The Devin Townsend Band – Synchestra

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Style: rock/metal prog townsendienAnnee de sortie: 2005Label: InsideOut Music

Darkantisthene
Probablement l’un des albums que j’ai le plus attendu – comme tous ceux du maître depuis la sortie fracassante d’Ocean machine pourrait-on me rétorquer, si l’on avait un goût audacieux du sarcasme confinant à la familiarité. C’est en général le meilleur moyen pour s’arracher les cheveux en découvrant que c’est bien en-dessous de ce qu’on espérait. Je n’ai donc pas voulu avoir d’informations via des interviews de membres du groupe ou de chroniques déjà disponibles. Aucune influence extérieure, donc, si ce n’est un vague souvenir d’une ancienne interview où il me semble qu’il était question d’un retour à des compositions plus alambiquées. Bref, je souhaitais tout ignorer de l’orientation du 6ème album pour éviter l’écueil qui peut s’avérer fatal de projeter ses désirs sur ce qui ne dépend pas de soi.
Cette disposition stoïque bien ancrée dans mon esprit, je fus en mesure d’aborder le nouveau continent Townsend.
Première impression : un sous Infinity. Une volonté presque déplacée et mal gérée de revenir aux expérimentations de l’œuvre la plus novatrice de la discographie. Même délire à la Bad Devil (le couplé Vampolka et Vampira), même sonorités pour ce qui concerne les nappes éthérées de claviers, son de guitare plus crû que celui d’Accelerated Evolution et Terria, etc, etc…

AlcheMist
Pour ma part, mon cher Dark (vous permettez que je vous appelle Dark ?), je patientais tranquillement après ma demi-déception à propos du dernier méfait du Canadien qui a durablement changé ma vision du metal et de la musique en général. J’avais laissé Devin et donc Accelerated Evolution à ses refrains pops et à ses mélodies sucrées en me disant que le meilleur serait sûrement à venir. J’applique pour chaque artiste la célèbre maxime énoncée sur Terria : « And Music… It’s Just Entertainement Folks ! ». Si un album ne correspond pas à mes attentes ou mes envies, je le mets de côté sans amertume aucune envers l’artiste concerné (et de quel droit d’abord ?) et j’attends bien sagement sa prochaine sortie. Mais force est de constater que les annonces de ce nouvel opus ont provoqué en moi une énorme vague (la septième pour être précis) d’enthousiasme. Sentiment dont je ne me suis pas départi lors de mes premières écoutes. Et ce retour à des sonorités antérieures, dont vous signalez fort justement les caractéristiques, ont déclenché chez moi un vif intérêt et le sentiment d’avoir entre les oreilles l’une de ces œuvres dignes d’un Ocean Machine ou Terria. Des titres plus longs, plus travaillés et très atmosphériques, bref ce que j’aime chez Devin lorsqu’il délivre sa musique du côté ‘clair’ (en opposition à Strapping Young lad). Synchestra s’annonçait comme un album fouillé et exigeant pour l’auditeur, bon signe en général chez ce musicien hors normes.

Darkantisthene
Je permets (mais que cela ne vous autorise pas à en vouloir à ma prude innocence). Vous n’êtes pas non plus en reste concernant les parallèles judicieux lorsque vous faites allusion à Ocean Machine ; car, si dans un premier temps c’est l’album à la pochette « érotico-virginale » qui m’était venu à l’esprit, les écoutes suivantes ne m’ont pas paru sans lien avec le premier coup de force du canadien. Un titre comme « Gaia », par exemple, n’est en effet pas sans rappeler les ambiances prodiguées et mises en place sur le « blue album » (NDA : l’album bleu). Mais alors, me direz-vous, ne sommes-nous pas en présence d’une synthèse des 5 albums précédents ? L’ami Devin ne nous jouerait-il pas la carte du skeud « fédérateur » et qui ne représenterait aucune prise de risque ?
Pour ma part je commence à considérer cet album à la fois comme une surprise et comme une non-surprise. Je m’explique : je ne pense pas que l’on puisse parler de surprise dans le sens où l’œuvre ne nous fait pas découvrir une nouvelle facette du chanteur-guitariste dégarni. Si la patte était reconnaissable d’un album à l’autre, on ne peut nier les variations de contenu et celui-ci n’ouvre pas une nouvelle brèche dans l’espace-son. En revanche, ce qui peut nous amener à être surpris (en tout cas ce fut mon cas, encore que le mort surprise est peut-être un peu inadéquat et pourrait être remplacé par émerveillement ou admiration) c’est, lorsque l’on considère l’ensemble de la carrière, cette propension extraordinaire à la créativité. Après 5 albums (sans compter l’expérience SYL), parvenir à enfanter (tiens un morceau est intitulé « Babysong », bien joué la référence !) autant de richesses devrait, au minimum, inspirer le plus grand respect et, au maximum, vous inciter fortement à aller faire les promos chez Casto pour faire le plein de plâtre nécessaire à l’érection (NDA : heu non rien) d’une statue !

