Hate Forest – Innermost

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Style: Black MetalAnnee de sortie: 2022Label: Osmose

Encore une fois le monstre ukrainien Roman Saenko, tête pensante de Hate Forest (mais aussi de Drudkh, Blood of Kingu, Precambrian…) de 46 ans, livre un nouvel hymne de black metal froid et acéré dont il s’est fait le spécialiste avec sa formation la plus radicale (Hate Forest donc, suivez un peu!). Et comme Hour of the Centaur sorti en 2020 (et que je n’ai pas chroniqué… oups), le bougre attend la fin de l’année pour balancer son ogive, quelques semaines seulement après l’avoir annoncée. Je ne vais pas me paraphraser plus que de raison (cf ma chronique du dernier Misþyrming) mais permettez tout de même que je fasse une pause pour dire merci à Roman et à Osmose pour cet état d’esprit admirable (sachant que rien n’empêchait d’annoncer cette sortie depuis bien longtemps, puisque l’album a été enregistré il y a un an).

J’aime beaucoup les albums cultes de Hate Forest, et en particulier le tryptique incontournable qui succède au premier album : Purity/Battlefields/Sorrow, avec une grosse préférence pour le magique Battlefields dont le registre beaucoup plus mid-tempo mais non moins effrayant et froid, reste encore à ce jour inégalé. Peut-être qu’un jour Roman souhaitera à nouveau explorer ce type de sonorités, mais ce ne fut le cas ni pour l’album du retour de Hate Forest, Hour of the Centaur sorti fin 2020, ni à nouveau pour ce petit nouveau, le dénommé Innermost. Roman poursuit en effet dans la voie avec laquelle il avait mis un terme à Hate Forest, c’est-à-dire dans la voie tracée par Sorrow, soit pour faire simple une avalanche de riffs en tremolos, et une batterie quasiment pied au plancher pendant 30 minutes et quelques (35 en l’occurence ici). Et si Hour of the Centaur reprenait les choses où Sorrow les avait laissées jusqu’à opter également pour une production assez sale (quoique moins sale et distante que celle de Sorrow), le cru 2022 m’apparaît à cet égard un peu différent, et disons le tout de suite, à mes yeux en tout cas nettement supérieur au précédent. La production y est en effet largement meilleure et moins grésillante que celle de son aîné. Il en découle une impression de puissance accrue, une puissance qui déboule sur le pauvre auditeur que nous sommes dès le démarrage du sauvage « Those Who Howl Inside the Snow Storm », titre peut-être le plus frondeur et brise-nuque de l’ukrainien : 3min37 de rafales tempétueuses toujours mises en lumière (sic) par la voix incroyable et inimitable de Saenko. Laquelle voix est d’ailleurs parfois un peu plus variée qu’à l’acoutumée, avec (ça c’est de l’innovation!) la présence de quelques shrieks bien sentis qui viennent contrebalancer le registre toujours aussi monstrueux de Roman.

En dehors de cette différence dans le son et de ces subtilités vocales (très appréciables!), l’esprit Hate Forest est toujours là et la vision du black metal de l’ukrainien est toujours celle d’un BM froid et porté sur les trémolos et les riffs de guitare incisifs tandis que la BAR est toujours là pour battre la cadence de façon très monolithique et que des mélodies émergent plus subtilement qu’il n’y paraît initialement (mentionnons dans ce registre la très belle mélodie de « Solitude in Starry December »). D’aucuns trouveront peut-être ça trop primaire/basique, mais c’est ce qui caractérise le style Hate Forest et c’est ce qui plaît aux amateurs du groupe. Je reste par ailleurs convaincu qu’il n’y a pas grand monde qui soit capable de faire du Hate Forest comme Roman Saenko. Alors évidemment pour l’innovation ou la variété il faudra regarder ailleurs, mais qu’on n’aille pas insinuer pour autant que Saenko ne serait qu’un bourrin riffeur bas du front, il introduit en effet habilement dans plusieurs morceaux d' »Innermost », des breaks acoustiques aussi beaux et bienvenus que court sur « By Full Moon’s Light Alone the Steppe Throne Can Be Seen », ou -en moins court et en récurrent pour créer une dynamique intéressante- sur « Temple of the Great Eternal Light ». Des moments qui viennent à chaque fois apporter des respirations appréciables et vraiment très délicates, contrastant de la plus belle des façons avec la violence froide qui domine par ailleurs sur le disque.

Alors si cet album est vous l’avez compris un nouveau petit bijou dans son genre, je ne peux pas m’empêcher de pester sur la façon avec laquelle, encore une fois, Roman conclut ses titres, qui une fois encore (on se souvient des coupures nettes et brutales sur chaque titre de Sorrow) vient un peu ternir l’image d’un album par ailleurs difficile à prendre en défaut quand on aime le style HF. Il opte cette fois encore (comme sur Hour of the Centaur et avant cela sur Purity, sur lequel la subtilité des arrangements ambiant faisait toutefois mieux passer la pillule) pour un fade-out très basique (sauf sur « Whiteout Silence » qui se coupe proprement), qui reste certes correct sur la plupart des compos, mais qui ne manque jamais de me choquer sur le final très abrupte du premier titre qui méritait un finish plus travaillé (ou a minima un fade-out prenant un peu plus son temps…) tant il est brutal et apparaît même comme particulièrement « amateur ». On se retrouve un peu en mode coitus interruptus à chaque fois, même en sachant que cela va inévitablement se produire. Tellement dommage pour un titre aussi jouissif!

Cela ne m’empêchera néanmoins pas de clamer haut et fort qu’Innermost est probablement (à mes oreilles en tout cas), le meilleur HF depuis Battlefields, et sans surprise le meilleur album de black metal de l’année, à égalité avec le monumental Með Hamri des islandais de Misþyrming, paru une semaine plus tôt.

Tracklist :
1. Those Who Howl Inside the Snowstorm (03:37)
2. By Full Moon’s Light Alone the Steppe Throne Can Be Seen (06:24)
3. Ice-Cold Bloodless Veins (05:36)
4. Temple of the Great Eternal Night (07:56)
5. Whiteout Silence (03:36)
6. Solitude in Starry December (07:41)

Total playing time: 34:50

krakoukass

Chroniqueur

krakoukass

Co-fondateur du webzine en 2004 avec Jonben.

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