The Grand Astoria

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Annee de sortie: 2015

On a tous en tête des exemples d’injustice quand il s’agit d’évoquer l’indifférence générale vis à vis de groupes qui auraient tout pour exploser. Si l’on pouvait à une époque blâmer les labels qui faisaient mal leur boulot de défrichage de talents ou de promotion, aujourd’hui n’importe quel groupe, débutant ou non, a les moyens techniques pour diffuser sa musique autour du monde (là où il y a une connexion internet en tout cas). Le revers de la médaille c’est que comme tout le monde le fait, les plus talentueux sont noyés dans la masse. C’est le cas des Russes de The Grand Astoria. Peut-être que leur origine géographique est un frein, sachant que l’on a d’avantage tendance à regarder vers l’Europe du nord ou les Etats-Unis pour dénicher des groupes dans le genre musical qui nous intéresse aujourd’hui. Mais de quel genre musical parle-t-on avec The Grand Astoria. Ce n’est pas simple.

Mené par le guitariste/chanteur Kamille Sharapodinov, le groupe à géométrie variable depuis 2009 est déjà l’auteur de 6 albums, dont le dernier en date vient de sortir. Mais il ne s’est pas arrêté au format album, car nombre de splits et E.P (certains uniquement en vinyls, d’autres seulement en téléchargement) ont aussi été édités. Faites un tour sur leur page Bandcamp et vous verrez que la rubrique « discographie » est assez impressionnante. Après un premier coup d’œil à cette disco, on remarque tout de suite une particularité, celle d’avoir dès le départ une mascotte (un homme avec une tête de crâne de vache) qui sera présente sur absolument tous les visuels (mais avec une grande variété de styles graphiques). Une première preuve que l’on a à faire à une personne qui sait parfaitement ce qu’elle veut et maîtrise déjà une partie de sa com’. C’est bon signe.
Kamille La musique donc, puisque là est bien l’essentiel. The Grand Astoria c’est d’abord une quantité impressionnante d’influences, principalement rock et métal, mais parfois jazz, blues et bien d’autres choses, subtilement glissées ça et là. Dit comme ça, on pourrait penser à un énième groupe fourre-tout qui veut montrer qu’il maîtrise tous les genres musicaux. Il n’en est rien. La musique de The Grand Astoria possède quand même une colonne vertébrale sous son crâne de vache et elle sonne stoner-rock et heavy. Mais sa seconde étiquette est aussi clairement prog.

En effet, dès leur premier album (sobrement intitulé I) on peut déjà y trouver des titres à rallonge dépassant les 10 minutes. On y entend un groupe à l’aise sur les longs formats, avec de l’idée à revendre. De l’idée et du riff. Kamille n’oubliant jamais de garder une certaine efficacité, même lorsqu’il s’agit d’embarquer l’auditeur dans de longues (mais pas trop) digressions contemplatives. Lors de ces moments plus posés l’ambiance peut flirter avec le Chicago-blues, du blues électrique où la guitare est reine. On pensera donc aussi à ces jams-band façon Allmans Brothers ou Gov’t Mules. Bref, dès le départ, The Grand Astoria souhaite montrer qu’il n’a pas l’intention de s’enfermer dans un genre trop fermé. Du stoner-rock oui, mais sans œillères.

Dès l’ouverture du second disque (logiquement intitulé II), Kamille Sharapodinov nous balance un instrumental très post-rock de près de 15 min, histoire de montrer qu’il n’a pas l’intention de faire dans la facilité. Si l’on pense commencer à saisir un peu le groupe, ceux-ci ne se privent pas de proposer des bizarreries tels que le très court “Visit Sri Lanka”, une sorte d’interlude qui pourrait aussi être l’axe de symétrie de l’album. L’album se conclu sur un long instrumental qui fait écho au premier titre, avec des samples de conversation radio.

