Palahniuk, parcours d’un auteur choc

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Annee de sortie: 2010

Alors qu’est sorti en début d’année la traduction en français de son dernier roman, « Rant » (« Peste » en français), je voulais faire un petit article sur Chuck Palahniuk, auteur américain dont je suis tous les écrits depuis la claque qu’a été le film « Fight Club », puis la lecture du roman de Palahniuk dont il est tiré. « Fight Club » est son premier roman qui ait été publié et malgré le succès de ses romans suivants, on revient toujours à celui qui l’a fait connaître grâce à l’adaptation au cinéma en 1999 par David Fincher avec Brad Pitt et Edward Norton . Comme souvent, en littérature comme en musique, il est difficile de se relancer après un premier succès soudain, et il faut avouer que si « Fight Club » dit quelque chose à beaucoup de gens, le nom de son auteur et la dizaine de romans et recueil de nouvelles qu’il a écrit depuis beaucoup moins.

« The first rule about fight club is you don’t talk about fight club. »

Cela dit, « Fight Club » est tout de même le roman à conseiller à quiconque souhaite découvrir Palahniuk, forcément plus riche que le film, c’est un roman complexe, intelligent, drôle, parsemé de détails de nerd, entre les speechs délirants de Tyler Durden, les lamentations de Morla, la description de la société consumériste américaine. Comme il l’explique en interviews et dans son recueil de nouvelles « Le Festival de la Couille », Palahniuk est un professionnel de la récupération d’anecdotes et la plupart du temps, tous les détails même les plus sordides dans ses romans sont adaptées de discussions qu’il a pu avoir, ou de faits qu’il a pu lui même vivre, par exemple l’activité de bénévole venant en aide à des malades en phase terminale, qu’il a lui-même été, et qu’il a réinjecté dans le personnage de « Choke ». On peut également noter qu’il a fait partie d’un groupe contestataire ayant pour but de « secouer l’Amérique », la Cacophony Society, qui a indéniablement inspiré le « Project Mayhem » de Fight Club. Il sait également toucher aux petits détails de la vie quotidienne, souvent pas les plus glorieux, que la plupart des écrivains classiques occulteraient de leurs écrits.

N’ayant commencé à écrire qu’après 30 ans, il suit des groupes de travail d’écriture avec Tom Spanbauer, un auteur américain qui l’influencera en lui conseillant un style précis et clair, axé sur l’action par l’utilisation de nombreux verbes. Il écrit alors « Invisible Monsters » qu’aucun éditeur ne voudra publier puis « Fight Club » qui lui le sera mais sans obtenir grand succès. Ce n’est qu’après la sortie du « Fight Club » de David Fincher que Palahniuk commence à gagner son statut d’auteur culte et à partir de « Choke », tous ses romans devinrent des best sellers.

Palahniuk a une attirance pour les personnages atypiques, chacun d’eux a des goûts, des passions, des lubies même, qu’on considéreraient normalement comme bizarres, de l’addiction aux groupes de soutien pour le narrateur (son nom n’est jamais mentionné) dans « Fight Club » aux collections de dents pour « Rant ». Selon ses propres termes, ses livres parlent toujours de « gens solitaires qui cherchent à créer des liens avec d’autres personnes ». Il estime d’ailleurs que la plupart des gens n’ont peut-être pas tous compris où il veut en venir, que la majorité ne retiennent que les histoires de violence et de fluides corporels, alors qu’effectivement ses romans parlent tous d’hommes isolés socialement qui se battent contre la société contemporaine et ses codes moraux et économiques tout en finalement luttant contre eux-mêmes et leurs propres pulsions. Même si dans son monde, les pires horreurs deviennent banales, c’est comme si Palahniuk nous prévenait à ne pas prendre trop au pied de la lettre ce qu’il essaye de faire passer à travers l’ironie et l’humour noir. Le meilleur exemple étant Tyler Durden, double du narrateur qui n’est au final que la somme de ses penchants les plus négatifs sous une forme idéalisée au charisme macho maximal, et pas vraiment le modèle que certains ont cru y voir. De même les accusations de proto-fascisme de son discours passent à côté du message qui est justement de reconnaître qu’un capitalisme consumériste qui réduirait les travailleurs en drones sortant d’un même moule, dont les références ne seraient que des marques et les relations des échanges commerciaux, ramèneraient à une forme de fascisme. On peut même aller jusqu’à penser qu’il transparaît de ses livres une sorte de mise en garde contre la disparition des valeurs suite à la libération des moeurs.

