Primordial – To the Nameless Dead

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Style: dark/celtic/folk/pagan metalAnnee de sortie: 2007Label: Metal Blade

J’avais déjà fait moult éloges du précédent album de la troupe irlandaise dans les nobles pages d’eklektik, arguant qu’il s’agissait alors de leur meilleure œuvre, celle de la maturité. Hardiment, je pensais que Primordial tenait là son Saint Graal. Et voila qu’en novembre 2007, Primordial jette à la face du monde son nouvel opus tant attendu par une masse de fidèles qui ne cesse d’enfler au fil des ans. Et dès la première écoute, on est obligé de se rendre à l’évidence : la tribu semble avoir fait l’impossible, c’est-à-dire surpasser le divin The Gathering Wilderness.

Ce qui frappe directement, c’est la qualité du son : pur, intense, vibrant et tellement vrai. La bande à Nemtheanga a décidé d’enregistrer cette merveille entièrement de façon analogique. De toute l’œuvre de Primordial, To the Nameless Dead est le disque qui possède la production la plus adéquate à la musique si sincère des Irlandais, à la croisée des chemins entre du Bathory, du Candlemass et du Anathema dans une forêt irlandaise. Grâce à ce son si massif, quand les guitares acoustiques égrainent leur mélodie folk sur « Heathen Tribes », accompagnées des roulements de tom de Simon O’Laoghaire, on a l’impression que le groupe vous offre un morceau de la terre d’Irlande, encore vibrante du cœur du pays.

Si une évolution légère est perceptible au fil des albums dans la musique de Primordial, To the Nameless Dead ne déroutera en rien les adeptes de The Gathering Wilderness. Alors qu’on aurait pu, en chipotant, trouver à leur précédent album un côté répétitif dans certains morceaux, il n’en est rien ici. To the Nameless Dead se veut l’œuvre la plus forte de ce groupe. « Empire Falls » est une merveille épique au refrain inoubliable ; il est l’hymne de ceux qui ne veulent pas poser le drapeau et les armes et qui sont prêt à mourir pour la terre qui les a vu naître. « Gallows Hymn » débute de façon dépouillée avant que sa mélodie tourbillonnante plonge dans la tourmente l’auditeur : une merveille mélancolique. Le vif et intense « Traitors Gate » mérite d’être cité au panthéon du black metal même si Primordial n’en fait pas vraiment, la musique de Primordial restant unique (elle pourra plaire à ceux qui apprécient des groupes tel que Agalloch ou Enslaved) et bouleversante.
En effet, comment ne pas être bouleversé par le chant du fier Nemtheanga qui livre ici sa plus belle prestation, que cela soit en chant clair ou dans des registres plus écorchés (les vocaux black metal au début de « No Nation On This Earth » en feront frémir plus d’un). Sa prestation vocale n’a qu’un but : l’émotion. Par delà son chant, ce sont des flots de colère, de détresse, de mélancolie, de rage qui submergent l’auditeur. De plus, il nous a sorti sa plus belle plume pour l’occasion, en particulier pour ce « Heathen Tribes », un vibrant hommage aux fans à travers le monde. Lui seul aussi pouvait écrire un monument sur la chute de l’Empire Romain (« As Rome Burns »), longue pièce pleine de détresse dont le passage central dépouillé et tribal et la montée en puissance finale plongent l’auditeur dans la tourmente. « Chantez aux esclaves que Rome brûle ».

Pour couronner le tout, l’artwork est une splendeur. En particulier pour l’édition digipack agrémentée d’un cd live en bonus, enregistré au Rock Hard Open Air Festival en Allemagne en 2006. Primordial s’y montre aussi vrai que sur ses albums studios, c’est-à-dire sans overdubs, sans samples, sans trigs et sans compromis. Il serait temps maintenant que la tribu celte acquière enfin le statut qu’elle mérite sur la scène metal, celui de référence.

  1. empire falls
  2. gallows hymn
  3. as rome burns
  4. failures burden
  5. heathen tribes
  6. the rising tide
  7. traitors gate
  8. no nation on this earth

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Groupes cités dans la chronique

8 Commentaires

  1. krakoukass Krakoukass says:

    Complètement en phase avec la chronique. Album somptueux, pour moi supérieur à son prédecesseur car effectivement moins répétitif et plus rythmé. Cet album transpire l’Irlande, alors que les éléments folkloriques sont assez ténus, mais il se dégage une atmosphère et une ambiance qui dépaysent et font voyager. Très très fort. Dans mon top 3 de l’année.

