Agalloch – Ashes Against the Grain

22 Commentaires      2 134
Style: dark metal mélancoliqueAnnee de sortie: 2006Label: The End Records

Joss :

Il est bon de constater qu’aujourd’hui, on peut encore être surpris par les choix de certains groupes quant à leur évolution musicale. Pour Agalloch, s’il avait été question de pronostiquer ce à quoi ressemblerait le successeur de The Mantle, je pense que je me serais avancé (un peu trop) en prédisant un retrait supplémentaire du chant black et une avancée franche vers les terres du post-rock (ou du folk éventuellement). Et bien rien de tout cela au final. Avec ce Ashes against the grain, les nord-américains décident de réaffirmer leur style et leur appartenance indéniable au métal. Limite oublié l’épisode The Mantle, ce nouvel album pourrait être la suite logique de Pale Folklore, le premier album du groupe. Après tout, peut-être que Haughm et ses comparses ont compris qu’ils ne pourraient pas faire mieux en poursuivant dans la voie de l’album au cerf et ont du coup décidé d’en faire un album à part dans leur discographie… Doit-on pour autant appeler cela une régression ? bien sûr que non, ce serait là une insulte envers ce groupe à la créativité hors norme.
Sur ce AATG, on retrouve tout de même tous les éléments propres au groupe : ambiances brumeuses, voix claire divine, guitare acoustique et piano enjôleur. Et bien évidemment le coté dark est plus que jamais présent. Dès le premier titre, « Limbs », après une légère disto en lead légèrement modulée (et qui installe tout de suite une atmosphère mélancolique), le groupe assoit une rythmique métal franche et massive, comme pour affirmer le propos et se repositionner dans son créneau musical d’origine. S’ensuivent alors quelques notes de clavecin fantomatiques et la machine est lancée. La progression des titres se fait toujours lentement mais sûrement (4 titres de près de 10 min). Agalloch prend le temps de poser ses différents atouts pour créer autour de l’auditeur ces ambiances hivernales si particulières. On ne le répétera jamais assez, mais la musique du quatuor est plus affaire d’émotions que de démonstration technique. Un simple accord bien senti est toujours susceptible de provoquer un large frisson. La voix claire de Haughm, tout de suite identifiable (contrairement à son chant black, plus passe-partout bien qu’excellent), atteint une fois de plus des sommets de justesse et ses quelques apparitions (jamais systématiques) sont à la limite de nous arracher des larmes.

Comme sur Pale Folklore, le groupe se prête à nouveau à l’exercice de la trilogie et nous délivre un très long morceau divisé en trois parties, témoignant son attachement aux structures évolutives longues durée. (Et pourquoi ne pas envisager un album avec un titre unique pour l’avenir ? Comme ont pu le faire Green Carnation, Edge of Sanity ou encore Monolithe. Bon j’arrête les pronostiques, ça ne me réussit pas). En revanche, si la trilogie sur Pale Folklore entamait les hostilités, elle se charge ici de les conclure et s’affirme tout naturellement comme LE moment de bravoure de l’album. « Our fortress is burning », voilà qui annonce déjà la couleur. On sait qu’on ne quittera pas cet album la joie dans l’âme – même si au cours de l’album certains passages (les fins de « Fire above, ice below » et « Not unlike the waves ») paraissent presque guillerets pour du Agalloch (toute proportion gardée bien sûr) – et cette forteresse en flammes dégage le long de ses trois chapitres une mélancolie et une tristesse extrêmes. Le premier chapitre pose une ambiance lourde et crépusculaire où la guitare acoustique donne le ton, appuyée par une batterie froide et une basse discrète. Les rythmes métal et la voix black font leur apparition au milieu de la seconde partie et marquent le sommet de la trilogie, l’apothéose, foyer de l’incendie qui ravage les lieux.
Enfin peut-être devons-nous isoler le troisième et dernier chapitre. Chaotique, dissonant, limite indus, au milieu duquel persistent quelques rares mélodies des plus inquiétantes pour finalement s’estomper dans un lourd silence… un titre que l’on serait presque tenté de zapper mais qui conclut parfaitement cet album et nous laisse abasourdis par une telle avalanche de noirceur.

Au bout du compte, Je réalise que je n’ai pas trouvé de défaut à cet album. Tout comme les deux opus précédents rien n’est vraiment critiquable dans la musique d’Agalloch tant elle transpire la sincérité (et le génie aussi). Aussi il va falloir s’attaquer à la terrible épreuve de notation (dont le barème fait largement débat au sein de la rédaction et au-delà). Comme je le présentais au moment de chroniquer The Mantle, le groupe n’a pas fait mieux que ce dernier mais arrive sans peine à égaler Pale folklore et mérite donc bien son 19. Autant dire que voilà un album indispensable à toute personne souhaitant ne pas passer à côté d’un incontournable de l’année 2006.

