Ashenspire – Hostile Architecture

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Style: Avant-Garde MetalAnnee de sortie: 2022Label: Code 666

Après (dans la chronologie des chroniques, car en réalité l’album d’Ashenspire est sorti avant celui des américains)  la grosse claque du tant attendu premier album de Chat Pile qui a confirmé tout le bien qu’on pensait de ce groupe, c’est de l’autre côté de l’atlantique qu’on se prend cette fois la deuxième couche : Ashenspire est une bande de minots écossais, qui livre ici son deuxième album après un premier album sorti en 2017, Speak not of the Landanum Quandary, déjà bien salué par les critiques. Le groupe était alors comparé régulièrement à A Forest of Stars en particulier, et un peu plus rarement à Primordial. Sans gommer ces influences (on a toujours tendance à entendre du Primordial dans la montée jouissive et le final épique de « Cable Street Again »), le groupe s’en éloigne quelque peu sur ce deuxième album à tel point qu’on ira même jusqu’à penser qu’il trouve en réalité tout simplement son style sur ce deuxième album impressionnant.

Il est vrai que comme chez A Forest of Stars, on retrouve toujours ce côté barré dans les vocaux (même si chez Ashenspire on les qualifierait plus volontiers de « passionnés »), mais la présence de violon dans les deux groupes  justifie aussi cette comparaison plus appuyée. Toutefois les sonorités d’A Forest of Stars semblent davantage traditionnelles voire folk par endroits, là où Ashenspire apparaît plus moderne, urbain presque et quoi qu’il en soit plus orienté et engagé politiquement. Le groupe s’auto revendique comme faisant partie de la mouvance RABM (Red & Anarchist Black Metal) et on perçoit en effet dans les thématiques et lyrics du groupe un fort engagement anticapitaliste.

S’il est une influence majeure revendiquée par les écossais pour cet album, il s’agit de Teethed Glory & Injury des irlandais d’Altar of Plagues, un album culte aux yeux de certains, mais qui s’est toujours révélé également très hermétique pour d’autres (a minima pour l’auteur de cette bafouille). Difficile de confirmer ou pas, mais ce que l’on peut clairement dire c’est justement que si la première écoute d’Hostile Architecture donne cette impression WTF d’avoir affaire à un nouvel OVNI dans le monde du rock/metal, il est assez stupéfiant de constater comment les choses s’éclairent finalement assez vite après seulement quelques écoutes.

On n’ira pas jusqu’à prétendre que tout est normal chez Ashenspire, et que sa musique, souvent assimilée à tort selon nous à du black metal, est simple d’accès, mais la production limpide, et les morceaux très aérés et étonnamment digestes, participent à rendre au final assez lisible, une musique à l’apparence destructurée et complexe mais qui ne l’est pas tant que ça finalement.

Entre prog/jazz (le saxophone est aussi de la partie avec ou en plus du violon, cf par exemple « Plattenbau Persephone Praxis » ou « Apathy as Arsenic Lethargy as Lead ») et metal, les écossais croisent le fer avec succès et fascinent, en enchaînant les moments de bravoure. Les déclamations hallucinées d’Alasdair Dunn n’y sont pas étrangères, évoquant parfois les délires de the Drones ou Oxbow (en particulier quand ils sont au paroxysme du théâtral sur « How the Mighty Have Vision »), en moins « bourré » cependant, et en plus « engagé/passionné » (pardon pour la redite). « This is not a house of amateurs, this is done with full intent!!! with full intent!!! » sur « The Law of Asbestos » ou « there are no great men, only the great many » sur « Tragic Heroin » sont sans doute les exemples les plus marquants des punchlines puissantes qu’on encaisse à l’écoute de l’album. Derrière ces invectives, on trouve heureusement une musique qui réussit malgré sa complexité à se montrer accrocheuse et remarquablement mélodique (voire même belle à pleurer, la chair de poule étant spécifiquement de mise sur « Apathy as Arsenic Lethargy as Lead ») pour qu’on garde le fil et qu’on ne décroche pas durant les 44 minutes que dure l’album et ce même si l’on ne souhaite pas se focaliser sur les vocaux et chercher à suivre les textes de Dunn. Il n’y a que le (heureusement) court « How the Might Have Vision » qui ne nous emporte pas autant que le reste, et nous apparaît finalement comme assez dispensable avec ses chants classiques et presque religieux décalés et un Dunn qui en fait cette fois un peu trop. Heureusement on est bien remis dans le bain par le morceau qui suit, le monumental « Tragic Heroin », qui en un peu plus de 3 minutes apparaît comme l’un des meilleurs moments du disque avec le final de « Cable Street Again ».

Au final Hostile Architecture est un album (et une expérience même) presque aussi époustouflant qu’intimidant, de ceux qu’on ne ressortira probablement pas tous les jours, mais dont on peut d’ores et déjà être certain qu’il produira son effet à chaque fois qu’on le fera.

Tracklist :
01 – The Law of Asbestos
02 – Béton Brut
03 – Plattenbau Persephone Praxis
04 – How the Might Have Vision
05 – Tragic Heroin
06 – Apathy as Arsenic Lethargy as Lead
07 – Palimpset
08 – Cable Street Again

krakoukass

Chroniqueur

krakoukass

Co-fondateur du webzine en 2004 avec Jonben.

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