Shovel – Latitude 60° Low

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Style: Post-Hardcore / Néo MetalAnnee de sortie: 1999 - 2023Label: Headstrong (1999) - Head Records (2023)Producteur: Daniel Bergstrand - Serge Morattel (remastering 2023)

Sorti initialement en 1999 avant la naissance d’Eklektik, cet album n’a jamais bénéficié d’une chronique en bonne et due forme, et l’occasion est belle d’en dire enfin quelques mots en 2023 alors que les projecteurs sont temporairement braqués à nouveau sur cet album. Pourquoi ce nouveau coup de projecteur ? Parce que, sous l’impulsion d’un fan acharné de l’album, ce dernier est sorti cette année au format vinyle, avec un son remasterisé par le bien connu Serge Morattel (qui a travaillé sur des albums comme Challenger de Knut, ou Nord de Year of No Light).

Si vous ne connaissez pas ce groupe sachez que Shovel était donc un groupe suisse actif entre 1996 et 2000 et auteur d’un EP (Birth), d’un split avec Unfold et d’un unique album, ce Latitude 60° Low (un titre qui fait référence aux coordonnées GPS de la ville d’Uppsala en Suède où l’album a été enregistré). Un groupe à la carrière éclair donc, mais dont l’album dont il est question a laissé des traces dans le cœur de nombreux mélomanes de l’époque.

Assimilés un peu hâtivement à la scène néo métal (même s’il serait faux de nier que l’album présente quelques accointances avec cette scène), les cinq garçons se seraient probablement sentis davantage à leur place quelque part entre les scènes hardcore et post-hardcore, s’estimant davantage influencés par Helmet (dans le son des guitares bien tranchant) ou Snapcase que par les Deftones auxquels on les a parfois comparés à l’époque. Et c’est peut-être cette difficulté à les étiquetter et un côté finalement « cul entre deux chaises » qui leur a porté préjudice et les a contraints, en plus de la fatigue liée à des tournées intenses mais peu rémunératrices et au ras-le-bol de leur chanteur Francisco, à finalement jeter l’éponge à l’été 2000 peu après la sortie de cet unique album. Une situation qui me fait penser à celle des mesestimés et pourtant excellents Ultraspank qui étaient eux aussi un peu à l’étroit derrière une étiquette néo métal qui ne leur convenait pas complètement. Je dois admettre conserver une préférence pour les regrettés américains (qui comptent parmi mes références absolues en métal à tendance néo ou assimilé) mais Shovel présente tout de même sur cet album une belle et copieuse brochette de morceaux bien burnés et poutrants qui fleurent bon la fin des 90’s début des années 2000. C’est sans doute en partie pour cela que la réécoute de Latitude 60° Low après toutes ces années passe d’ailleurs étonnamment bien, preuve que le groupe avait sur cet album accouché de quelque chose de plus réussi et « important » que beaucoup d’albums jetables et oubliés dont la scène néo métal aura malheureusement accouché entre la fin des années 90 et le début des années 2000. Une autre raison de ce côté « intemporel » du disque tient certainement à sa production massive signée d’un jeunot à l’époque, un certain Daniel Bergstrand (assisté de Lawrence Mackrory également producteur suédois, connu aussi pour avoir été le chanteur de Darkane et même de Scarve sur le dernier album des français), qui venait tout juste de produire des monstres de la scène métal, comme Meshuggah (pour Destroy Erase Improve et Chaosphere) mais aussi Devin Townsend / Strapping Young Lad (avec Ocean Machine et City, soit rien de moins que les meilleurs albums du canadien). J’arrête là le namedropping qui me paraît tout de même éclairant quant à la probabilité que Latitude 60° Low sonne plus que juste « bien ». Et aussi très métal. Ce ne sont pas les massifs « Lurk », « Scythe », « Path » ou plus loin « Boil Over » et « Shell » qui nous démentiront sur ce point. La chanteur Francisco est clairement un atout important pour le groupe (à tel point d’ailleurs que son remplacement envisagé un moment lorsqu’il avait annoncé son souhait de raccrocher a été considéré comme mission impossible pour le reste du groupe), son chant hardcore, quoique peu original, contribuant grandement au côté hargneux de la musique de Shovel qui les rapproche donc effectivement plus du hardcore que du néo métal. Francisco démontrait cependant à l’époque son souhait de varier davantage son chant et de ne pas se contenter de gueuler, ce qui était parfois une bonne idée (comme sur « Shell »), mais qui a aussi probablement joué dans les comparaisons avec la scène néo, les passages geignards un peu plus faibles comme sur le début de « Mask » ou sur « Gasoline », pouvant évoquer les vocaux « fragiles » de Chino Moreno ou ceux du chanteur de Taproot dans ses moins bons moments. C’est aussi peut-être ce genre de passages qui révèlent les faiblesses et imperfections de l’album. Car outre ce « Gasoline » en lui-même un peu foireux surtout après les excellents 5 premiers titres, il y a à partir de là un petit ventre mou qui se poursuit sur « Wreck », un titre plus sombre et lent et pas très réussi malgré une accélération bienvenue à mi-chemin (le morceau durant tout de même près de 7 minutes). Heureusement le très brutal « Boil Over » remet bien les choses en place et relance la dynamique de l’album qui commençait à s’enliser. Les riffs monstrueux de « Shell » ou « Spark » en remettent aussi une bonne couche même si le premier est beaucoup plus nuancé permettant à Francisco d’user de façon plus « heureuse » de son timbre clair. On a beau saluer la volonté du groupe de l’époque de montrer qu’il n’était pas seulement un combo frondeur et qu’il était capable de plus de nuances, mais il est probable que ce sont surtout quand même les morceaux les plus directs et violents qui auront en réalité marqué les esprits sur cet album.

Comme indiqué plus haut, usé, las, le groupe se sépare peu de temps après la sortie de ce premier album alors que le buzz prenait pourtant bien (on se rappelle par exemple de leur passage sur Canal+ dans l’émission Nulle Part Ailleurs) et qu’il était même permis d’imaginer un avenir radieux se dessiner pour le groupe helvète qui aurait peut-être pu devenir un fleuron de la scène. Certains membres (en particulier Frank et François, batteur et guitariste) ont poursuivi leurs aventures musicales en montant par exemple Houston Swing Engine (auteur de l’excellent Tiger Flamboyant sorti en 2005 et chroniqué dans nos pages). On ne saura donc (probablement) jamais ce que la suite de l’histoire Shovel aurait pu donner sur un 2ème album. Quoi qu’il en soit, cet unique album imparfait (il aurait peut-être en effet gagné à être raccourci de quelques titres) mais aussi authentique, sincère et puissant, reste un bon témoignage d’une certaine époque que les vieux coreux ou néo-metalleux se réévoquent avec nostalgie.
Le remastering de Serge Morattel sur la nouvelle édition vinyle ne change pas drastiquement le son de l’album qui était déjà monstrueux on l’a dit, permettant néanmoins selon les dires du groupe lui-même, de mieux mettre en valeur la basse, un peu (comme souvent) lointaine dans le mastering original.

Si vous ne connaissez pas Shovel je ne saurais trop vous recommander de tenter une écoute voire d’envisager de faire l’acquisition du disque (en vinyle du moins, la version cd étant uniquement trouvable en occasion sur Discogs).

krakoukass

Chroniqueur

krakoukass

Co-fondateur du webzine en 2004 avec Jonben.

krakoukass a écrit 1166 articles sur Eklektik.

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