Lorsque l’on écoute toute la discographie de The Grand Astoria, on remarquera qu’à chaque nouvelle sortie, le groupe aime prendre le contrepied de l’album précédent. Ainsi après un album avec principalement des titres longs (et instrumentaux), ils ouvrent leur 3e opus (Omnipresence, sorti en 2011) avec un « Doomsday party » très hardcore-punk qui rappelle un peu Suicidal Tendencies. Eh oui ! Ce 3e album propose dans son ensemble des titres plus directs avec des formats plus « raisonnables », même si l’on a quand même le droit à une pièce de 13 minutes. Un long titre avec une construction encore une fois passionnante, avec accalmie, montée en puissance, soli inspirés etc… La dimension progressive du groupe s’affiche ici dans toute sa splendeur, mais ceux-ci ne renoncent pas non plus à se montrer fun et efficace comme sur le terriblement groovy “The song of hope”.

Si l’on pouvait trouver une ligne directrice à chacun des 3 premiers disques, il semblerait que ce soit avec leur 4e album (Punkadelia supreme, sorti en 2013) que le groupe commence à vraiment se lâcher sur la diversité des styles abordés. C’est aussi leur plus long, approchant 1h20 de musique alors qu’aucun autre de leur disco ne dépasse l’heure. Kamille Sharapodinov est plus inspiré que jamais : pop, prog, folk, stoner, punk, heavy-metal… ça devrait être indigeste (ça le sera peut-être pour certains) mais le talent de composition de Kamille fait en sorte que tout coule de source. A la vue de sa productivité et de ses différents side-project, on serait presque tenté de voir en ce leader l’équivalent russe d’un Steven Wilson. Une influence qui a certainement compté pour Kamille, et qui ressort en partie sur le très porcupinien “I Know”.

Plus court, mais tout aussi varié, La Belle Epoque (en français dans le texte) sort en 2014 et montre un visage plus “pop” de The Grand Astoria. Ce n’est pas étonnant, les progrès de Kamille en ce qui concerne le chant sont notables depuis le premier album et celui-ci en profite donc pour explorer de nouveaux horizons. Le groupe n’aura jamais sonné aussi léger que sur le morceau titre, que l’ont pourrait presque taxer de “radio friendly” si sa construction avait répondu à des critères plus commerciaux. Et comme à son habitude, le groupe nous propose une fois de plus un titre long format (une habitude qu’il doit surement à l’influence Iron Maiden). Et comme d’habitude, c’est aussi le sommet du disque qualitativement parlant, avec en fil rouge, un riff particulièrement entêtant. Au final, peut-être l’album le plus accessible du groupe pour qui souhaite approcher en douceur la disco de The Grand Astoria.

Sur une logique bien souvent constatée chez d’autre groupes, l’album suivant (The Mighty Few, sorti il y a 2 mois) aurait du être encore plus accessible et « commercial ». Bien entendu il n’en est rien. Cette fois le groupe va au bout de ses ambitions progressives en ne proposant que 2 titres, d’une vingtaine de minutes chacun (et même presque 30 pour le premier). IL va sans dire que l’exercice est réussi haut la main, et présente peut-être leur album le mieux maîtrisé et le plus cohérent. La voix a encore gagné en assurance et s’accommode parfaitement à ces deux pièces de stoner progressif à tendance psychédélique. Encore une fois, bon nombre de références apparaissent en filigrane mais mieux digérées que jamais.

Voilà pour les albums. Comme je le disais plus haut, le groupe est aussi l’auteur de plusieurs E.P, tous sont en écoute intégrale sur leur page bandcamp. La prochaine sortie est planifiée pour fin août avec Soft Focus E.P, annoncé par le groupe comme « warm summer acoustic tunes with ukuleles, slide guitars and sunny grooves ». A noter que le disque porte le nom de E.P pour marquer sa différence avec le son habituel du groupe car sa durée approchera tout de même les 45 minutes.

http://thegrandastoria.bandcamp.com/

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4 Commentaires

  1. kyuss says:

    Oh que c’est vrai !!! Beau « travail » Joss !

  2. joss says:

    merci mec ;-)

  3. Ericochets says:

    Belle présentation du groupe et des albums
    Un travail remarquable
    Comment ne pas aller les voir en live après une telle lecture !!!

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