Les critiques n’ont pas toujours été agréables. Il est assez facile d’attaquer son style assez simpliste d’écrivain « pop », mais surtout les sujets qu’il aborde, l’accuser de toujours essayer d’être encore plus choquant à chacun de ses écrits (voir le résumé de son dernier roman, « Snuff »), allant jusqu’à écrire une nouvelle dans ce seul but et se glorifiant du fait que de nombreuses personnes aient vomi ou se soient évanouies pendant ses lectures publiques de cette nouvelle (« Guts »). Cela dit, c’est ce que tous ses fans recherchent dans ses écrits, des sensations fortes. Avec la profusion du gore et du sexe, une série comme South Park finit par être assez banale et il faut avouer qu’il en faut de plus en plus pour nous choquer.

Par ailleurs, même si ils présentent des styles complètement différents, ses romans suivent presque tous le même genre de parcours, l’échappée d’un personnage atypique qui passera par des situations hors du commun pour un but final en forme de révélation, un peu exagérée dans certains cas. D’un côté, on a donc toujours un personnage qu’on a du mal à détacher de la personnalité de Palahniuk lui-même, comme si il se mettait en scène dans chacun de ses romans, d’un autre on retrouve souvent le même type de conclusion. La fin de « Fight Club », où tout s’explique sur le psychologie du narrateur, en est l’exemple le plus bluffant, et tous les indices qui parsemaient le récit jusque là sautent alors aux yeux. On en finit, dès qu’on commence un de ses bouquins, par chercher la faille, deviner le retournement final auquel on s’attend.

Cela dit, malgré ces reproches, reste une écriture reconnaissable entre mille, un style prenant de bout en bout, une imagination débordante, et une série de romans uniques qui se dévorent rapidement tout en proposant des histoires rocambolesques empruntes d’un esprit décalé, politiquement incorrect et surprenant, parsemées des pensées/slogans en forme de petites phrases cultes de ses narrateurs.

Ayant lu la plupart de ses romans anglais je conseillerais de le faire tant la traduction peut déformer le style original mais la complexité de la trame de ses romans fait qu’il est souvent plus approprié d’en lire des traductions.

Fight Club (1996)

Sur le plus haut building du monde, deux hommes exploseront dans dix minutes : Tyler Durden et le narrateur. Flashback. Un jeune cadre conte ses errances d’avion en avion, sa vie passée à ausculter des carcasses de voitures pour le compte d’un constructeur automobile. Bien qu’en bonne santé, l’homme participe à divers groupes thérapeutiques, s’y repaît du malheur des autres et y retrouve le sommeil… jusqu’à sa rencontre avec Marla, une sadomasochiste qui pratique la même imposture. Plus bouleversante encore sera sa confrontation avec Tyler Durden, l’inventeur des fight clubs, ces lieux où de jeunes américains biens nés se battent à mains nues jusqu’à l’épuisement. Peut-être pour donner un sens à leur vie. Peut-être parce que dans ce chaos consumériste qui sert de monde, « la douleur est la vérité, l’unique vérité ». Mais pour Durden, il faut aller beaucoup plus loin…

Fight Club reste la référence de Palahniuk et son roman que je préfère (suivi de peu par Survivor et Choke), pour sa vision du monde occidental, sa façon de déterrer au grand jour les détails sordides de l’existence, par ses personnages attachants et uniques, par sa façon de déplier une histoire à multiples facettes qui peu à peu se dévoile, remettant complètement en cause notre lecture.

Adapté en 1999 en film par David Fincher avec Brad Pitt et Edward Norton, Helena Bonham Carter.
A noter la très bonne BO des Dust Brothers exclusivement composée pour le film.« You buy furniture, you tell yourself, this is the last sofa I will ever need in my life. buy the sofa, then for a couple of years you’re satisfied that no matter what goes wrong, at least you’ve got your sofa issue handled, then the right set of dishes, then the perfect bed. The drapes. The rug. Then you’re trapped in your lovely nest, and the things that you used to own, now they own you. »

« What you see at fight club is a generation of men raised by women. »

« You are not a beautiful and unique snow flake. You are the same decaying organic matter that every one else, and we are all part of the same compost pile. »

Invisible Monsters (1999)

La narratrice, une top model qui a tout pour elle, un copain brillant, une meilleure amie mannequin elle aussi, se retrouve défigurée, la machoire détruite par une balle perdue, presque incapable de parler et abandonnée par tous. Elle rencontre en clinique Brandy Alexander, un transexuel déjanté qui attend la dernière opération qui fera de lui une vraie femme. Ensemble, ils se lancent dans un road trip qui se conclura par le pourrissage du mariage de la sus-citée meilleure amie. (« Monstres Invisibles » pour l’édition française)

