Sectioned – Outlier EP

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Style: djent/mathcoreAnnee de sortie: 2013Label: autoproductionProducteur: Pedram Valiani

Bon, je sais que je ne vais pas me faire beaucoup d’amis en affirmant  ceci, et notamment parmi les membres de la rédaction, mais tel un Gavroche/ musical qui n’hésite pas à risquer sa vie pour ses idéaux, je le dis haut et fort : le djent ça craint.

Ok, je n’ai écrit ceci que dans le but absolument indigne de vous attirer vers la suite de cet article. Du racolage, quoi. Cela dit, cette déclaration n’est pas tout à fait fausse, du moins en ce qui concerne ces dernières années.

Je crois que la scène djent a quasiment cessé de m’intéresser en 2009 ou 2010 quand, à l’instar de toutes ces scènes trop rapidement populaires, elle a enterré sa créativité pour laisser la place à un déluge de médiocrité. Je faisais pourtant partie des plus fervents partisans du genre quelques années auparavant, mettant sur un piedestal les premiers albums de Textures ou de Danza, les innombrables démos de Periphery, respectant l’ascendant quasi-religieux de Meshuggah sur le genre. Mais voilà, quelque chose de mystérieux s’est produit… Si la cause de l’évènement est encore inconnue, ses conséquences furent aussi visibles qu’effroyables : ablation totale des testicules pour une bonne moitié de ces groupes, ablation de l’hémisphère droit du cerveau (-siège de la créativité-) pour la majorité des autres.

Les symptômes furent immédiats : La première catégorie se mit soudain à produire des albums mous du gland alors que la seconde semblait condamnée à cloner à jamais ce qu’ils avaient produit auparavant. Phénomène plutôt rare en matière d’exérèse, un niveau de contagion particulièrement élevé a été constaté, le mal ne frappant pas uniquement les jeunes et faibles pousses mais aussi des groupes ayant fait leurs armes dans d’autres styles, miraculeusement décidés à participer à l’incroyable aventure du djent eunuque décérébré. Si quelques survivants semblent immunisés (Meshuggah, Cloudkicker, A Dark Orbit, …), ils restent néanmoins enterrés sous des tonnes de marchandise avariée.

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Le chanteur de Periphery quelques jours avant l’enregistrement de leur premier album

Bref, j’en fais des caisses mais vous avez saisi l’idée : Selon moi, le djent a suivi la même trajectoire que les post-hardcore, post-rock, screamo, emo et autres metalcore en noyant une grande partie de son attrait dans un océan de médiocrité putassière. Et comme ces derniers avant lui, le style (si c’en est réellement un) trouvera dans les années à venir un nouvel équilibre, laissant cette phase du cycle à un nouveau concurrent afin de se forger une nouvelle identité. Peut-être même le mouvement est il déjà initié, puisque le terreau semble assez fertile pour l’apparition de mauvaises herbes comme Sectioned

Originaires d’Edimbourg, ces furieux s’étaient déjà illustrés à la sortie du très court Monotonne il y a moins d’un an. Très orienté metalcore technique survitaminé (certains classent ça mathcore -bref, on s’en fout-), l’EP avait séduit pas mal de monde sans pour autant sortir totalement du lot. Je n’imaginais d’ailleurs pas réellement que les Ecossais puissent prendre une telle carure en si peu de temps. Force m’est de constater que j’avais tort, puisque Outlier est probablement la meilleure chose estampillée djent que j’aie pu entendre depuis plusieurs années. Je me suis même d’ailleurs assez longuement posé la question de la pertinence de cette étiquette les concernant. Les ingrédients sont là, c’est certain; le palm mute si spécifique, la lourdeur du son, la technicité et la progressivité des morceaux, les mini-branlettes de manches, la dose athmosphérique, la polyrythmie… mais pas seulement. Sectioned rentre dans le lard comme très peu de groupes de djent depuis A Dark Orbit. Car là où ses plus violents congénères optent généralement pour une teinte death (ou en tout cas très groovy/metallique), Outlier montre la capacité du genre à suivre une approche mathcore directe, une sorte de croisement entre The Dillinger Escape Plan et Danza. Deux styles pas si éloignés dans l’idée, mais tellement différents dans la réalité, qui se rejoignent enfin sans qu’on sente la morsure du forceps. Ne misant pas que sur sa lourdeur ou sa technicité, évitant les refrains fm et les breaks éthérés, lugubre et incisif, Outlier vous laissera sale malgré son éxécution et sa production impeccables. Un peu comme quand on se chie dessus dans un lit d’hôpital.

En définitive, on retrouve dans ces 23 minutes tout ce qui faisait le charme du Polars de Textures, la folie de Miss Machine, et la lourdeur de Danza II.

Incontournable!

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drommk

Chroniqueur instable depuis 2009, je me passionne pour les fouilles du web, en quête de groupes originaux ou/et méconnus. J'ai un faible pour les mélanges de genres. La formule parfaite est pour moi un équilibre entre originalité, technicité et émotion.

drommk a écrit 30 articles sur Eklektik.

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10 Commentaires

  1. krakoukass krakoukass says:

    MDR la photo! Assez en phase avec toi pour le constat sur le djent, et sur cet EP de Sectioned (même si on verra s’ils tiennent la distance sur un album complet, puisqu’ils sont en train de l’écrire). A écouter en priorité : « Hell Away From Home » qui bute tout!