AlCheMist
Et bien, très cher, je vois que nos points de vue convergent (s’ils divergent, cela fait beaucoup trop pour un seul homme). Le temps avançant et les écoutes s’enchaînant, j’ai pu assez rapidement trouver mes repères une fois passé le mur du son obligatoire. Et il m’apparaissait clairement que si Devin n’apportait rien de bien neuf en cette occasion, sa propension à renouveler son style au fil de ses créations était toujours intacte. De l’art de se réinventer en quelque sorte. Et comme vous faites allusion à « Gaia » (à mon sens, le seul passage à vide des 14 titres de par sa linéarité), je me permettrais de rebondir, non point sur votre séant admirablement ferme et élastique, mais sur vos propos en considérant ce morceau comme un point de bascule entre deux parties distinctes que j’ai cru discerner dans Synchestra : l’une active/dynamique et l’autre contemplative/ambiancée. Ma préférence va nettement vers la seconde où je retrouve le frisson d’être face à des compositions puissantes et chargées. On y retrouve la pesanteur massive et ce mélange de fureur et de mélodies limpides propres au Canadien et dont le triptyque « Pixillate » – « Judgement » – « A Simple Lullaby » représente à mon sens le point d’orgue. Et c’est à cet instant précis que cette déferlante sonore irrésistible et inspirée emporte l’auditeur et le jette sur le sable et devant ce fait indéniable : le bougre réussit encore et toujours à nous surprendre et à nous transporter vers des contrées inexplorées au cœur d’un univers qui nous paraissait pourtant si familier.

Darkantisthene
Vous devez lire dans ce que l’on pourrait audacieusement qualifier de miennes pensées lorsque vous mettez en exergue le titre « Pixillate » car cela me permet de mettre un B mou (respectons les accords que diable !) à l’un de mes propos précédents : je persiste à dire qu’une nouvelle brèche n’est pas ouverte, cependant ce morceau suscite de plus en plus ma curiosité et mon intérêt car il me paraît moins « prévisible » que les autres et dispense des ambiances (orientalo-martiales – c’est du grand n’importe quoi comme appellation mais je m’en fous c’est moi qui maîtrise ma prose, jeune lecteur intrépide et inconscient) à l’écoute desquelles l’oreille même accoutumée peut se voir particulièrement titillée et sollicitée.
Quant à « Judgement », j’ose émettre l’hypothèse d’un parallèle avec le grandiose (et heureusement pas encore prémonitoire) « Death of music » d’un album déjà cité. Un morceau à la douce atmosphère oppressante en somme et tout en retenue.
Votre proposition de lecture consistant à opérer une scission fictive en deux parties délimitées par le effectivement plus « faible » (car tirant en longueur) morceau ne me paraît pas relever d’une lubie de journaliste pour la bonne et simple raison que vous n’êtes pas journaliste. La thèse, pour audacieuse qu’elle soit, n’est toutefois pas dénuée, sinon d’intérêt, tout au moins de fondement.

