Drudkh – Estrangement

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Style: black metal atmosphériqueAnnee de sortie: 2007Label: Supernal Music

Drudkh ne pourront pas être accusés de trahir leur public, c’est acquis. Mais l’esprit humain est ainsi fait qu’il n’hésite maintenant pas à leur reprocher l’exact opposé: leur constance. L’immobilisme qu’il appelle ça, l’esprit humain. L’esprit chagrin. Comme si on reprochait au paysan de reproduire à chaque dégel les mêmes gestes laborieux et rituels. Et quand bien même, est-ce que ça nous empêcherait de les manger, ses patates? Bref tout ça pour dire que je m’inscris en faux contre le raisonnement qui consiste à assimiler l’absence de renouvellement au déclin, pour Drudkh et en règle générale d’ailleurs. Quitte à botter le cul d’Estrangement, septième production du groupe depuis 2003, autant s’attarder sur la forme. Et là ce ne sont pas les arguments qui manquent a priori. Ne serait-ce que par rapport à son prédécesseur, le très abouti et à juste titre salué Blood in our Wells, l’album tire la patte dès les premières secondes. Il est d’abord beaucoup moins carré au niveau du mix, avec une basse sacrifiée et de surprenants “courants d’air” dans les pistes par instants. Il lui rend ensuite de la force de frappe, avec des morceaux délibérément étirés au-delà des dix minutes, peu portés sur les scénarios à bretelles, mais encore moins sur les jeux de tonalité, d’où un rendu finalement assez uniforme. Il aurait pu se permettre d’évacuer certaines scories, comme le solo surexposé de “Where Horizons End” où le guitariste se prend pour Malmsteen l’espace de quelques secondes. Il est expéditif (36 minutes achevées sur un titre aux allures d’intro…). Il s’écrase enfin lamentablement niveau look avec une pochette un peu bateau montée à l’arrache. Et puis, bien que ce ne soit pas un défaut à proprement parler, il est moins iconographique, avec un retour franc au trip panthéiste/contemplatif aux dépends du nationalisme sanguin palpable à la moindre ruade vocale, au moindre riff insurgé de Blood in our Wells.

Oui, mille fois oui, le cru 2007 des Ukrainiens a moins de tranchant, est perclus de lacunes et a un arrière-goût d’amateurisme qu’on ne leur connaissait plus depuis Autumn Aurora. Et pourtant c’est un petit personnage tout jouette qui surplombe la chronique. Pourquoi? Parce que, pour rester dans la métaphore rurale, les meilleurs fromages ne s’affinent pas en coopérative sous la surveillance maniaque de nutritionnistes en blouse blanche et filet à crevettes sur la tête. C’est l’éternelle histoire du black qui ne respire jamais mieux qu’enseveli sous la crasse. Argument défensif, un peu cliché, mais rarement mis en défaut. Et ce n’était sûrement pas la pire des orientations pour Drudkh qui ne pouvaient pas aller plus loin dans la “professionnalisation” de leur son que sur Blood in our Wells. En renvoyant leur musique au plus près de sa source, tout en continuant de proposer une écriture de plus en plus pointue, ils évitent de se rétrécir l’angle pour les prochains albums. On pourrait rapprocher cette évolution par ajustements de Summoning, dont chaque album sonne différemment du précédent même si le modus operandi des compos est à la base le même depuis le début. Quant à la qualité des morceaux, question de point de vue. Beaucoup semblent les trouver confus, lénifiants et facilement oubliables. Encore une fois: ça se conçoit. Mais pour ma part, et pour n’importe quel drogué à l’univers déployé par le groupe depuis Forgotten Legends, ils en retiennent sans problème l’influx “touristique”, cette inestimable capacité à créer de l’espace et à le remplir d’observations sauvages et solitaires, en résonance avec tout ce qui ne relève pas de la création humaine. “Skies at our Feet” est le parfait ambassadeur de cette finalité aussi simple qu’essentielle, avec son tempo processionnaire, nourri d’un magnifique riff récurrent (rappelant nettement celui de “Wind of the Night Forests” sur Autumn Aurora), avant un orage final aussi triomphal que brut et imprévisible. Quant à l’outro, “Only the Wind Remembers my Name”, son puissant mouvement de guitares cyclique encadre un solo limpide, presque “floydien”. C’est beau et ça ne demande son reste à personne.

Estrangement n’est peut-être pas le meilleur Drudkh, mais c’est toujours du Drudkh à son meilleur. Steppe by steppe, Roman et Thurios se forgent une lignée de disques bien monstrueux, et il n’y a aucune raison que cela s’arrête. Vivement que Supernal ouvre les précommandes pour la version 2008!

  1. solitary endless path
  2. skies at our feet
  3. where horizons end
  4. only the wind remembers my name
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4 Commentaires

  1. Faya says:

    Tout a fait d’accord avec la chro. Pas le meilleur, quelques défauts dans la forme (ce vieux solo suivi de l’effet d’explosion ridicule dans Where Horizons Ends, la pochette, la durée…) mais comme d’habitude leurs riffs imparables de beauté font mouche… C’est tout bonnement impossible de ne pas décoller. Probablement mon groupe de BM favori moi !

  2. Angrom angrom says:

    tout à fait d’accord avec ta chronique, le disque manque un peu de brulots à la « Ukrainian Insurgent Army » mais reste très solide. Petit point noir pour l’artwork, quoique bien adapté, mais trop sommaire. Et je suis grand fan de ton jeu de mot « Steppe By Steppe » qui nous récompense bien de la lecture du texte complexe qui pique les yeux qui précède

  3. guim says:

    Le rapprochement avec autumn ou forgotten est évidemment de mise,y a ces soli qui me laissent indifférent voire dubitatif mais ceux ci trouvent leur place dans cet assemblage monolithique.Le travail sur ces sonorités naturelles qui justifient au passage le titre de l’ep « anti urban » me font de plus en plus penser à Drudkh comme une sorte de groupe doom minéral,le manque de coffre d’estrangement est balayé par ses mélodies en constante évaporation qui jouent la carte contemplative à 200%,on connait les revirements du groupe ça n’est peut être pas la seule facette qu’ils veulent offrir,en tout cas ils restent des maîtres dans le genre :processions rituelles forestières héhé.Dessine moi une forêt avec deux riffs

  4. darkantisthene says:

    jean-michel dacoraveklacro

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