    • drommk says:

      Peut être que nous avons passé cette phase critique du genre, puisque commencent à émerger quelques groupes intéressants dans cette famille.

  2. jonben jonben says:

    A mon avis, c’est du pur mathcore d’inspiration Dillinger, je n’entend pas un seul riff qualifiable de djent sur l’EP entier.
    Je ne vois en quoi tu peux faire un rapprochement avec Textures (même pas avec le 1er album qui est très thrash dans l’esprit), c’est un peu plus proche de Danza (qui ont eux quelques rares riffs djent), et surtout de Psyopus, Car Bomb, Beecher.

    Voir ma conception qui se limite aux groupes dont je parlais dans cet article : http://www.eklektik-rock.com/2012/03/djent-kesaco/
    Si tu veux te lacher sur du djent, Disperse, un bon eunuque également :
    http://www.youtube.com/watch?v=EbFUL4MprBY

    • drommk says:

      >je n’entend pas un seul riff qualifiable de djent sur l’EP entier.

      wow, je sais pas comment tu fais. La moitié de l’album est basé sur des riffs djent, même si, comme dit dans la chro, on s’écarte beaucoup du groupe-type. Djent qualifie un type de son, pas un genre de composition, même si la plupart des groupes ont tendance à se pomper les uns les autres. Et là on est clairement dans les clous.

      Quand je lis que Danza a « quelques riffs djent », ça me fait un peu bizarre sachant qu’ils font à mes yeux partie des pontes de la section violente du genre. Et quand on écoute leurs deux derniers albums… c’est vraiment du pur djent de bout en bout.

      Si l’on exclut toute cette frange (Danza, A Dark Orbit, When Knives Go Skyward, etc), alors ça perd réellement tout intérêt à mes yeux. Cela dit, à peu près tout le monde s’accorde à dire que ces artistes y sont affiliés. Sinon on pourrait aussi exclure Meshuggah…

      Le rapprochement avec Polars est lié à l’ambiance. Notamment le début et la fin de l’EP (3 dernières minutes de The Body As A Deadweight). Je les trouve tout à fait dans le même esprit, et je suis un gros fan de cet album de Textures.

      • jonben jonben says:

        En fait cherches pas, t’aimes le djent si t’apprécies pas au moins Periphery, Tesseract, Monuments, Vildjharta, Uneven Structure, Corelia, Ever Forthright, Chimp Spanner, quelques morceaux de Cloudkicker, Animals As Leaders. Ce n’est pas juste un son de guitare, faut qu’il soit appliqué sur du riff polymétrique, faut que ça groove, que ça incite au headbang. Si c’est chaotique, c’est pas djent. T’as aussi un aspect metal prog et du son clair bourré d’effets qu’on retrouve dans la plupart de ces groupes.

        Exemple de groupes sortant un album en ce début 2013 qui me semblent plus correspondre, guère original mais ça correspond beaucoup plus :
        http://pathogenic.bandcamp.com/
        http://betweentheplanets.bandcamp.com/
        http://shieldsuk.bandcamp.com
        http://theafterimage.bandcamp.com/
        http://tardivedyskinesia.bandcamp.com/

        Je viens de réécouter cet EP et toujours AUCUN riff djent pour moi. Les autres groupes que tu cites sont également à ranger dans le mathcore. Ça m’a fatigué d’ailleurs, ça manque de groove à mon goût justement.

        • drommk says:

          Je crois que tu es extrêmement réducteur dans ta définition. Pour moi et pour à peu près tous ceux qui ont eu à le définir, le djent n’est pas un genre en soi mais un type de son. Le descriptif que tu donnes est tout sauf exhaustif. Car il exclut des groupes comme Textures, voire Meshuggah, qui ont si ce n’est inventé en tout cas développé cette façon de jouer avant même que ceux que tu cites n’existent. Pas de chaos dans le djent ? on a clairement pas la même vision.

          Je ne vois pas vraiment d’où tu sors ta définition… C’est un peu comme les gens qui réduisent l’emocore à funeral for a friend

        • drommk says:

          http://got-djent.com/faq#t1100n1922

          Résume bien les différentes interprétations du terme.

          • jonben jonben says:

            A mon avis, il vaut mieux être réducteur pour poser une définition claire. Un groupe comme celui de cette chronique, Sectioned, a un son metal/hardcore classique fin 90s/début 00s, le même que DEP ou Norma Jean, des mosh parts, des parties chaotiques, quelques trips mélodico-larsens-malsains. On est très loin des groupes que je cite, qui sont largement considérés comme les créateurs du genre « djent » et ont un son beaucoup plus moderne, « artificiel », « futuriste ».

  3. drommk says:

    >>Sectioned, a un son metal/hardcore classique fin 90s/début 00s

    n’importe quoi

    >>groupes que je cite, qui sont largement considérés comme les créateurs du genre « djent »

    A part Periphery, la plupart des groupes dont tu parles ont émergé il y a 3 ou 4 ans, c’est à dire bien longtemps après que des groupes comme Textures, A Life Once Lost ou simplement Meshuggah aient donné au terme djent ses lettres de noblesse. Donc créateurs, sûrement pas, car suiveurs pour la plupart.

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