Krakoukass :

Autant prévenir de suite, n’attendez pas de moi que je fasse le contrepoids de la chronique déjà très élogieuse de mon cher collègue.
Je me permettrai au contraire d’enfoncer encore plus le clou. Disons-le tout de go, Ashes Against The Grain sera a priori mon album numéro 1 de l’année, tout simplement. Je n’ai rien entendu de plus magnifique que cet album depuis fort longtemps. Et contrairement à Joss qui place cet album (légèrement) derrière l’œuvre précédente des américains, je pense pour ma part que la progression a été constante depuis leurs débuts, et que AATG est à ce jour leur meilleur album.
Je m’explique : Pale Folklore que j’ai découvert très récemment est déjà d’un très bon niveau c’est incontestable. Pourtant on sent que la maturité n’est pas encore là et que certains passages pourraient mieux « couler ». The Mantle représente un pallier pour le groupe, le professionnalisme et la qualité de cet opus étant cette fois bien réels. Malheureusement j’ai du mal à écouter l’album d’une seule traite, je le trouve assez mal agencé dans la répartition des titres, et un peu trop long dans son ensemble.

AATG me semble au contraire parfaitement construit (et puis mettre la trilogie à la fin, c’est quand même bien plus logique je trouve) et surtout génialement fluide. Tout est à sa place et on peine à imaginer comment les choses auraient pu être écrites différemment. D’autre part, je trouve la présence de « Falling Snow » très adéquate. Ce titre presque simple pour du Agalloch et qui renvoie pas mal à du old Katatonia a été critiqué car jugé trop facile au regard de ce que le groupe propose d’habitude. Or je trouve que cette approche, certes plus directe qu’à l’accoutumée, contribue à fluidifier le propos du groupe et à amener en douceur l’auditeur vers les grosses pièces de l’album que sont « Fire Above, Ice Below », « Not Unlike The Waves » et bien sûr la trilogie « The Fortress Is Burning ». Résultat : l’album qui fait pourtant plus de 58 minutes, passe en un éclair et jamais je ne m’ennuie à son écoute.

Enfin je rajouterai, pour donner un peu plus raison aux prémonitions de Joss que l’intéressé lui-même ne le fait, que si de post-rock il n’est pas vraiment question ici, on retrouve tout de même à mon avis le même esprit, avec cette habileté impressionnante à faire monter progressivement la sauce pour atteindre des apothéoses belles à s’en perforer le canal lacrymal. J’en veux pour preuve la trilogie sur laquelle la tension monte progressivement sur la 1ère partie, avant d’exploser sur la 2ème, pour enfin s’éteindre en douceur (un peu malsaine certes) sur la 3ème et ultime partie.

Pour ce qui est de l’épineuse question de la note, je ne l’ai encore jamais fait depuis qu’Eklektik est né mais je vais oser attribuer un 20 à cet album que je trouve tout simplement parfait. Très honnêtement j’ai du mal

Du meme groupe

Groupes cités dans la chronique

Vous pourriez aussi apprécier

22 Commentaires

  1. Devin says:

    Ouais.

  2. pearly says:

    rien que ça !

  3. kollapse says:

    Excellent disque, un des tout meilleurs de 2006. Beau, sincère et intense.

  4. darkantisthene says:

    ça va bastonner sévère avec le drudkh en fin d’année, y’a pas à tortiller. les types d’agalloch font preuve d’une incroyable maturité et choisissent la voie de l’Inspiration et non celle de l’édulcoration. Sinon suis-je le seul à penser à type o negative (notamment le titre bloody kisses) sur limbs ?

  5. fewz says:

    eklektik s’embrase, ça ne serait pas la première fois! :p

  6. fewz says:

    eklektik s’embrase, ça ne serait pas la première fois! :p

  7. Joss says:

    hey Krakou tu aurais pu mettre le site perso du groupe maintenant qu’ils en ont un :-p
    http://www.agalloch.org/

  8. Angrom Angrom says:

    Pas écouté mais ca m’a donné envie. Je te piquerai ca à l’occasion , Joss

  9. Joss says:

    Ouais ba déjà on va attendre que je le reçoive. Sinon je peut te preter Pale folklore qui est AUSSI BIEN :-p

  10. ellestin says:

    bon album sans plus

  11. Julien says:

    J’adore mais préfére The Mantle, plus fouillé, moins direct et plus acoustique !

  12. So says:

    Ouais ben en attendant de mettre la main dessus je vais me repasser the Mantle, na

  13. mrfred says:

    bien aimé celui la!

  14. Florent says:

    Ca m’en touche une sans secouer l’autre comme dirait un célèbre poète. Trop lisse, trop attendu, trop mélodique, trop propre.
    C’est bien pour initier la p’tite soeur aux arcanes du metal sombre, mais à part ça…. ;-)

  15. Uter says:

    un très bon album d’Agalloch, @ florent : trop lisse ? trop propre ? trop attendu ? trop mélodique, eh bhé, rien que çà, ont a pas du écouter le même album alors :-)

  16. So says:

    Flo > mauvaise foi !
    Je l’écoute en ce moment même, mais mon avis ne compte pas, je suis la petite soeur à initier… na

  17. jackflash says:

    en un mot : fabuleux !

  18. Sammy&Scooby says:

    en un mot : je m’emmerde avec cette zik

  19. Joss says:

    Heu, y a 6 mots là :-p

  20. Shan-Drazzis says:

    Bon bein moi qui voulais me mettre a écouter de la musique normale comme loose de Nelly Furtado, je vais vraiment pas pouvoir …
    Our Fortress Is Burning est vraiment un morceau touchant au génie. Un morceau venant d’un autre espace temps, des confins de la réalité.

  21. guim says:

    Superbe et envoutant!

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *