Wake – Devouring Ruin

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Style: Death Grind Atmosphérique Annee de sortie: 2020Label: Translation Loss Records

Les canadiens de Wake (qu’on avait pu découvrir sur un split avec les grecs de Dephosphorus en 2012) officient depuis 10 ans maintenant dans un registre pour le moins extrême, partant d’une base grind, sur laquelle ils ont su progressivement développer d’autres types d’influences, entre black/death, ambiances lourdes et passages plus atmosphériques.

Un gros fourre-tout juste pour embêter (on s’en doute) les chroniqueurs cherchant à les rattacher à un genre bien précis. Mon camarade Beunz avait déjà été convaincu par le premier « album » (plutôt expéditif du reste, avec 8 titres pour 19 minutes) du groupe en 2016,  et les canadiens avaient remis ça en 2018 avec un Misery Rites, à côté duquel on était (à tort) passé à l’époque, mais qui permettait déjà de se rendre compte rétrospectivement de la tendance du groupe, malgré encore une nette prédominance de la violence grind, à ralentir un peu le propos ou en tout cas à proposer davantage de variations et de nuances (comme pouvait d’ailleurs le laisser présager la tracklist cette fois composée de 9 titres pour 27 minutes). Des titres comme « Paradigm Lost » ou le final qui portait fort bien son nom « Burial Ground » permettaient de le constater à l’époque.

On attendait donc de voir comment Wake allait éventuellement poursuivre son évolution, et le résultat avec Devouring Ruin va véritablement au-delà de nos espérances les plus folles. Les canadiens confirment en effet leur évolution, en restant brutaux tout en s’orientant vers quelque chose de plus délayé, plus varié et atmosphérique mais heureusement jamais long pour être long, et en prenant leur distance avec le grind-core pur et dur de leurs débuts. Pour preuve, les 10 titres de l’album culminent cette fois à 45 minutes de son, avec 2 interludes sur les 10 titres proposés.

Cette évolution et le son de Wake sur Devouring Ruin semblent désormais rapprocher les canadiens des néo-zélandais d’Ulcerate avec qui ils partagent à l’évidence ce goût pour un chaos maîtrisé et des atmosphères pesantes alternant avec des accès de violence jouissifs. En ce qui nous concerne, et même si la donne s’apprête peut-être à changer encore ou à s’équilibrer (Ulcerate sortant ce mois-ci un nouvel album qui -attention teasing- pourrait bien être l’un de leurs tous meilleurs), Wake écrase sans mal les derniers albums d’Ulcerate avec ce Devouring Ruin qui présente le plus savant dosage entre agressions, chaos, atmosphères et aussi… mélodies, même si elles sont souvent bien planquées derrière les blast beats.

Si des titres comme « In the Lair of the Rat Kings », « Monuments to Impiety » ou le monstrueux titre en écoute « Kana Tevoro (Kania! Kania!) » vous présenteront en effet Wake sous son jour le plus bestial, vous constaterez vite que les contrastes sur ces titres sont malgré tout de la partie, et que certains titres révèlent même largement la face la plus atmosphérico-pesante du groupe. A l’image de « Mouth of Abolition » sur lequel la guitare tient un rôle pivot notamment du fait de ce long solo qui vient terminer le morceau en fade-out, avant qu’on aborde justement le GROS morceau du disque, qui surgit juste après un interlude ambiant qui fait redescendre la tension avant qu’elle ne remonte en flèche. Car difficile de parler de Devouring Ruin sans s’arrêter quelques lignes sur « Torchbearer », véritable pavé de 10 minutes 39, qui explose dans nos oreilles et ne laissera indemne aucun amateur d’ambiances extrêmes, proposant un incroyable grand huit sonore, qui voit Wake faire la démonstration de l’ensemble de son savoir-faire et de ses registres. On commence donc par une ambiance lourde, avant que le titre évolue et accélère progressivement jusqu’à envoyer une mélodie en tremolo presque black, pour ensuite revenir à un passage tout en lourdeur. Et le grand huit va se poursuivre, magistralement construit et agencé, pour faire de « Torchbearer » rien de moins qu’un prétendant au titre de meilleur morceau de l’année. Très impressionnant.

Au rayon des changements plus subtiles cette fois, on notera que vocalement, là où l’on avait parfois droit par le passé à une alternance de chant death et de chant plus hurlé, les canadiens semblent avoir décidé de concentrer leur approche sur la face death du chant, sans doute pour mieux coller à l’évolution de leur musique, moins grind, mais non moins intense vous l’aurez compris.

Les fans d’Ulcerate, ou les (comme le scribe de cette bafouille) déçus des derniers albums des néo-zélandais (en attendant le petit nouveau qui sera disponible dans quelques jours…) auraient vraiment tort de passer à côté de Devouring Ruin, qui n’est rien de moins qu’un des meilleurs albums de l’année et qui représente une progression de géant pour les canadiens, les propulsant indéniablement dans la cour des très grands du genre. Incontournable!

Tracklist :
1 – Dissolve and Release
2 – Kana Tevoro (Kania! Kania!)
3 – This Abyssal Plain
4 – Elegy
5 – Mouth of Abolition
6 – Paean
7 – Torchbearer
8 – In the Lair of the Rat Kings
9 – Monuments to Impiety
10 – The Procession (Death March to Eternity)

krakoukass

Chroniqueur

krakoukass

Co-fondateur du webzine en 2004 avec Jonben.

krakoukass a écrit 932 articles sur Eklektik.

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Commentaire

  1. RBD says:

    J’essaye. Le saut évolutif assumé par le groupe est à saluer, c’est rare à notre époque de changer son style aussi nettement sans transition.

    On évoque évidemment Ulcerate, mais cet album est bien plus accessible avec son intro, ses interludes, ses accointances Black, son solo de guitare, son passage de growl solitaire. Cela confère de la profondeur là où les groupes plus radicaux du style offrent leur hermétisme. Les titres plus épais de « Devouring Ruin » n’en ont que plus d’impact. Au fond cela se rapproche plus de la démarche de Setentia, en se rendant un peu plus abordable encore (s’agissant de Post-Death chaotique, n’y allez quand même pas en maillot de bain…).

    Il va me falloir de nouvelles écoutes pour me faire un sentiment définitif, c’est normal dans ce genre. Mais il ne fallait pas passer à côté, c’est clair. Tout ce qui se passe dans le dernier courant ayant apporté du renouvellement créatif sur la planète Death Metal doit être signalé.

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