  2. Uter says:

    Chef d’Oeuvre, c’est un peu exagéré, pour ma part la voix me saoule bien par moments :-(

  3. Lébo says:

    Pas encore assez écouté mais encore une fois une bonne cuvée.
    Chef d’oeuvre me semble excessif mais pas spécialement de reproches à faire. C’est du Primordial avec de toutes petites nouvelles touches.

  4. Arnaud says:

    Même si le chant me rebute un peu sur les deux extraits que j’ai écouté, je vais quand même me laisser tenter car instrumentalement ça semble toujours au top…
    Je suis faible.

  5. Ø says:

    WHERE IS THE FIGHTING MAN ? I AM HE ? Raaaaaaaaah cet album est tout simplement MAGNIFIQUE !!! Je croyais moi aussi naïvement qu’ils n’auraient jamais pu faire aussi bien que TGW et j’avais raison, ils l’ont tout simplement surpassé ! Mélancolique et poignant, j’ai les larmes aux yeux dès Empire Falls…. TUERIE

  6. Hallu says:

    Moins bon que le précédent : la prod’ est plus quelconque, le groupe revient à des choses plus conventionnelles au niveau des compos (ça ressemble trop aux albums précédant « The Gathering Wilderness »), et certains passages en chant clair sont assez limites, d’habitude ils s’arrangeaient pour que ça ne se voit pas trop en les casant au milieu de parties instrus, mais là sur certains titres la voix qui tremble ça passe mal, dommage. Ça reste un bon album cela dit, mais clairement moins bon que le précédent, et surtout avec moins d’impact émotionnel.

  7. Ellestin says:

    Globalement en phase avec le dindon, après sa midlife crisis sur TGW Primordial revient animé d’intentions offensives sans se départir de sa nausée et de sa révolte. Résultat un album gavé de pathos assumé et de riffs flamboyants, un batteur monstrueux, Nemtheanga égal à lui-même. J’apprécie aussi beaucoup d’y retrouver un arrière-goût de « A Journey’s End », joyau de leur discographie un peu oublié.

  8. Neptune says:

    Comment ne pas se prosterner à l’écoute d’un tel monument de fureur et de lyrisme ? Contrairement à certains, je dirais que c’est justement l’album essentiel de Primordial. J’ai connu ce groupe avec le maxi « The Burning Season », et force est de constater que, comme le bon vin, il n’a cessé de se bonifier avec le temps. Sur cet album, à mon humble avis, seul le morceau de clôture  » No Nation On This Earth » est un cran en dessous en terme de qualité d’écriture. Primordial n’ayant curieusement jamais conclu ses albums sur un épilogue d’anthologie, mis à part peut-être le majestueux « Bitter Harvest » qui est en fait l’avant dernier morceau du brillant « A Journey’s End ». Pour le reste, c’est un sans faute. Rien que le triplet d’ouverture, l’incandescent « Empire Falls », l’épique « Gallows Hymns » à la montée progressive inexorable (Ahhh ce riff mélancolique digne d’une tragédie antique qui tourne en boucle… Jouissif !), et le guerrier « As Rome Burns » avec son intro tribale suivie de ce riff absolument implacable de puissance, devrait mettre tout le monde d’accord. Et le reste est tout aussi réussi, jusqu’au sommet du disque, l’ouragan qu’est « Traitors Gate ». Seul morceau avec blast beats, et véritable tuerie épique notamment sur sa seconde partie, impressionnante de fureur mélancolique, avec son riff monstrueux soutenu par un blast continu, d’une ampleur inégalée à ce jour. Terrassant ! Ce disque est à mon sens le meilleur que Primordial est écrit, d‘une inspiration hors du commun, toujours avec ce chant si singulier, poignant et désespéré, contemplatif et sublime, haineux mais résigné, tellement évocateur et riche, et ce côté folk lumineux. Une grande dignité se dégage de ce groupe aujourd’hui au sommet de son art, et dont le travail d’une intégrité absolue et d’une impressionnante maturité, force le respect le plus total. Je m’enflamme ? Certainement et à juste titre. Attention, je ne dis pas que je n’éprouve plus autant de frissons à l’écoute d’un disque comme « The Gathering Wilderness », ou que des morceaux comme « Gods To The Godless » ou « And The Sun Set On Life Forever » ne me procurent plus les mêmes sentiments de contemplation extatique suprême. Mais si je devais emporter un album de ce groupe d’exception dans un endroit isolé, avec pour seule vision un soleil rouge se couchant sur une plaine dévastée, ce serait celui ci.

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