Pour un premier roman (écrit avant « Fight Club » mais refusé par tous les éditeurs), « Invisible Monsters » est ambitieux et touche juste en tapant sur la réussite sociale à tout prix, la société de consommation et les valeurs puritaines de l’Amérique dans une narration à la chronologie totalement éclatée, parfois difficile à suivre et regorgeant, comme ce sera le cas dans toute l’oeuvre de Palahniuk de détails sordides. Il faut avouer que l’histoire part complètement dans du n’importe quoi vers la fin, que la superposition de rebondissements en est lassante, mais « Invisible Monsters » est assez original pour être conseillé à tout amateur d’autres romans de l’auteur.« Don’t expect this to be the kind of story that goes: and then, and then, and then. What happens here will have more of that fashion magazine feel, a Vogue or Glamour magazine chaos with page numbers on every second or fifth or third page. Perfume cards falling out, and full-page naked women coming out of nowhere to sell you make-up. Don’t look for a contents page, buried magazine-style twenty pages back from the front.
Don’t expect to find anything right off. There isn’t a real pattern to anything, either. Stories will start and then, three paragraphs later: Jump to page whatever. Then, jump back. »

« Shotgunning anybody in this room would be the moral equivalent of killing a car, a vacuum cleaner, a Barbie doll. Erasing a computer disk. Burning a book. Probably that goes for killing anyone in the world. We’re all such products. »

Survivor (1999)

Tender Branson est seul à bord d’un avion qui va s’écraser d’une minute à l’autre. La boîte noire de l’appareil sera son dernier confident. Il lui livre son histoire, celle du survivant de la secte isolée américaine des Creedish regroupant plusieurs milliers de membres. Ses règles imposaient aux aînés de chaque famille de rester dans la communauté tandis que les enfants suivants de chaque couple étaient dressés pour devenir les domestiques des riches du « monde extérieur », moyennant une contribution reversée directement à la secte, en attendant le signe de la Délivrance, en fait un suicide collectif. Lorsque les maîtres Creedish le décrètent, Tender qui travaillait comme quasi-esclave d’une famille new-yorkaise se retrouve le dernier survivant alors que le gouvernement met en place un « programme fédéral de conservation des survivants », il deviendra ainsi une sorte d’icône des médias, ainsi qu’un messie auteur de best sellers de prières. (« Survivant » pour l’édition française)

Un des bouquins les plus compliqués que j’ai jamais lu, la description ci-dessus ne présentant qu’une infime partie de la totalité de l’histoire, et pourtant prenant du début à la fin, c’est certainement le roman de Palahniuk que je préfère après « Fight Club ».
L’explication finale est assez énigmatique, car il faut avoir pris en compte que le livre, dont les pages sont numérotées dans l’ordre décroissant et qui commence au chapitre 47, présente la retranscription de la « confession » de Tender jusqu’au crash de l’avion.« You realize that there’s no point in doing anything if nobody’s watching. It doesn’t matter if you do anything. If nobody notices, your life will add up to a big zero. »

« You think maybe if you just work harder and faster, you can hold off the chaos, but then one day you’re changing a patio lightbulb with a 5-year life span and realize how you’ll only be changing this light maybe ten more times before you’ll be dead. »

Choke (2001)

Le personnage principal, Victor Mancini, un étudiant en médecine raté, a imaginé un stratagème pour payer les soins de sa mère âgée qui a Alzheimer, il prétend s’étouffer avec de la nourriture dans des restaurants et trouve des personnes qui le « sauvent » puis avec qui il reste en contact et qui lui donnent régulièrement de l’argent. Multiplié des centaines de fois, ça lui fournit un revenu plus ou moins régulier. Par ailleurs, il bosse avec une bande de losers dans un musée vivant, où il campe un colon américain du début du XVIIIe siècle, fréquente des groupes de sexaholiques pour trouver des partenaires et visite sa mère.

