérale avait tout de la prestidigitation culinaire. Repu.
Tranquillement, alors que des fumées bleues s’échappent de la petite gargote, le monde se refait dans tous les sens, je me lève pour aller foutre un peu d’eau dans le radiateur de la caisse, tout le monde ne tardera pas à partir, le décor était éphémère mais pouvait s’accrocher comme un chef d’œuvre dans n’importe quelle rétine le temps d’une éclipse ou d’une seconde ça n’avait que peu d’importance.

Je viens régler la note, dans le poste de ma caisse un petit Earth des familles, les mecs le sourire complice me disent à plus tard, on verra bien, mais putain que cet endroit miteux semblait la plus belle des chapelles pendant quelques instants me disais-je en regardant dans mon rétro.

 

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