AlCheMist
Justement, en parlant de fondement… j’aimerais faire partager à nos lecteurs extatiques (pour ceux qui ne se seraient pas encore pendus à cet instant) la confirmation que cet album a perforé le mien. Et par là affirmer sans détour que nous tenons ici l’une des œuvres majeures du sieur Townsend. De par la matière et la densité qu’il propose, Devin nous invite à un nouveau voyage fort réussi, exposant par différents tableaux la richesse de son répertoire. A l’image de « Triumph » précédé par le flamboyant « Hypergeek », on retrouvera dans cet opus tout le contraste dont il est capable. L’équilibre, et par là même la synthèse que vous évoquiez dans les premières lignes de ce passionnant dialogue, semble en être le mot clef. L’auditeur habitué aux sonorités Townsendiennes y trouvera les repères nécessaires à sa pleine attention : les ambiances aquatiques d’Ocean Machine (« Judgement ») ; la fantaisie et le délire d’Infinity (« Vampolka/Vampira ») et de nouveaux horizons comme cette nouvelle couleur ‘World’ sur l’ethnico-groove « Notes from Africa ». Et ceux qui se feraient un malin plaisir d’accuser le Canadien d’hermétisme ou de facilité s’en trouveraient pour leurs frais. Loin de ratisser large ou de s’enfermer dans sa bulle, il invite l’auditeur par des morceaux d’apparence ‘aisée’ comme la valse d’abord douce puis grave et interrogative de « Babysong » à se focaliser plus tard sur des pièces telles que l’hypnotique « Simple Lullaby » qui n’a pas été sans m’évoquer la scène de la foule reprenant en chœur la célèbre et inoubliable mélodie de ‘Rencontre du Troisième Type’ dans le chef-d’œuvre du même nom. Devin aurait-il trouvé le meilleur moyen de partager et d’universaliser sa musique sans vendre sa rondelle au premier fumeur de cigare venu, but ultime de tout artiste ? S’il n’y est pas tout à fait (faudrait-il d’ailleurs qu’il y soit pour reconnaître le talent dont il n’a cessé de faire preuve ?), on peut sans doute affirmer qu’il démontre une fois de plus sa faculté à communiquer ses émotions et à déclencher la nôtre.

Darkantisthene
J’ose toutefois espérer que l’émotion qui vous étreint n’est en rien liée à ce qui s’annonce peut-être comme le début d’une future collaboration intellectuelle (et purement intellectuelle, autant mettre immédiatement les choses au point) fructueuse et riche en « partage universel » pour continuer sur la lancée ci-avant insufflée. Mister Devin aura donc réussi le tour de force de convaincre les admirateurs et les détracteurs (ici représentés respectivement par vos serviteurs) du désormais avant-dernier album en date et de jeter à la face du monde une nouvelle démonstration (je n’ose dire « péremptoire » car les cassandres ne manqueront pas de faire leur office) de ce qui manque à la plupart des damnés pour celle des 9 Muses qui nous réunit tous en ces lieux : une débauche de passion.

  1. let it roll
  2. hypergeek
  3. triumph
  4. the babysong
  5. vampolka
  6. vampira
  7. mental tan
  8. gaia
  9. pixillate
  10. judgement
  11. a simple lullaby
  12. sunset
  13. notes from africa

Chroniqueur

Darkantisthène

Il est né, il a chroniqué, il est mort, aurait pu dire Heidegger si... j'étais mort, si Heidegger était vivant et s'il s'était intéressé à ma prose autant qu'à celle d'Aristote. Et il n'aurait pas été à une connerie près le père Martin parce qu'avant de chroniquer, et après être né, figurez-vous que j'ai vécu ; et écouté de la musique.

darkantisthene a écrit 276 articles sur Eklektik.

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24 Commentaires

  1. jonben jonben says:

    Oh les fous!
    Concernant l’album, j’ai un peu de mal à accrocher pleinement quand même, j’aime bien mais il y a plein de passages qui me choquent… trop de délires à moitié débiles, de mélodies enfantines, de sonorités kisch.
    D’ailleurs j’ai l’impression que cet album dégage une impression d’enfance, comme s’il avait voulu faire un album métal de contines. 8)
    En tous cas il est joyeux le Devin.

  2. FireCat says:

    Je ne l’ai pas encore écouté, rien, pas une seule note (je ne peux pas non plus XD). Apparemment, cet album semble moins conceptuel et cohérent que les précédents dont Devin associait un élément : Eau (Ocean Machine) Air (Infinity), Terre (Terria), Feu (SYL) (merci l’itw du Versus#4 ), si ce soont des redits d’éléments précédents. Je suppose bien sur que ca n’enleve en rien la qualité des compos…Vivement que j’écoue ca bordel !!

  3. cava76 says:

    … non rien :-D

  4. darkantisthene says:

    mais c’est quoi ces parties écrites par alchy??!! sabotaaaageuuu

    pour répondre à firecat : peut-êtrre y’a-t-il également une couleur /un élément associé à ce skeud mais je n’ai absolument rien lu au sujet de l’album pour me concentrer sur la zik ; peut-être kraky, alchy ou angry peuvent te répondre

  5. Florent says:

    … non rien :-D

  6. damien luce says:

    Cet album est gigantesque, c’est vrai qu’il tente de revenir vers des ambiances de ses anciens albums, mais qui s’en plaindra?

  7. krakoukass Krakoukass says:

    Superbe chronique par 2 excellentes plumes. Bravo les gars!

