Kalisia – Cybion

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Style: progressive death metalAnnee de sortie: 2008Label: Autoproduction

Matt Moussiloose : Je n’ai pas peur de le dire, mes trompes d’Eustache n’ont pas été dépucelées par les accessoires d’usage. Mon hennissement natal ne fut pas Metallica, mon premier flirt avec le riff ne fut pas Iron Maiden, mon Virgile ne fut pas Death, ni Kiss, ni Bathory, encore moins Gojir… euh, arrêtons les frais. Non, l’instant avec l’ampoule qui fait “tilt” au-dessus de la pastèque, c’était Kalisia, ni plus ni moins, avec leur désormais presque mythique démo Skies, édité par Adipocere Records à l’été 1996. Pour un coup de foudre j’aurais pu plus mal tomber. Aux oreilles mal ramonées du padawan de base, Skies est un didacticiel de choix. Une prise de contact en douceur mais aussi en excellence avec un univers qui, ô stupéfaction, marie sans raccourci sommaire la caresse et l’uppercut. Mais quoi, on m’aurait donc menti, le metal ce n’est pas cette jungle hostile où rugissent d’affreuses bêtes sauvages dont la consommation astronomique de bière Leader Price n’égale que l’étroitesse du bulbe rachidien. A priori non, il fallait que j’en sache plus, le piège était refermé, et c’est donc Kalisia qui m’a mis le pied à l’étrier… pour mieux aller m’empaler par la suite sur lesdites affreuses bêtes sauvages avec le bulbe, mais c’est une autre histoire…

Anecdote mineure, mais qui en dit long sur la tendresse de mon rapport platonique avec le groupe. Alors quand douze ans plus tard, Kalisia émerge tel Hibernatus de sa capsule cryogénique, autant dire que j’ai les hémorroïdes qui s’écartent. Sauf qu’entre temps j’ai appris à relativiser l’ivresse des come-back improbables. Alors quid ? Eh bien on comprend vite que ce premier album est tout sauf un come-back improbable, et que si douze ans c’est un peu beaucoup, s’il y a forcément eu des hiatus et des blocages sur le chemin, Cybion ne peut être que le fruit d’un travail de longue haleine, rêvé d’abord, puis ébauché, ciselé, mûri, peaufiné, et enfin gardé au frais dans l’attente de la conjoncture qui allait lui donner sa silhouette finale.

Nous voilà donc avec un nouveau space opera sur les bras. Pas mal de groupes s’y sont essayés avec plus ou moins de bonheur. Je pense comme ça à Waltari, Darkspace ou Oxiplegatz, qui s’en sont tirés avec les oreilles et la queue dans des approches différentes. Je pense aussi à Vondur qui… bon je pense à Vondur, pas trop longtemps. Mais aucun de ces groupes, et sans doute des autres auxquels je ne pense pas, n’a abordé cette colossale entreprise avec des arguments techniques aussi affûtés. De ce point de vue là, Cybion est assez monstrueux, et il faut plutôt se tourner du côté d’Ayreon pour trouver, vocaux extrême en moins, trace d’un engrenage progressif d’envergure comparable au service d’une épopée taillée pour les studios LucasArts. Mais mon copain Angrom sera plus calé que moi pour faire le parallèle, s’il le souhaite. Ce que je peux observer, avec la naïveté de celui qui regarde cet album comme un gamin regarde s’abîmer une étoile filante, c’est que ces quatre segments fleuves, que j’imagine subdivisés en épisodes délimités par les événements de l’histoire – dont j’ignore le fin mot, à vous la surprise – s’enchaînent avec une fluidité redoutable. Et surtout, aspect fondamental pour tout individu allergique au tripotage gratuit, l’enveloppe globale prend immédiatement le pas sur le détail. Même s’il y a souvent des doigts dans tous les sens, même si certaines parties relèvent d’un kitsch prononcé, même s’il y a des plans electro qui hérissent les sourcils au premier abord, tout se tient au final. On a nettement l’impression d’être aspiré dans la chaîne et de traverser le film à la vitesse d’une météorite trimbalée de galaxie en galaxie – et c’est là que la comparaison avec Darkspace devient valide, tout dissemblables soient les styles respectifs.

Mais j’arrête illico de tartiner de peur que mon camarade ci-dessous n’ait plus de place sur le pain pour étaler sa confiture. Pour moi cet album se résume en un mot : stellaire !

Angrom : Ce qui frappe de premier abord chez cet album, longtemps considéré comme l’arlésienne de tout bon prog-metalleux qui se respecte, c’est sa grande cohésion. Etant donné que le groupe montpelliérain a appliqué à la lettre la maxime « cent fois sur le métier tu remettras ton ouvrage », on est en droit de se dire que c’est la moindre des choses, mais quand même. On est d’entrée pris sous le déluge de notes, on se retrouve de prime abord un peu perdu, mais au bout de quelques écoutes, le brouillard s’éclaircit et on commence a percevoir où le groupe a voulu en venir.

