Meshuggah – Chaosphere

Meshuggah est aujourd’hui cité comme référence par pléthore de groupes de metal. Le nombre d’amateurs du combo suédois, autrefois de l’ordre du confidentiel, s’est accru de façon exponentielle si bien que le dernier album complet du groupe Nothing a cartonné (carton relatif bien sûr) contre toute attente, soutenu qu’il était par l’étonnante promotion orchestrée par Jack Osbourne (fils de) au travers de l’émission débilo-comique « The Osbournes ».

Chaosphere qui date de 1998 est le 3ème album du groupe, et mon gros favori personnel du groupe.
C’est un album que je possède depuis de nombreuses années, mais que je n’ai que récemment réussi à finalement dompter.

C’est en effet un album exigeant, qu’il est rigoureusement impossible d’assimiler avant la 10ème écoute minimum.
L’atmosphère glaciale et absolument étouffante (renforcée par la production puissante et tranchante de Daniel Bergstrand) qui se dégage de cet album renvoie à la folie mentale, aux délires schizophréniques et à la claustrophobie.

Meshuggah est (particulièrement avec cet album) à 1000 lieues des standards et des autres groupes de metal tant sa démarche est inédite.
Si l’écoute de Chaosphere est si difficile et perturbante, c’est que l’auditeur cherchera bien naturellement (comme il le fait toujours) à se raccrocher à quelque chose, une rythmique redondante, des références, bref des repères de quelque ordre qu’ils puissent être.
Or de repères il n’est point question à l’écoute de cette… chose.

Les 1ères écoutes relèveraient même de la torture si l’on ne sentait pas déjà quelque chose d’énorme poindre derrière tant de rugosité.

Pour vous donner une idée de ce que vous trouverez sur cet album, vous vous heurterez à une voix brutale (jamais claire) éructant des paroles très complexes sur une musique faite de riffs ultra graves, certes répétitifs mais incompréhensibles tant ils paraissent être du grand n’importe quoi. Je défie quiconque de réussir à la 1ère écoute à suivre n’importe laquelle des incroyables rythmiques ou (non-rythmiques d’ailleurs) qui remplissent ce disque.
N’espérez pas vous raccrocher à des refrains, ces gars-là ne savent pas ce que c’est, on est ici à des kilomètres des structures habituelles de 99% des productions metal ou autres (couplet-refrain).

C’est bien simple, à la 1ère écoute on ne semble avoir rien retenu de cet album dingue, mis à part peut-être un passage sur « The Mouth Licking What You’ve Bled » sur lequel on s’imagine à un moment avoir affaire à un refrain qui va revenir pour nous rassurer. Mais il ne revient jamais…

Après 10 écoutes c’est une autre histoire car l’addiction est complète et la fascination absolue. Ces rythmiques torturées qui semblent en décalage permanent, à contretemps, vous pénètrent et ne vous lâchent plus, appuyées qu’elles sont par des solos géniaux et complètement barrés de Fredrik Thordendal, guitariste et principal compositeur de l’équipe.

On comprend et on mesure alors tout le talent de ces suédois, complètement à l’écart des modes et des genres (même si certains délires rythmiques peuvent certainement être rapprochés de ce qui se fait dans le jazz), qui signent avec Chaosphere rien de moins qu’un monument inégalable et inégalé tant il est parfait de la 1ère à la dernière note. Que ce soit le fabuleux « single » (qui fait l’objet d’un clip hilarant qui démontre que le groupe ne se prend pas au sérieux) « New Millennium Cyanide Christ » avec son break orgasmique, ou le presque compréhensible « Neurotica », tout est grandiose, incroyable, génial, parfait, et tout fait surtout partie d’un bloc, une entité monstrueuse et intouchable.

L’album se termine sur « Elastic » et ses notes stridentes et robotiques qui deviennent insupportables avant que la ghost track de l’album ne se révèle aux oreilles de l’auditeur étourdi qui ne réalisera certainement pas qu’il est maintenant en train de se voir infliger la totalité de l’album jouée à l’envers en 4 minutes 10 secondes (EDIT : à moins qu’il ne s’agisse de la superposition de plusieurs morceaux de l’album???).

Jouissif, culte, fondateur, démentiel, et tout simplement l’un des meilleurs albums de metal jamais créé par des êtres humains (mais le sont-ils vraiment, humains ???) et sans lequel nombre de groupes n’existeraient probablement pas aujourd’hui.

  1. concatenation
  2. new millenium cyanide christ
  3. corridor of chameleons
  4. neurotica
  5. the mouth licking what you’ve bled
  6. sane
  7. the exquisite machinery of torture
  8. elastic

A PROPOS DE krakoukass

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