Moins complexe que « Survivor », « Choke » s’attache plus à décrire les états d’âme et obsessions du personnage plus qu’à le mettre en scène dans des situations emmêlées, quoiqu’on est chez Palahniuk, donc il faut également s’attendre à être surpris. Le roman a toujours ce regard déprimant sur l’humanité mais est un des plus drôle de l’auteur, constamment allégé par un humour noir décapant, un peu comme du Houellebecq en version drôle.
Le roman a été adapté en un film qui devrait sortir en 2008, réalisé par Clark Gregg avec Sam Rockwell (Victor) et Anjelica Huston (sa mère) pour un budget bien moindre que celui de Fight Club, il prendra sûrement plus la forme d’un petit film d’auteur.« What I want is to be needed. What I need is to be indispensable to somebody. Who I need is somebody that will eat up all my free time, my ego, my attention. Somebody addicted to me. A mutual addiction. »

« The unreal is more powerful than the real. Because nothing is as perfect as you can imagine it. Because it’s only intangibles, ideas, concepts, beliefs, fantasies that last. Stone crumbles. Wood rots. People, well, they die. »

Lullaby (2002)

Carl Streator, veuf solitaire, la quarantaine, est un journaliste qui travaille sur une série d’articles à propos du syndrome de mort soudaine du nouveau né. Il découvre qu’un ancien chant africain figurant dans un livre de berceuses peut tuer quand récité à l’intention de quelqu’un et devient ainsi un tueur en série involontaire. Il s’associe avec une agent immobilière ayant perdu son enfant de cette façon et traverse les Etats-Unis dans le but de détruire tous les exemplaires du livre tueur. (« Berceuse » pour l’édition française)

Encore un scénario bien barré qui prend la forme d’un road movie, et d’ailleurs pourrait sûrement rendre très bien sur grand écran, « Lullaby » reprend les thèmes des romans précédents de Palahniuk, émaillé encore une fois de critiques sociales sur l’Amérique contemporaine, on est donc sur un terrain connu et redondant, le style de Palahniuk s’essouffle un peu, mais l’humour décalé et l’ambiance particulière en font quand même un roman appréciable.« You turn up your music to hide the noise. Other people turn up their music to hide yours. You turn up yours again. Everyone buys a bigger stereo system. This is the arms race of sound You don’t win with a lot of treble. This isn’t about quality. It’s about volume. This isn’t about music. This is about winning. »

« You stomp the competition with the bass line. You rattle windows. You drop the melody line, and shout the lyrics. You put in foul language and come down hard on each cussword. You dominate. This is really about power. »

Diary (2003)

Misty Wilmot est une femme frustrée : coincée sur une île défigurée par l’invasion touristique, elle travaille comme une esclave dans le grand hôtel du coin pour faire vivre sa famille. Son mari, Peter, un architecte qu’elle a rencontré des années plus tôt dans une école d’art, a tenté de se suicider et se retrouve dans le coma. Plus rien ne tourne rond dans la vie de Misty :pourquoi Peter, avant de vouloir en finir, s’est-il amusé à sceller certaines pièces des villas touristiques sur lesquelles il travaillait ? Comment expliquer les messages haineux qu’il a bombés sur les murs, annonçant la vengeance des habitants de l’île contre les envahisseurs extérieurs ? Pourquoi les autochtones se mettent-ils à la regarder bizarrement ? Misty décide de mettre ses peurs noir sur blanc et d’écrire un journal intime. (« Journal Intime » pour l’édition française)

Là où la trame du récit est encore très touffue, « Diary » est un livre plus intimiste et beaucoup moins provocateur ou transgressif, axé sur l’environnement assez simple d’une petite île côtière,
et je l’ai finalement trouvé moins intéressant, peut-être est-ce l’attente d’un nouveau roman « choc » qui a rendu celui-là plus banal à la lecture. Enfin là encore, je ne le déconseillerais pas pour autant, « Diary » fourmille tout autant d’idées que les autres bouquins de l’auteur.« Leonardo’s Mona Lisa is just a thousand thousand smears of paint. Michelangelo’s David is just a million hits with a hammer. We’re all of us a million bits put together the right way. »

« Your handwriting. The way you walk. Which china pattern you choose. It’s all giving you away. Everything you do shows your hand. Everything is a self-portrait. Everything is a diary. »

Haunted (2005)

« Haunted » est un roman entrecoupé de nouvelles, 23 nouvelles racontées par une série d’apprentis écrivains qui ont répondu à une annonce leur proposant une retraite de 3 mois pour s’isoler de la vie réelle le temps de produire une oeuvre littéraire. Ceux-là mêmes qui affirmaient venir pour écrire avaient en fait tous besoin, pour de multiples raisons plus inavouables les unes que les autres, de fuir la justice et les hommes… (« A l’Estomac » pour l’édition française)