Les influences du groupe sont perceptibles tout au long du disque : on pense à Dream Theater – bonne période – évidemment, mais aussi à Pain Of Salvation ou bien sur à Ayreon, dont le mentor, Arjen Lucassen vient d’ailleurs faire une petite intervention vocale en forme de clin d’œil sur le titre « Cast Away ». Mais le groupe peut également parfois sur les parties plus brutales, rappeler des groupes plus modernes comme les Néerlandais de Textures. N’allez pas croire toutefois que Kalisia est un vulgaire patchwork sans saveur des groupes suscités. Non, encore une fois, on sent que tout a été minutieusement ciselé, et si parfois un riff ou un solo peut rappeler un autre groupe, l’ensemble conserve une unité et surtout une identité propre.

Au niveau des vocaux, Brett Caldas-Lima, le chanteur de la formation, alterne avec brio les voix claires et une voix death « old-school » qui rappellera les grandes heures de leur cultissime démo Skies . Il est secondé par une chanteuse sur, certains titres, pour un rendu du plus bel effet. Il assure également les guitares avec brio, n’étant pas le dernier pour le riff précis et chirurgical, le contre-temps et la mesure un peu tarabiscotée. La majeure partie des leads est assurée, avec talent là encore par son compère Loic Tézénas, au manche bien affûté lui aussi ! Aux claviers, Laurent Pouget rivalise de virtuosité, même si parfois certains sons un peu kitch pourraient impressionner un Jordan Rudess pourtant expert en matière. Tout ce petit monde est soutenu par une session rythmique qui assure, elle aussi, rien à redire sur ce point : Thibaut Gérard et Laurent Bendahan font le boulot, et le font très bien. Attention, n’allez surtout pas croire que l’on a affaire à une musique froide et sans âme : toute complexe qu’elle soit, la musique de Kalisia privilégie également les émotions, et à l’instar d’Ayreon, par exemple, elle contentera tout autant le musicien fan de technique que le simple amateur de metal-prog en quête de mélodies et d’émotions. Kalisia met la technique au service de la mélodie, et certains passages restent en tête bien après l’écoute du disque.

Tout comme la musique, le concept semble fortement travaillé, et cela se voit rien qu’au niveau des titres des différentes sous-parties de l’ouvrage (l’album, composé d’un seul titre, est divisé en quatre parties, elles-mêmes divisés en sous-parties), qui jouent de manière assez élégante avec les lettres de l’alphabet. N’ayant malheureusement pas pu lire les paroles lors de l’écoute, il est assez difficile d’avoir un avis sur le concept, mais on peut le supposer tout aussi finement ciselé. Un petit mot sur la production, assurée par Brett Caldas Lima dans son Tower Studio, et dont l’expérience de producteur (Malmonde, To-Mera) a assuré à Cybion un son à la hauteur de la qualité des compositions.

« Cybion » transporte l’auditeur pendant une heure onze minutes et onze secondes (ca ne s’invente pas ! ) : à l’instar d’un voyage spatial, a parfois l’impression d’être secoué dans un champ d’astéroïdes, d’autres périodes sont plus calmes et laissent l’auditeur admirer l’immensité spatiale. Ce disqu
e ambitieux, qui demandera de nombreuses écoutes pour être apprécié dans sa totalité, et révèlera sans doute bien des secrets avec le temps, est sans conteste l’un des disques les plus intéressants sorti en métal progressif depuis quelques années. Cybion est peut-être le meilleur trait d’union entre le metal progressif des années 90 et celui des années 2000. Un voyage temporel, donc en plus d’un voyage spatial ! Tout ce qu’on peut souhaiter à l’écoute de cet album, c’est qu’on attendra pas aussi longtemps le second disque de Kalisia

NB : l’album s’accompagne d’un second CD sobrement intitulé Origins, qui contient outre les morceaux de Skies (des indispensables, donc…), des reprises de Cynic, Dream Theater, Loudblast et Emperor sur lesquelles on retrouve quelques guests pas trop méconnus (Ludovic Loez, Angela Gossow…)

Tracklist :

  1. revelation
  2. elevation
  3. regression
  4. extinction
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4 Commentaires

  1. Gorth says:

    Ah Kalisia… Que de souvenirs… et des bons de cette fabuleuse démo.
    Je me demandais si j’allais les réentendre un jour.
    Visiblement c’est du haut niveau.Tant mieux j’ai hâte!!
    PS: Vondur…. arf!! :))

  2. ZSK says:

    Magnifique album, leur pari est entièrement réussi. j’attends avec impatience de recevoir le digi…

  3. ZSK says:

    au fait, cette pochette n’est pas officielle…

  4. Angrom Angrom says:

    C’est corrigé pour la pochette. Merci de la précision.
    L’album est dispo en précommande sur le site de Kalisia. Envois effectués fin janvier. J’ai hate de recevoir mon exemplaire

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