Jóhann Jóhannsson – FordlâNdia

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Style: orchestral post-rockAnnee de sortie: 2008Label: 4ad

Si, ces dernières années, vous avez suivi de près ou de loin les diverses réalisations de Jóhann Jóhannsson, vous en savez plus que moi, qui le découvre ici. Compositeur de son Etat, qui est l’Islande, Jóhannsson pourvoit depuis déjà de nombreuses années les amoureux de créations chevauchant les frontières du néo-classique d’agrément et des musiques électroniques. Or, lassé sans doute des volcans assoupis et des banques en éruption, cet homme avait besoin de nouvelles latitudes sous ses partitions.

C’est ainsi qu’il les déplace jusqu’au Brésil profond, pour un étonnant concept sur Fordlândia, cette folle idée, signée Henry Ford, de créer dans les années 20 une ville artificielle “parfaite” (comprendre américanisée) pour les employés de ses plantations de caoutchouc des environs de Santarém. Ces derniers se retrouvèrent à manger des hamburgers, loger dans des pavillons impersonnels, et se plier à une organisation du travail parfaitement inadaptée à leur culture et au climat. Un modèle d’acculturation à l’envers qui ne pouvait tourner qu’au fiasco social et, finalement, économique. De Fordlândia il ne subsiste que les fantômes.

Le choix de consacrer une bande son à cet épisode peu connu de l’aventure industrielle est inattendu. Mais pourquoi ce thème moins qu’un autre. On y trouve à nourrir de la curiosité, chose qui ne se boude pas lorsqu’on entreprend de cheminer vers l’apprivoisement d’une musique. Maintenant, on peut ou non se documenter et chercher à produire une attache entre l’album et le contexte historique. Certains trouveront cela de bon ton pour mieux accrocher l’intention du compositeur – après tout le fin voile de cordes qui emplit souvent l’espace des compositions se comparera aisément à un survol paresseux de la canopée amazonienne. Ce n’est toutefois pas un passage obligé.

Les créations hybrides de Jóhannsson sont des monolithes de patience et d’intensité en tons mineurs. Un calme indestructible règne sur ce programme d’une uniformité sidérante à l’oreille distraite. Traduction : plongez au cœur, tout de suite, où vous trouverez ça chiant. Beau mais chiant. Alors qu’il y a de quoi se régaler. Les éléments synthétiques sont la plupart du temps si discrets que, ne seraient quelques convocations de beats onctueux, on n’entendrait presque que les conversations verdoyantes à voix feutrée entre les bois et les cordes. Des arrangements d’une légèreté à refuser, en toute légalité, la sophistication. Le compositeur sollicite seule la pureté de l’accord et l’altération naturelle du temps, dans un métier qui réfléchit parfois la signature d’Arvo Pärt jusque dans des climax massifs mais dépourvus de violence. Les apparitions de l’orgue ramènent quant à elles aux pénombres métalliques teintées de nostalgie kraut d’un Labradford. Impalpable et imperturbable dans l’immensité qui fait sa tanière, Fordlândia fascine en surface, oppresse quand même au-dessous. Le raccourci est tout trouvé.

De peu de choses on fait un bonheur. Depuis l’élégant et tourmenté The Sea and the Bells de Rachel’s, il manquait au post-rock de chambre un album à thème majeur. Fordlândia est assez important pour être celui-là.

  1. fordlândia
  2. melodia (i)
  3. the rocket builder (io pan!)
  4. melodia (ii)
  5. fordlândia – aerial view
  6. melodia (iii)
  7. chimaerica
  8. melodia (iv)
  9. the great god pan is dead
  10. melodia (guidelines for a propulsion device based on […])
  11. how we left fordlândia
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