The Ocean – Anthropocentric

Helio(dys)centric…
Impossible d’aborder la chronique du nouvel album de The Ocean sans revenir sur son pendant sorti il y a quelques mois, l’injustement mal-aimé Heliocentric. Soyons honnêtes, cet opus souffre avant tout de la comparaison avec son grand frère, le terrible Precambrian, aboutissement de leur premier diptyque FluXion/Aeolian et mètre étalon du groupe. Cette (fausse) certitude déclamée, beaucoup ont alors pensé qu’à tourner autour du soleil, l’inspiration avait fini par flétrir…

Les goûts et les râleurs…
En premier lieu, acceptons le fait que certains apprécient Heliocentric pour ce qu’il est, un album différent des précédents, plus calme dans son ensemble et hors contexte, tout à fait honnête. Ceci dit, avec le recul (et beaucoup d’écoutes), reconnaissons que malgré ses qualités, le premier volet du diptyque reste une articulation maladroite dans la carrière du groupe, avec des titres moins percutants, moins habités, et laissant beaucoup (trop ?) de place à un nouveau chanteur pas toujours à l’aise dans ses bottes. Pourtant, Heliocentric dessine les contours d’une nouvelle approche que le groupe a continué de creuser, et cet entêtement paye aujourd’hui avec Anthropocentric.

Je respire donc j’essuie…
Le titre éponyme nous plonge dans un grand bain rassurant : le massif est de retour, noir et lourd. Production impeccable, implacable, abrasive. La signature, la patte artistique du groupe est bien là. Retour aux sources. L’oreille retrouve ses marques, entraînée par un courant confortable, puissant et froid… puis des abysses émerge une lumière (d)étonnante : d’une ligne mélodique bien sentie, le titre change de couleur, nous entraîne vers des eaux beaucoup plus mélodiques, et le travail de composition nous saute alors à la gueule. Sur plus de 9 minutes, tout en mettant l’accent sur un retour au plomb liquide, Anthropocentric dévoile une volonté d’expliquer et affirmer les liens qui unissent désormais Heliocentric au reste de leur production. Cette impression ne cessera de se confirmer tout au long de l’écoute de l’album.

Robin déboîte…
Avec Heliocentric, The Ocean s’est recentré autour de son noyau central, abandonnant l’idée de collectif et ne laissant l’orchestration que ponctuellement, et habilement, souligner certains passages. Rebelote ici, à la différence que l’accent a été mis sur l’aspect le plus agressif du combo, délaissant le côté Post-Rock à l’exception du superbe Wille Zum Untergang, qui ne souffre pas la comparaison avec les ténors du genre. L’ensemble sonne donc Rock tout court, et cela se ressent jusque dans la façon d’organiser les riffs. Le fait que la tête pensante du groupe ait laissé les autres membres prendre part à la composition y est sans doute pour beaucoup et ma foi, cet acte d’ouverture d’esprit doit être salué. Le côté progressif n’a pas totalement disparu mais se fait plus discret (ou plus habile), au profit de titres plus directs et plus accrocheurs. Les niais parleront d’une systématisation du format « chanson », ce qui n’est pas faux, mais niais quand même. Pourquoi bouder cette énergie savoureuse, ces refrains entêtants, cet ensemble ouvert et cohérent ? N’en déplaise à ceux que l’asphyxie rend euphoriques, ici ce sont les mélodies qui priment et pimentent les compositions. De la beauté à la hargne il n’y a souvent qu’une mesure, et l’alternance donne du ton à l’ensemble. La recette fonctionne foutrement bien, des titres comme She was the universe, Roots & Locusts ou Heaven TV en témoignent : riffs percutants, densité maîtrisée, enchaînements cohérents, lignes vocales accrocheuses… The Ocean maîtrise son sujet et distille les bonnes idées à un rythme infernal.

Les restes ont du coeur…
Il est évident que Loïc Rosetti a su corriger ses défauts. Sa voix a non seulement gagné en puissance, effaçant le regret des hurleurs précédents, mais elle s’intègre maintenant parfaitement à cette volonté de mouvance, dans une logique créative lui donnant non seulement une place mais une importance qu’elle n’avait pas auparavant. Une sensibilité nouvelle, qui s’exprime non seulement sur les titres électriques (à noter que seul Sewers of the soul reste à 100% tourné vers le passé du groupe, les nostalgiques pourront le télécharger sur itunes), mais également sur quelques titres courts et calmes, hérités directement d’Heliocentric, le côté poussif en moins. Ces accalmies sont maîtrisées, sincères, remarquablement exécutées (l’orchestration a enfin du corps et ne se contente plus d’imiter les instruments classiques), au point que le final du savoureux The almightiness contradition, a capella, sonne comme un “allez vous faire foutre, The Ocean c’est aussi tout cela”, aussi intelligent que poignant. Anthropocentric voit son Metal Hardcore dopé à l’oxygène, nous épargnant l’écueil Precambrian II, tout en affirmant sa volonté d’avancer sur un terrain certes plus conventionnel, mais également plus percutant.

Le successeur de Precambrian, on y YEAH ?
Il m’est difficile de ne pas coller à Anthropocentric la note maximale. Il efface l’ardoise de son grand frère un peu bancal et offre, sans dénaturer ni trahir, un nouvel angle musical qui risque de propulser le groupe, comme une grosse bulle d’oxygène, vers la surface afin de sortir de l’ombre.
Objectivement, il n’est pourtant pas encore à la hauteur de Precambrian, c’est pourquoi je préfère laisser encore de la marge de manœuvre au groupe, un autre album par exemple, afin de confirmer la bonne impression laissée par ce Anthropocentric.

Egocentric…
Il y aura toujours de bonnes âmes pour nous rappeler que The Ocean c’était mieux avant, qui dénonceront une certaine tendance du groupe à naviguer entre deux eaux, une eau tiède et peu dangereuse. À ceux-là j’ai envie de conseiller un demi-tour stratégique en direction de la terre ferme, afin de retrouver des formations enracinées dans leurs certitudes, sortant encore et encore les mêmes galettes précuites pour ne pas trahir les fans. The Ocean a pris un risque en confirmant une volonté d’aérer leur musique et personnellement, je préfère les maladresses, les virages un peu abruptes et les remises en question, surtout lorsqu’au final, le résultat est plus que convaincant.
À vous de voir.

Tracklist :
1. Anthropocentric
2. The Grand Inquisitor I: Karamazov Baseness
3. She Was The Universe
4. For He That Wavereth…
5. The Grand Inquisitor II: Roots & Locusts
6. The Grand Inquisitor III: A Tiny Grain of Faith
7. Sewers Of The Soul
8. Wille Zum Untergang
9. Heaven TV
10. The Almightiness Contradiction

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