Porcupine Tree + Oceansize – 15 septembre 2006 – Hof Ter Loo – Belgique

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Y’a des soirées comme ça où tout roule. En général ce sont celles dont on attend le moins et ça s’est une fois de plus vérifié : ici j’avais déjà vu Oceansize accompagnant d’ailleurs Porcupine Tree sur leur tournée Deadwing l’année dernière et, qui plus est, dans la même salle. J’avais à l’époque décroché au bout de 3 morceaux (pour des raisons que je vais expliciter plus loin) et m’étais dirigé vers le distributeur de houblon tellement les défauts me paraissaient criants et la musique moins adaptée à la scène qu’à la chaîne hi-fi (j’avais quand même bien apprécié Everyone into position, leur dernier album en date). Je n’étais donc pas pressé, en ce samedi 22 septembre, sur les autoroutes défectueuses de Belgique. La puissance de mon automobile couplée à ma dextérité de pilote ont pourtant eu raison de mon indolence programmée puisque je parvins à l’Hof Ter Loo dès le début du set des rockers endimanchés. L’esprit de professionnalisme et le brouhaha incessant autour du merchandising auront eu raison de ma réticence à retenter l’expérience Oceansize et je pénétrai donc l’enceinte avec pour objectif de « tenir » plus de 2 morceaux. Objectif largement atteint puisque j’ai tenu jusqu’à la fin du show et me suis même surpris à applaudir et saluer certaines des qualités qui m’avaient échappées lors de ma première rencontre avec ces jeunes anglais, à savoir un beau jeu de lumières, une exécution techniquement remarquable, une bonne dose d’énergie savamment distillée auprès d’un public fort réceptif. Pros les mecs. En plus, le chanteur m’a semblé moins poseur et plus, disons, collectif. Mais. Mais certaines choses m’ont bien agacé et gâché le plaisir, je dois avouer. On considérera que j’exagère, que je pinaille mais tant pis autant le dire comme je l’ai ressenti :

1/ à quoi servent les 3 guitares ? Les finesses perceptibles sur albums au prix sans doute d’un effort de production me semblent totalement jetées aux oubliettes sur scène. On me rétorquera que la scène permet plutôt d’accentuer le côté énergique des compositions. Soit. Dans ce cas-là 2/ que fabrique le 3è guitariste, quasiment dos au public pendant toute la durée du show ? Quitte à ce qu’on ne l’entende pas autant qu’il saute dans tous les sens ou se manifeste d’une manière ostensible plutôt que de rester rivé sur son ampli du début à la fin. Idem pour le bassiste : c’est à se demander s’il ne devrait pas suivre une thérapie de couple avec son batteur car, c’est bien simple, il n’a pas cessé de s’appuyer psychologiquement sur lui en ne cessant de le fixer du regard. À ce point-là c’est à la limite de l’autisme quand même et, sans vouloir paraître vieux jeu, on se tourne un minimum face au public je trouve. Les 5 garçons ne m’ont donc toujours pas convaincu mais je serai moins méfiant à l’avenir si d’aventure j’avais à recroiser leur chemin pensant qu’ils ont une bonne marge de progression.

Si je n’étais pas venu pour ces derniers, c’est donc que j’étais là pour Porcupine Tree. Ben ‘videmment ! Je suis venu pour eux, je me suis laissé transporté par eux et je suis parti avec eux (DVD Arriving somewhere… + Stupid Dreams réédité). Je suis allé les voir pour la 3è fois en un peu plus d’un an avec l’état d’esprit de celui qui sait avec la plus grande assurance que le moment ne pourra être qu’un grand moment, PT faisant partie de ces groupes qui, me semble-t-il, ne peuvent pas faire de faux-pas : ils sont génétiquement programmés pour enchanter, pour ne pas décevoir dans quelque activité qu’ils se lancent : studio, vidéo clip, prestation scénique. Ayant reçu quelques échos du concert qu’ils donnaient 24h plus tôt à Paris et les ayant sans doute mal interprétés, je m’attendais à bénéficier de quelques inédits parmi un set à peu près identique à celui de la tournée Deadwing. Que nenni ! C’est tout simplement un show en 2 parties qui nous a été délivré : une cinquantaine de minutes de matériel complètement nouveau et qui devrait en toute hypothèse constituer l’ossature du prochain album annoncé pour début 2007 ; et un peu plus d’une heure de « classiques » récents. C’est non seulement un beau cadeau pour les fans mais également d’une audace peu commune impliquant une grande confiance et dans la teneur des nouveaux titres et dans la capacité de réceptivité du public.