  8. Intheseblackdays says:

    j’avoue, je suis un bourrin qui s’enfile uniquement du stoner et assimilés à longueur de journée. Mais ces dernières années, le seul artiste qui m’a littéralement enflammé en dehors de cette sphère, c’est Townsend, en « solo ». Cet album ne me décoit pas, comme aucun autre d’ailleurs. Grandiose et rassurant.

  9. kollapse says:

    Pour le peu d’écoutes, cet album me fait une excellente impression. En espérant qu’il soit assi bon que le précédent, que j’adore. Je n’en doute pas ^^.

  10. Inthese says:

    Après moultes écoutes, je ne crois pas qu’un de ses albums m’avait autant botté depuis ma découverte de sa carrière parallèle, c’est à dire avec Terria que j’idolâtre.
    Je réitère: grandiose !

  11. Monster says:

    J’ai tout lu !! (sisi jvous jure)
    Bon hop reste plus qu’à y jeter une noreille…

  12. darkclown says:

    Très grand album. Je rejoins les chroniqueurs sur ce point là. Juste pour info pour ceux qui se poseraient la question : La « Special Edition » vaille la peine que l’on mette quelques deniers de plus. Le DVD bonus est bien sympa. Un live studio de près d’1 heure, très bon (prise studio oblige), pas mal de caméras qui tournent autour des zicos, y a eu un travail sur le visu avec pas mal d’effets et d’incrustes, je trouve ça un peu kitschouille, mais bon y a du travail ;-) Le tracklisting : Truth, Regulator, Storm, Earth Day, Life, Deadhead, Away & Slow me down. En bonus, on retrouve le clip de Slow me down, une visite des studios guidée par Devin (~7min), quelques prises on the road (~10min) et une gallerie photo (genre de truc que je n’ai jamais le courage de regarder). Ah si, en plus, y a un egg, une chouette vidéo où les musiciens échangent leurs instruments le temps d’1 titre. Je vous laisse le plaisir de découvrir où se retrouve le Devin !!!

  13. darkantisthene says:

    quel programme !!!

    monster tu seras interrogé pour vérifier que tu as bien tout lu !

  14. Yannick_junior says:

    J’adore, première écoute et j’adore…

  15. kollapse says:

    C’est quelque peu encombrant… (et inutile)

  16. jonben jonben says:

    C’est bizarre apparemment un robot a chopé le lien pour envoyer des merdouilles sur cette chro en particulier. J’ai rajouté une « protection ».

  17. krakoukass Krakoukass says:

    Bah apparemment, la protection ça le fait pas…

  18. Joss says:

    Quelle merdasse ces pubs !!! pas moyen de chopper le con qui fait ça ?

  19. kollapse says:

    Clair ça serait pas mal, ça devient franchement lourd.

  20. AlCheMist says:

    Sans doute un chroniqueur jaloux de notre si belle prose… Quelle ordure !!

  21. jonben jonben says:

    Espérons que ça soit fini!

  22. eddy says:

    franchement devin est un dieu pour moi et son album terria est vraiment une reference …il meriterait peu etre un petit test…

  23. ( ((Katookarnaj)) ) says:

    Ce nouvel album est excellent, certes assez contemplatif par moment… un genre de métal planant o_O ça n’empêche pas que ça déchire grav’ sur plusieurs morceaux !!!
    On voit que l’originalité dans la musique de Devin est tjrs aussi recherchée ( Notes From Africa que j’adôôre, on entend même l’eau de la rivière et les ti zozios à la fin ), tt en s’inscrivant ds une lignée : il se dégage une totale ambiance de « vie » ( d’enfance??!) avec ce SYNCHESTRA, donc voilà le 5e élément ( tiens ça me rappelle un film < . < ) et le lien avec les albums précédents : "eau" OCEAN MACHINE, "air" INFINITY, "terre" TERRIA, "feu" STRAPPING YOUNG LAD. Les 3 morceaux les + épiques Gaia, Hypergeek et Triumph ( avec ce superbe solo de Steve Vai ), les autres pistes sont très puissantes ( Pixillate, Judgement, celle en bonus ) ou + calmes (Let It Roll, Mental Tan ) mais ne sont pas du tout négligeables à cet ensemble super vivant au final ! Je conseille de l'acheter pour ce début d'année 2006, 1h de zik pour du pur bonheur =) >>>—(*‘°’*)–> Ce n’est que mon avis, soit t’y adhères, soit tu le rejettes !

  24. eddy says:

    ma fois …mouhai….peut etre …sa m’enbale pas quoi ton com…

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