Slugdge – Esoteric Malacology

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Style: Slug MetalAnnee de sortie: 2018Label: Willowtip

Une faille spatio-temporelle, je vous le dis, je ne vois qu’une faille spatio-temporelle pour m’avoir empêché de vous reparler de ce groupe, alors que j’avais pourtant adoré et chroniqué le premier album il y a 5 ans, et alors que le tandem a depuis sorti deux autres albums, a priori d’excellente facture, même si j’avoue ne pas les avoir beaucoup écoutés.
Alors que les limaces sont de retour cette année avec leur 4ème album, Esoteric Malacology, il était plus que temps de rattraper cette monumentale erreur. Et quoi de mieux qu’un album de cette trempe pour remettre les pendules à l’heure ? Un album tout simplement énorme, incontournable pour tout individu de bon goût et qui s’intéresse de près aux musiques saturées.

La minute culturelle avant de commencer : je ne sais pas si le mot « malacologie » évoque quelque chose pour vous, pour ma part il n’évoquait strictement rien. Il y avait pourtant fort à parier qu’on pourrait y trouver un rapport direct avec le sujet de prédilection des anglais, à savoir les limaces. Et en effet la malacologie est tout simplement la branche de la zoologie consacrée à l’étude des mollusques. On reste donc pleinement dans la même thématique relativement peu explorée dans le metal avant que le duo décide de s’en emparer.

Que vous ayez ou pas quelque chose à carrer des mollusques, pas d’inquiétude, cet album ne devrait pas vous laisser insensible, pour peu que vous soyez amateur de violence fignolée aux entournures.

Le style du duo est pourtant toujours un peu pénible à catégoriser, on pourrait donc se contenter de paresseusement évoquer le croisement entre sludge et black/death déjà mentionné la première fois, sauf que les incursions purement sludge se font beaucoup plus rares (uniquement perceptibles à mon sens sur « The Spectral Burrows ») et que ce n’est pas si simple tant le groupe bouffe à beaucoup de râteliers du black/death (death prog, deathcore, melodeath, black…) mais toujours avec succès et sans racolage ou copier/coller chelou à signaler. Technique et puissante, la musique du groupe contient toujours son lot de belles incursions mélodiques (mais pas niaises) pour une efficacité au rendez-vous même si les morceaux du tandem sont également toujours aussi travaillés et consistants, avec des durées fort conséquentes (entre 6 et 8 minutes grosso modo). Revers de la médaille si l’on peut dire, Slugdge n’ayant jamais donné dans les morceaux au format « radio » 3 minutes, il va falloir s’accrocher un peu et multiplier les écoutes pour assimiler des compositions complexes mais qui contiennent toujours leur lot de passages accrocheurs et satisfaisants ce qui fait qu’écouter Esoteric Malacology ne sera jamais une corvée. Cet album marque aussi les débuts du groupe sur un vrai label, en l’occurrence Willowtip, après un long passage dans les arcanes de l’auto-production. Il était plus que temps qu’un tel talent fasse l’objet d’une reconnaissance et d’une signature en bonne et due forme.

Dès « War Squids » le ton est donné, l’album entre dans le vif du sujet à 100 à l’heure, sans introduction inutile, et montre déjà qu’en terme de production le groupe est monté d’un gros cran (malgré un son de cymbales qui peut surprendre). Accessoirement ce titre se révèle rapidement comme l’un des meilleurs morceaux du combo, sur près de 8 minutes les deux anglais y balayent l’intégralité de leur spectre musical, entre riffs et passages accrocheurs, break black du meilleur effet (à 4:22 exactement, énorme moment), ou passages mélodiques épiques invraisemblables. Tout est maîtrisé et réussi à la note près sur ce morceau et l’on se dit alors qu’il sera forcément difficile pour Slugdge de maintenir un tel niveau sur les 8 titres et 58 minutes que dure l’album. Sauf que raté, le songwriting est absolument monstrueux, le niveau constant et la perfection dangereusement proche. Et les décrochements de mâchoire vont se multiplier durant l’écoute.

Mais attention on ne fait pas dans le « bas du front » chez Slugdge, le groupe a au contraire l’intelligence de varier le tempo, ne restant pas dans le registre furibard et enlevé durant 58 minutes qui se seraient avérées forcément éprouvantes. La première cassure arrive dès le 3ème titre avec « The Spectral Burrows », morceau mid tempo du meilleur effet, avec ses chœurs à la gloire de Mollusca, et l’enchaînement avec « Slave Goo World » est d’autant plus marquant que ce dernier démarre pied au plancher tous blast beats dehors avec ses riffs monstrueux. Idem sur « Transilvanian Fungus » qui démarre en mid tempo avant de balancer des accélérations bienvenues. On ne s’ennuie jamais et la monotonie ne s’installe pas. Avant la fin de l’album, « Salt Thrower » ralentit également le tempo et se fait d’abord plus écrasant puis plus mystique, ouvrant sur l’énorme final de « Limo Vincit Omnia » qui porte bien son nom et s’avère aussi mystique qu’ésotérique.

Les références existent toujours bien sûr chez Slugdge, ici un petit coup de Gojira (les passages en tapping de « Crop Killer » ou « The Spectral Burrows »), là du Anaal Nathrakh dans les passages vocaux mélodico-chantés qui se situent parfois dans le même registre, mais au bout de 4 albums, on reconnait aussi et surtout illico le style du groupe, et l’album sonne vraiment comme un album de Slugdge. La performance est à saluer dans une ère où les copycats et suiveurs en tout genre sont plus faciles à trouver que les vrais innovateurs. Même si le style pratiqué par le tandem anglais n’est pas révolutionnaire en soi, il n’y a pas grand monde aujourd’hui sur la scène death moderne qui soit capable de rivaliser avec eux. C’est simple il faudrait être complètement con pour passer à côté d’une telle merveille, à moins bien sûr d’être vraiment allergique à toute forme de metal extrême.

Tracklist :
01 – War Squids
02 – Crop Killer
03 – The Spectral Burrows
04 – Slave Goo World
05 – Transilvanian Fungus
06 – Putrid Fairytale
07 – Salt Thrower
08 – Limo Vincit Omnia

krakoukass

Chroniqueur

krakoukass

Co-fondateur du webzine en 2004 avec Jonben.

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3 Commentaires

  1. letatar says:

    Difficile de s’ennuyer avec ce génial duo ! Les morceaux inspirés et variés, les voix, les atmosphères, les paroles… Tout est génial, et ce sur leurs 4 albums sortis depuis 2012 !

  2. shaq says:

    Un groupe musicalement excellent qui ne se prend pas au sérieux, ça fait un bien fou ! je suis ravi de leur signature sur un label et leur souhaite une belle reconnaissance.

  3. RBD says:

    J’ai découvert avec cet album. Ca joue hyper bien, ça se balade dans plusieurs courants avec aisance. Les intitulés parodiques sont assez drôles mais j’ai du mal avec ce concept gastéropode.

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