Je ne suis personnellement pas féru de découvertes de ce genre, préférant connaître un minimum la musique afin de pouvoir pleinement apprécier son rendu live et m’en imprégner. D’autant qu’on est loin de structures pop avec la bande à Wilson. Et pourtant. Le groupe a su capter immédiatement mon attention sans la perdre dans les méandres de certains de ses nouveaux passages. Je n’ai pas une mémoire phénoménale, j’ai donc simplement noté quelques menus impressions à chaud après chaque titre. Dans le noir. Ce qui a entraîné une relecture difficile et donc des conditions de rédaction de ce report au-delà de l’humain, j’espère que vous saurez y reconnaître une marque d’opiniâtreté indéfectible mise au service du lecteur que vous êtes…

Bref :

– 1er inédit : ça démarre sur un rythme soutenu et assez linéaire qui s’étend sur 3 ou 4 minutes et débouche sur un bon gros riff bien groovy histoire de faire chauffer les cervicales. Quelques passages atmosphériques et on repart sur le schéma des premières minutes avec une satisfaction accrue et un petit riff qui commence à s’immiscer dans le creux de l’oreille. Ça sera sans doute un excellent titre après plusieurs écoutes.

– 2ème inédit : j’ai noté peu de choses si ce n’est qu’il s’agit d’une ballade fort agréable me rappelant les ambiances pop chères à Lightbulb sun. Plaisant.

– 3ème inédit : bon là pas de doute possible, le public ne s’y trompe d’ailleurs pas en l’acclamant à tout rompre, on a affaire ici à un futur standard du groupe : long, complexe, oppressant, hypnotique, puissant. Voilà les termes que j’ai rapidement couchés sur papier. Une structure qui s’apparente à une version torturée d’Arriving somewhere. Imparable et probablement le moment fort du set.

– 4ème inédit : un titre très planant, d’une teinte plutôt floydienne et qui met parfaitement en exergue le travail des voix auquel PT nous a habitué.

– 5ème inédit : une petite ambiance made in Stupid dreams cette fois avec un Wilson au piano et déclamant un refrain entêtant. On m’aurait dit qu’il s’agissait d’un nouveau Blackfield, je l’aurais tout aussi bien cru.

– 6ème inédit : un morceau destructuré et puissant au possible laissant à Wilson tout loisir de nous pondre un solo de psychopathe dopé à la caféine et au Guronzan. Bluffant.

– Dernier inédit : très long morceau encore où l’on retrouve un couplet vicieux, qui prend à la gorge. Sur le refrain, la voix de Wilson a un effet « téléphone » me semble-t-il accentuant le côté « joyeux » désormais marque de fabrique des progueux.

Au final, une vue d’ensemble d’un futur album qui annonce une continuité dans la recherche de puissance (Gavin Harrison impérial et diabolique), de noirceur avec malgré tout des titres susceptibles de laisser l’auditeur refaire surface avec des plages plus calmes et pop. Inutile de dire que je suis plus qu’impatient de réentendre tous ces morceaux de bravoure dans leur version définitive qui ne sera, pour quelques-uns et comme l’affirme Wilson lui-même, pas celle à laquelle nous avons pu assister .

Pour ce qui concerne la 2ème partie, qui déboule après 5 minutes de pause en compagnie de vidéo tirées de la session Deadwing, peu de surprises si ce n’est un titre rare qui prend toute sa dimension émotionnelle en live : Buying new soul (présent sur l’album Recordings) sur lequel John Wesley s’en donne à cœur joie pour le solo. Il convient d’ailleurs de saluer ce 5ème homme qui peut difficilement être plus en phase avec le reste du groupe. Pour le reste, on oscille entre In absentia et Deadwing : un Open car particulièrement acéré et tranchant ; un Sound of Muzak toujours enivrant et qui transporte le public ; un Arriving dantesque – forcément ; l’instrumental .3 que j’ai eu plaisir à redécouvrir live ; le morceau de Deadwing qui prend toute sa dimension sur scène à savoir Something beautiful, porté par une vidéo captivante ; un Trains sur lequel on prend toujours plaisir à taper des mains et un rappel tout en puissance – le maître-mot de la soirée ? – entre Halo et Blackest eyes.

Le groupe prend toujours plaisir à jouer, un plaisir communicatif et sait nous asséner à la perfection avec un son massif et clair tout son savoir-faire scénique. A découvrir et à redécouvrir jusqu’à écœurement sans grand risque d’être gagné par la nausée.

Setlist Porcupine Tree :
Set 1 : 7 nouveaux titres
Set 2 :
08-Open Car
09-Sound Of Muzak
10-Buying New Soul
11-Arriving Somewhere But Not Here
12-.3
13-Start Of Something Beautiful
14-Trains
Encore :
15-Halo
16-Blackest Eyes

La vidéo en streaming est tirée de leur nouveau DVD live : « Arriving Sowhere… ».

Chroniqueur

Darkantisthène

Il est né, il a chroniqué, il est mort, aurait pu dire Heidegger si... j'étais mort, si Heidegger était vivant et s'il s'était intéressé à ma prose autant qu'à celle d'Aristote. Et il n'aurait pas été à une connerie près le père Martin parce qu'avant de chroniquer, et après être né, figurez-vous que j'ai vécu ; et écouté de la musique.

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