Haunted est sûrement le moins intéressant des romans de Palahniuk à mon goût, un peu longuet et pénible à lire, déjà par sa subdivision en chapitres alternants entre l’histoire principale, des poèmes anecdotiques et des nouvelles inégales, mais également car le récit sensé lié le tout tourne en rond et lasse, tentant vainement de retenir l’attention en déviant dans une horreur crade excessive. Il contient quand même quelques nouvelles vraiment excellentes.« People in France have a phrase: « Spirit of the Stairway. » In French: esprit d’Escalier. It means that moment when you find the answer but it’s too late. So you’re at a party and someone insults you. You have to say something. So, under pressure, with everybody watching, you say something lame. But the moment you leave the party…

As you start down the stairway, then-magic. You come up with the perfect thing you should’ve said. The perfect crippling put down. That’s the Spirit of the Stairway. The trouble is, even the French don’t have a phrase for the stupid things you actually do say under pressure. Those stupid, desperate things you actually think or do. »

Rant (2007)

« Rant » est une histoire racontée sous la forme d’une biographie orale de Buster « Rant » Casey, comme un recueil d’interviews d’une cinquantaine de témoins qui ont connus le mystérieux Buster Casey. Quand le récit débute, le lecteur découvre que celui-ci est mort et aurait propagé la rage, décimant une grande partie de la population humaine. Dans ce roman, sorte d’éloge funèbre chanté par un chœur constitué d’amis, de voisins, de policiers, de médecins, de détracteurs et d’admirateurs, Chuck Palahniuk explore les tréfonds de la vie moderne et dresse le portrait en creux d’une Amérique en mal de repères. Les thèmes de prédilections de l’auteur sont encore utilisés, la description d’un monde où la vie est à mourir d’ennui et où les individus cherchent par tous les moyens d’en sortir, quitte à affronter directement la mort. (« Peste » pour l’édition française)

Une belle remontée avec « Rant », qui déjà étonne par sa forme, pour ensuite intéresser par son contenu dans le pur style prise de tête à la Palahniuk, qui éparpille les indices au fur et à mesure du récit pour à la fin nous laisser désorienté, interrogateurs. Là où les thèmes explorés ont déjà été parcourus par tant d’auteurs et par lui-même dans ses précédents romans, la manière dont « Rant » est raconté est scotchante, uniquement en dialogues donc nous épargnant des descriptions fastidieuses pour ne garder que l’action tout en étant assez clair pour ne pas perdre le lecteur. La où les premières dizaines de pages témoignent d’un univers redneck dans une petite ville du midwest sauvage américain, le récit dévie dans de l’anticipation façon « Strange Days », avec en parallèle tout une thématique sur les accidents de voiture à la façon du « Crash » de J.G. Ballard et une vision du voyage dans le temps entre « Terminator » et « Retour vers le futur », en bien plus barré.“You grow up to become living proof of your parent’s limitations. Their less-than-masterpiece.”

« What bothered Rant was the fake, bullshit nature of everything. »

« Beginning with Santa Claus as a cognitive exercise, a child is encouraged to share the same idea of reality as his peers. Even if that reality is patently invented and ludicrous, belief is encouraged with gifts that support and promote the common cultural lies. »

Snuff (2008)

« Snuff » se passe pendant le tournage du plus grand gang bang de tous les temps, durant lequel une actrice porno vieillissante veut mettre un point d’orgue à sa carrière en faisant l’amour avec 600 hommes. Le livre suit en fait les pensées de 3 de ces hommes qui attendent leur tour d’être appelés sur le plateau, dont on découvre l’histoire, et leurs raisons d’être là.
C’est le dernier roman de Chuck Palahniuk et il n’a pas encore de traduction française. Le sujet est outrageusement provocateur mais le contenu apparemment moins osé qu’il n’en a l’air, comme dans tous les Palahniuk qui sont avant tout des histoires d’humains.

jonben

Chroniqueur

jonben

Krakoukass et moi avons décidé de créer Eklektik en 2004 suite à mon installation à Paris, alors que disparaissait le webzine sur le forum duquel nous échangions régulièrement, ayant tous deux un parcours musical proche entre rock et metal, et un goût pour l'ouverture musicale et la découverte perpétuelle de nouveautés. Mes goûts se sont affinés au fil du temps, je suis surtout intéressé par les groupes et styles musicaux les plus actuels, des années 90s à aujourd'hui, avec une pointe de 70s. J'ai profité pendant des années des concerts parisiens et des festivals européens. J'ai joué des années de la guitare dans le groupe Abzalon. Mes styles de prédilection sont metal/hardcore, death technique, sludge/postcore, rock/metal prog, avec des incursions dans le jazz fusion et le funk surtout, depuis une île paumée de Thaïlande. 

jonben a écrit 510 articles sur Eklektik.

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