Meshuggah – Nothing (Remastered)

Toujours difficile de parler de ces monstres suédois que sont Meshuggah… Pourquoi ? Car leur musique est tellement particulière qu’elle ne peut laisser indifférent et les sensations qu’elle inspire sont très variables d’une personne à une autre. En général soit on rentre dans le jeu des musiciens (ce qui n’est en tout cas jamais une chose immédiate avec Meshuggah, il faut attendre que le déclic se fasse), on vit alors la musique qui acquière son caractère absolument hypnotique, soit au contraire la nausée nous gagne et on a qu’une hâte : presser stop pour mettre fin au supplice.
La raison : une (fausse) déstructuration apparente des morceaux qui fait que tout paraît d’abord bordélique et incompréhensible : une science du rythme qui devient de plus en plus familière à mesure que les metalleux de tout bord commencent à comprendre et maîtriser (près de 10 ans plus tard) les fameuses polyrythmies chères aux suédois : essayez donc de comprendre et suivre le rythme des guitares et rendez-vous compte que cette rythmique n’a rien à voir avec le rythme martelé pendant ce temps par la batterie… Quoi de plus perturbant pour les esprits habitués aux rythmiques faciles que nous sommes fatalement tous de prime abord ?

Mais Nothing donc. L’occasion nous est aujourd’hui donnée en 2006, de parler de ce disque dont la sortie date pourtant de 2002, à l’occasion de la ressortie de l’album par Nuclear Blast, remasterisation, repackaging et bonussage à l’appui.

On retrouve donc un album au son quand même sérieusement retouché, plus massif et plus clair, pour correspondre davantage en puissance à ce que l’on peut entendre sur le récent Catch 33. Pas que la production originelle de Nothing soit mauvaise, loin s’en faut, mais le son de l’album n’a jamais complètement satisfait Thordendal, cerveau de la bande, qui a depuis longtemps émis le souhait de retravailler cet album. Il a donc réenregistré les guitares, changé la cymbale crash (qui avait selon lui un son merdique sur la version originale et qui se trouve en tout cas plus en retrait dans le nouveau mix), triggé la batterie et parfois même retravaillé certaines parties (cf le ralentissement du tempo sur « Nebulous » ou la fin des guitares sur « Closed Eye Visuals »), pour aboutir au plus près à ce qu’il souhaitait pour cet album.

Nothing n’est pas un album facile à apprécier dans sa globalité. Pourtant a contrario, certains titres sont assez directs et « Rational Gaze » -qui est sûrement le titre que je recommanderais à quelqu’un qui souhaiterait découvrir Meshuggah- paraît même complètement irrésistible avec sa rythmique marteau pillon. Mais pris dans sa globalité il apparaît plus que jamais comme un bloc compact, et même si les morceaux sont bien séparés (rien à voir avec le concept derrière Catch 33), la rythmique évolue quasi systématiquement dans un registre proche, ce qui donne de prime abord l’impression d’avoir affaire 10 fois au même morceau (exception faite de « Spasm » qui présente un chant maugréé au lieu de hurlé). Evidemment les écoutes répétées et approfondies convaincront facilement les plus acharnés qu’il n’en est rien et certains passages ne manqueront pas de sortir du lot, comme ces parties de guitare planantes sur « Glints Collide » par exemple ou cette incroyable batterie sur l’excellent « Straws Pulled At Random ». Mais même 4 ans après sa sortie, Nothing reste une œuvre difficile à approcher pour le commun des auditeurs. Une œuvre exigeante mais qui sait récompenser l’auditeur persévérant (malgré son abord difficile, amusant de constater que c’est cet album qui a consacré la notoriété de Meshuggah outre atlantique). Je continue pour ma part à garder une nette préférence pour Chaosphere devant tous les autres albums du groupe, mais Nothing est quand même réellement excellent.

Outre ce nouveau son, ces quelques changements à droite à gauche, cette nouvelle édition présente sur un DVD rajouté, les bonus suivants :
- 3 titres (« Straws… », « In death is Death » et « Future Breed Machine ») en live enregistrés en Angleterre pendant le set de 2005 au Download Festival : la prestation est excellente et le son de très bonne qualité.
- 3 clips officiels ensuite : celui de « Rational Gaze » qui illustre très bien ce superbe morceau, le clip psychédélique de « Shed » (tiré de Catch 33) et enfin l’hilarant et ultra connu clip du mythique « New Millennium Cyanide Christ » (tiré de Chaosphere), qu’il est bon de voir enfin posé sur une galette tant sa réputation culte n’est pas usurpée. Un clip qui montre bien que malgré la rugosité et l’aridité de leur musique, les musiciens de Meshuggah n’en ont pas pour autant oublié de ne pas se prendre au sérieux.
- Et puisqu’on parle d’humour, quoi de plus amusant que de découvrir le côté bout-en-train (qu’on n’aurait pas soupçonné à le voir sur scène) de Jens Kidman, chanteur grimaçant de son état. Ce dernier s’illustre d’une hilarante façon dans le dernier bonus de cette édition, le clip fait maison par lui, de « Rational Gaze » et qui permet de voir Mr Kidman, occuper tous les postes de Meshuggah, diverses perruques à l’appui, tout en nous gratifiant de ses meilleurs grimaces. Enorme.

Alors indispensable ou pas cette réédition ? Certes non, mais ce n’est pas non plus une vulgaire arnaque, le nouveau son vaut le détour, et les bonus s’ils ne sont pas très conséquents, sont néanmoins très sympas. Si vous avez déjà Nothing l’investissement est quand même bien sûr à réfléchir, en fonction de votre degré de « fanitude ». Si vous ne l’avez pas, il serait ridicule d’acheter l’ancienne édition, cette nouvelle étant meilleure à tous niveaux (même le packaging est plus sympa, et j’ai oublié de préciser que le nouveau livret contient cette fois les paroles de chaque morceau). A vous de voir !

PS : la note est celle de l’album, indépendamment de la version rééditée ou non…

  1. stengah
  2. rational gaze
  3. perpetual black second
  4. closed eye visuals
  5. glints collide
  6. organic shadows
  7. straws pulled at random
  8. spasm
  9. nebulous
  10. obsidian

A PROPOS DE krakoukass

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